bastienparisot
Communicant politique
Abonné·e de Mediapart

19 Billets

0 Édition

Billet de blog 6 sept. 2022

bastienparisot
Communicant politique
Abonné·e de Mediapart

C'est quoi, un super profit ?

Bruno Le Maire, ministre de l'économie, a récemment expliqué ne pas savoir ce que sont les « super profits ». J'ai décidé d'essayer de lui expliquer...

bastienparisot
Communicant politique
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Texte d'une chronique lue sur le plateau de l'Émission Populaire le 6 septembre dernier.

------

Bruno Le Maire, ministre de l’économie, a récemment dit qu’il ne savait pas ce que sont "les super profits".
Pauvre Bruno ! J'ai donc voulu essayer, humblement, de l'éclairer un peu.

Commençons simplement : dans “super profits”, il y a “super” et “profits”. Jusque-là, tout le monde suit.

“Profits”, tout le monde connait.
Rappelons quand même que Le Robert le définit comme “l’augmentation des biens que l'on possède, ou amélioration de situation qui résulte d'une activité”. Jusque-là, je suis sûr que Bruno a la banane, parce que tout ça colle parfaitement avec son poste ô combien essentiel à la vie de notre pays.

Passons maintenant à “super”, parce que c’est là, précisément là, que tout se joue.

“Super”, lorsqu’il est utilisé comme un adjectif ou un adverbe, a un sens plutôt positif. Par exemple, si je vous parle d’un super candidat à l’élection présidentielle, vous allez tout de suite penser à Jean-Luc Mélenchon et ses meetings impressionnants... de la même façon, si je vous parle de militants super motivés, vous allez en toute logique me parler de tous ces insoumis qui battent le pavé partout dans le pays pour faire progresser nos idées, qu’il vente, qu’il neige, qu’il pleuve, bref, par tous les temps et pour tous les motifs.

Dans ce cas, c’est à dire dans cette projection positive de ce qui est “super”, on pourrait imaginer qu’un “super profit”, est l’augmentation des biens que l’on possède résultant d’une activité positive pour la planète ou la société. Par exemple, tu as inventé une technologie permettant de nettoyer les océans ? Te voilà récompensé par quelques euros qui mettront du beurre dans tes épinards bios.

On pourrait aussi imaginer qu’il s’agit d’un profit formidable pour notre société toute entière : si un vaccin contre la connerie ou les polémiques stériles dans le monde politique pourrait nous sauter aux yeux (poke à Eric Naulleau et Rafael Enthoven, qui ont passé leur week-end à parler de la dernière voiture disponible dans une agence de location), on pourrait aussi imaginer un système économique permettant à chacune et chacun de vivre dignement, avec un partage des richesses équitable, ou la mise en place d’un système de production et de consommation qui nous permettrait de réduire drastiquement la pollution, et de reculer enfin le jour du dépassement dans notre calendrier annuel. Bref, tout ça, ce serait des “super” “profits” pour la société.

Malheureusement dans notre cas précis, “super” est utilisé comme un élément qui signifie “au-dessus”, un préfixe de renforcement marquant le plus haut degré. En gros, cher Bruno Le Maire, les “super profits”, c’est l’enrichissement +++. Et pas n’importe lesquels : ceux des multinationales qui profitent de la crise économique pour s’en mettre plein les poches, pendant que des millions de personnes s’appauvrissent et se serrent la ceinture partout dans le pays, subissant de plein fouet une inflation qui dépasse déjà les 6%.

Un exemple parlant, celui de Total, qui voit ses bénéfices s’élever à 18,8 milliards d’euros en France sur les 6 premiers mois de 2022. Quelle douce ironie pour cette entreprise multi-énergie qui se gave pendant qu’on laisse entendre aux gens qu’il pourrait y avoir des coupures de gaz ou d’électricité cet hiver. Quelle douce ironie aussi lorsqu’on sait que cette entreprise n’a payé AUCUN impot en France en 2019 et 2020.

Voilà Bruno ! C’est ÇA, les super-profits ! C’est les 73 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre pour les entreprises du CAC 40. Je ne te parle bien sûr pas des TPE ou PME hein, dont les petits patrons galèrent aussi, mais bien de ces géants qui se gavent, se gavent et se gavent encore. Je te parle de ces 73 milliards d’euros, qui représentent 25% de plus que l’année précédente, ce qui n’est PAS la fin de l’abondance du pognon (hehe), et notamment d’Engie, principal forunisseur de gaz en France, qui a doublé son bénéfice qui passe maintenant à 5 milliards d’euros. Douce ironie énergétique, encore.

