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Billet de blog 2 nov. 2022

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Inaction climatique… ou écocide ?

Le terme « inaction climatique » s'est imposé dans notre famille politique pour caractériser le bilan écologique du gouvernement depuis l'élection de Macron en 2017. Ce terme est-il pertinent ? Ne faudrait-il pas plutôt parler d' « écocide » ?

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Texte d'une chronique lue sur le plateau de l'Émission Populaire le 25 octobre dernier.

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Quelques lignes sur une réflexion que je me suis faite il y a quelques temps et qu’il me semblait pertinent de coucher dans une note.

Tout part de la Marche du 16 Octobre. J’y lisais les pancartes et autres revendications des manifestants, quand je me suis arrêté sur l’une d’entre elles qui disait : “Stop à l’inaction climatique”. Jusque-là, rien d’anormal me direz-vous, puisqu’il s’agissait de l’un des mots d’ordre de cette "Marche contre la vie chère et l’inaction climatique". Oui… mais.

En y réfléchissant, je me suis demandé si le terme d’ “inaction climatique” correspondait tellement à ce que nous vivions sous Emmanuel Macron ?

Bien sûr, tout le monde s’entend sur ce terme. Je ne critique ni son sens, ni sa portée politique. L'idée est plutôt d'interroger l’idée d’aller plus loin que ça.

Car sur le fait qu’ “inaction climatique” nous laisse entendre que le gouvernement n’est pas à la hauteur sur la question écologique, rien à redire. Mais “inaction” laisse aussi comprendre que le gouvernement n’agit pas, qu’il observerait la situation sans broncher, sans bouger, sans s’alarmer.

Hors, en réalité, Macron et ses gouvernements successifs ont agi sur la question climatique. Il est faux de laisser croire que non. Ils ont agi :

- Non respect des Accords de Paris (les émissions de CO2 de la France n’ont pas suivi la trajectoire fixée en 2015)
- Effort insuffisant aussi sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre qui rendent impossible l’objectif d’une baisse de 55% d’ici à 2030 fixé par un accord des États membres de l’UE
- Signature du traité de libre-échange avec le Canada, le “CETA” en 2019
- Suppression des aides au maintien de l'agriculture biologique
- Vote d’une Politique Agricole Commune qui favorise les fermes-usines partout dans l’UE
- Diminution des aides aux petits élevages, ré-autorisation du glyphosate après l’avoir pourtant interdit
- Loi autorisant les néonicotinoïdes
- Autorisation de nouveaux OGM sur lesquels le ministre Julien Denormandie a proposé de ne pas appliquer la réglementation en cours sur les biotechnologies (en gros de les utiliser et de ne pas s’emmerder avec les règlementations)
- Retard sur les objectifs en matière de qualité de l’air
- Refus de reconnaître le chlordécone comme un danger pour la santé humaine
- Retour en arrière sur l’objectif visant à baisser la part du nucléaire à 50% d’ici 2025
- Construction de nouveaux EPR dans tout le pays
- Défense en 2019 de l’énergie nucléaire comme une une “énergie verte”
- Subventions aux énergies fossiles
- Diminution du prix du permis de chasse divisé par deux…

J’ai pioché toutes ces infos sur le site de Reporterre et je m’arrête là parce qu’on a pas toute la soirée et que je vois Sophie de la Rochefoucauld qui s’endort sur le plateau, mais en vérité, si : les macronistes agissent sur l’écologie, et leur politique a une conséquence directe sur l’environnement.

Nous ne sommes pas dans l’inaction… mais bien dans l’action. Une action à impact négatif, donc. Nous sommes loin, très loin de toutes les promesses du monde d’après Covid, où l’on nous parlait de autant de personnel soignant respecté que de nature protégée… On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien.

Arrêtons-nous donc un instant sur les mots que nous choisissons. Faut-il vraiment parler d’ “inaction climatique” avec un tel bilan face à nous ? Ne faudrait-il pas plutôt trouver un terme qualifiant la participation à la crise climatique, à la surexploitation des ressources naturelles ? Ce terme existe : on parle d’écocide.

Écocide ? Mais tout s’explique !

En juin 2020, Macron et le gouvernement annonçaient toute une série de mesures visant à répondre aux attentes de la Convention citoyenne pour le climat (également appelé "Grand enfumage permettant le greenwashing"). Parmi les mesures annoncées : la création d’un “crime d’écocide”. Dans un tweet, Macron s’engage alors à “porter ce combat” pour l’inscrire dans le droit international.

Patatra : en juin 2020, Barbara Pompili et Eric Dupoond-Moretti annoncent la création d’un “délit” d’écocide. Délit et non crime, un détail me direz-vous mais un détail qui change tout : la proposition gouvernementale revoit toute la proposition citoyenne de juin 2020 à la baisse. En vérité, le texte annoncé par les 2 ministres n’est qu’une mise en conformité avec une directive de l’UE sur la protection de l’environnement datant de… 2008. 12 ans avant, donc.

Un effet d’annonce et une communication bien rodés, certes… mais tant pis pour le climat.

Alors, “inaction climatique” ou “écocide” ? Je laisse chacun méditer sur le sujet mais une chose est sûre et certaine : la semaine dernière, pour la fin du mois d'octobre et il a fait plus de 20° à Paris. Peu importe les mots, finalement : il s’agirait de commencer à agir.

Bastien PARISOT

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