Bonne chance M. Macron

Après le retrait des USA de l'Accord de Paris sur le climat, le nouveau président se tire déjà des balles dans le pied.

La réaction du nouveau président a sans doute donné des frissons à quelques-uns en France. Et cela se comprend. Que le président décide de s’adresser directement aux Étatsuniens, en anglais, cela se comprend. Mais alors déjà sur la forme se pose un gros problème. Parce que tout indique dans le discours de M. Macron qu’il ne fait que continuer le processus d’américanisation de la France. Des élections organisées à l’américaine, gagnées à l’américaine, la symbolique américaine, etc. Et maintenant, après des jours et des millions d’octets consacrés à une poignée de mains, après que certains ont voulu voir que la circulation sanguine ne se faisait déjà presque plus dans le bras de Trump, après le show de Versailles bien réussi d’ailleurs, même sur le fond, voici que le nouveau président se croit obligé de singer Donald Trump en disant aux Étatsuniens : « Let’s make this Planet great again», comme si elle avait rétréci ! Pour les Rip Van Winkle rappelons le slogan de Donald Trump : let’s make America great again. Je n’ose pas penser que M. Macron aurait choisi ce moment de solennité pour se moquer de Donald Trump ou pour se moquer des Étatsuniens. « Let’s save the Planet » aurait tout aussi bien fait l’affaire, et sans ambigüité.

 

Mais alors que le président choisisse ce même moment pour affirmer sans sourciller que « les États-Unis ont été fondés pour faire triompher la liberté, la vérité, la raison partout contre l’ignorance et l’obscurité » nous suggère deux conclusions.

 

La première est que si le président croit profondément cette phrase, c’est qu’il n’est pas tout à fait au courant de la naissance des États-Unis. Lorsque les États-Unis sont nés, ils étaient loin, très loin de ces nobles objectifs (de droit divin) que leur attribue généreusement le Président Macron, et de manière tout à fait anachronique. La Destinée manifeste n’avait rien à voir avec ces objectifs et de toute façon elle ne date que de 1845. Quant au fardeau de l’homme blanc, l’expression elle-même et la couleur y associée font sourire, alors qu’il ne s’agissait que des élucubrations de l’hurluberlu Rudyard Kipling, dont le racisme et le soi-disant devoir de civilisation nourrissent et justifient tant d'ignobles crimes contre l’humanité depuis plusieurs siècles.

 

La deuxième conclusion est toute simple : si le président croit vraiment cette phrase et donc qu’il flatte Donald Trump ou essaie de lui cirer les pompes, comme diraient les Québécois il est ‘mal barré’ et nous lui souhaitons bien du plaisir. Il lui faudra faire bien davantage que gérer ou manipuler (sans jeu de mots) des poignées de main.

 

La situation est encore plus grave si le président s’est fait avoir par son ou ses nègres. Henri Guaino a peut-être maladroitement rédigé le discours de Dakar de Sarkozy, mais c’est surtout celui-ci qui ne l’a pas compris. Dans le cas de M. Macron, ou bien il renforce son équipe de rédaction ou il change de nègres. Et surtout qu’il relise un peu les discours qu’on lui a préparés.

Bonne chance Monsieur le Président.

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