Et le plus beau Bruno, c’est que tout ça, tu as dit que ça te rendait “fier”. Ça ne devrait pas. Parce que ces chiffres, ce n’est pas la réussite de notre économie. C’est la souffrance des pauvres, leur quotidien toujours plus dur, leur langue tirée et leur bonheur qui s’effrite sous leurs yeux. C’est des jeunes qui crèvent de faim, des vieux qui meurent dans des EPHAD indignes, des malades qui font la queue pour voir un médecin, des services publics en ruine, j’en passe et des meilleurs, bref rien, rien, absolument RIEN de quoi être fier.

Pour tous les autres qui me lisent, une pétition circule en ce moment pour taxer ces “super profits” de la honte. C’est sur le site taxesuperprofits.fr, vous êtes déjà plus de 85 000 à avoir signé. Alors si ce n’est pas fait, allez-y, et surtout diffusez auprès de vos proches, de votre famille et de vos amis.

Voilà, cette fois, j’espère que Bruno a tout compris !

Bastien PARISOT

--

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous au carnet de route de l’auteur en cliquant ici !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Europe
Comment dire « non au fascisme » est devenu inaudible en Italie
La victoire du post-fascisme n’a surpris personne en Italie, où l’extrême droite s'est installée dans le paysage politique et médiatique depuis des décennies. Le « centre-gauche », impuissant et sans repères, porte une lourde responsabilité dans cette banalisation. Aujourd’hui, seules quelques rares organisations de jeunesse tentent de bousculer l’atonie générale qui s’est emparée de la péninsule.
par Ellen Salvi
Journal — Corruption
Qatar-Sarkozy : les nouvelles liaisons dangereuses
Un rapport de la police anticorruption montre que Nicolas Sarkozy aurait fait financer a posteriori par le Qatar, en 2011, des prestations de communication réalisées par le publicitaire François de La Brosse pour sa campagne électorale de 2007, puis pour l’Élysée. Aucune d’entre elles n’avait été facturée.
par Fabrice Arfi et Yann Philippin
Journal — Justice
Ce double condamné que Macron envoie représenter la France
À la demande d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy a représenté la France, mardi 27 septembre, aux obsèques de l’ancien premier ministre japonais. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été condamné deux fois par la justice, notamment pour « corruption », et soit lourdement mis en examen dans l’affaire libyenne, notamment pour « association de malfaiteurs », ne change rien pour l’Élysée.
par Fabrice Arfi et Ilyes Ramdani
Journal
Crise de l’énergie : sans « compensation » de l’État, le scolaire et l’université en surchauffe
Pour affronter la flambée des prix de l’énergie dans tout le bâti scolaire et les établissements d’enseignement supérieur, collectivités et présidents d’université s’arrachent les cheveux. Le projet de loi de finances 2023 est cependant bien peu disert sur de possibles compensations de l’État et écarte l’hypothèse d’un bouclier tarifaire. En réponse, économies, bricolage ou carrément fermeture des établissements d’éducation.
par Mathilde Goanec

La sélection du Club

Billet de blog
Interroger le résultat des législatives italiennes à travers le regard d'auteur·rices
À quelques jours du centenaire de l'arrivée au pouvoir de Mussolini, Giorgia Meloni arrive aux portes de la présidence du Conseil italien. Parfois l'Histoire à de drôles de manières de se rappeler à nous... Nous vous proposons une plongée dans la société italienne et son rapport conflictuel au fascisme en trois films, dont Grano Amaro, un film soutenu par Tënk et Médiapart.
par Tënk
Billet de blog
Italie : il était une fois l’antifascisme
On peut tergiverser sur le sens de la victoire des Fratelli d'Italia. Entre la revendication d'un héritage fasciste et les propos qui se veulent rassurants sur l'avenir de la démocratie, une page se tourne. La constitution italienne basée sur l'antifascisme est de fait remise en cause.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
Italie, les résultats des élections : triomphe de la droite néofasciste
Une élection marquée par une forte abstention : Le néofasciste FDI-Meloni rafle le gros de l’électorat de Salvini et de Berlusconi pour une large majorité parlementaire des droites. Il est Probable que les droites auront du mal à gouverner, nous pourrions alors avoir une coalition droites et ex-gauche. Analyse des résultats.
par salvatore palidda
Billet de blog
Trop c’est trop
À tous ceux qui s’étonnent de la montée de l’extrême droite en Europe, il faudrait peut-être rappeler qu’elle ne descend pas du ciel.
par Michel Koutouzis