"Under the silver lake" : film sans intérêt, en apparence du moins.

"Under the silver lake", film de David Robert Mitchell, présenté au festival de Cannes, actuellement sur les écrans, met en scène, à la manière hollywoodienne, une vision surréaliste de la ville, Los Angeles, dans laquelle la poursuite d’une blonde, à peine entrevue, devient un jeu de piste enchaînant de multiples cases, dans l’ensemble assez baroques, autant triviales que délirantes.

Under the silver lake est un film de David Robert Mitchell, présenté au festival de Cannes 2018, actuellement sur les écrans.

Un film qui met en scène, à la manière hollywoodienne, une vision surréaliste de la ville, LA, ville pour mirages galactiques, dans laquelle la poursuite d’une blonde, à peine entrevue, devient un jeu de piste enchainant de multiples cases, pas si improbables que ça, mais dans l’ensemble assez baroques, autant triviales que délirantes.

Il y a, accrochées à ce fil conducteur, des questions tout à fait stimulantes.

Pourquoi tant de chiens, dont il est dit que la fonction serait de dispenser de « l’amour non conditionnel » ?, ce trop de chiens conduisant à des tueries en série de la part d'introuvables sadiques misanthropes.

Pourquoi cette infiltration de la ville nocturne par la sauvagine puante et agressive : sconse, écureuil, coyote ?

Pourquoi cette carburation à la sexualité, pour finir la plus prosaïque, en dépit des promesses, à chaque fois renouvelée, du « coup » qui va transfigurer la vie ?

Et conduisant au voyeurisme le plus intrusif, le drone prenant outrageusement le relais des jumelles pour l'exploration de l’intimité des foyers.

La sexualité comme antidote à la pression du job, omniprésente, aussi bien tyrannie absolue pour ceux qui n’en ont pas, qu’épuisement incontournable pour ceux qui en ont.

Pourquoi cette fascination pour les fantasmes de complots, qui seraient ourdis dans le monde invisible des puissants ? Comme si cette strate de la jeunesse trentenaire, privilégiée et bien éduquée, se vivait et acceptait de remplir la fonction de marionnettes, grisée par la compétition, excitante en apparence, et mortelle au besoin, pour atteindre les sunlights.

Pendant que des puissants (ici un milliardaire, un créateur, un gourou, le roi des hobo) exploitent ce cheptel de jeunesse inépuisable, tels de nouveaux Minotaures s’inventant des palais, aussi réels (villa, bunker) que fantasmés (incontournablement égyptiens), pour consommer la chair.

Pourquoi cette jouissance des combinaisons secrètes, codes, tables d’échec, jeux de l’oie et labyrinthes, faisant du geek l’explorateur d’un monde qui produit tant de rhizomes invisibles, que l’on suspecte de receler d’impensables secrets d'apocalypse ?

Tout cela pour échapper au travail, à la vie qui vous achèvera rangé, chargé d’obligations. Tenter aussi loin que possible de vivre d’expédients, s’enferrer dans la dérive, avec l’espoir que d’autres dédales existent, dans cette urbanité qui prolifère sans cesse, trouver les signes de la surréalité comme autant d’entrées pour plonger dans l’heroic fantasy, y sentir sa vie qui palpite, déboucher sur les rencontres qui aiguillent sur d’autres rencontres, avec cette illusion jouissive qui inonde le cerveau, qu’un corps au bout du dédale est là qui attend, dont l’âme n’attend que toi.

Mais la baise est une trappe, une combinaison fatale qui effondre les corps avant d’avoir pu atteindre au grand mystère de la présence.

 

Film sans intérêt donc, en apparence du moins.

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