#EnnemisdelaRépublique : les Insoumis crient leur indignation

Mercredi soir, les militants et sympathisants insoumis ont lancé le hashtag #EnnemisdelaRépublique. Utilisé des milliers de fois (plus de 80 000 !), le mot d'ordre laisse apparaitre deux choses : le ras-le-bol des insoumis face aux incessantes attaques qu'ils subissent, ainsi que leur motivation sans faille. Politiquement, cette mobilisation spontanée symbolise plus encore.

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Mercredi soir, les deux buts de Karim Benzema n’auront pas pris toute la lumière sur Twitter. Alors que l’attaquant trouvait enfin le chemin des filets avec l’Équipe de France, un raz-de-marée s’organisait : le hashtag #EnnemiDeLaRépublique.

Tout a commencé sur LCI, lorsque Guillaume Roquette, directeur de la rédaction du Figaro Magazine, a qualifié les insoumis d’ “ennemis de la République”. Certains militants lui ont alors répondu sur twitter. D’abord une enseignante, mère de deux enfants. Puis un retraité ancien cadre, un ex-officier de l’armée de l’air, une étudiante, un journaliste, une chômeuse, un interne en médecine… et la machine s’est lancée !

Certains évoquent leur engagement contre le racisme. D’autres leur militantisme pour la justice sociale. Certains affirment voter pour Mélenchon sans être militant pour autant. Se dessine ainsi une longue liste de milliers de militants ou sympathisants, qui interpellent : pourquoi seraient-ils devenus, comme l’affirment quelques-uns, des ennemis de la République ?

Utilisé en masse, le hashtag est rapidement monté dans les tendances France (c’est-à-dire les sujets les plus commentés sur le réseau social dans tout le pays) pour s’y installer confortablement : le lendemain en fin d'après-midi, on compte plus de 80 000 tweets sur le sujet !

Mélenchon-bashing

Rappelons que l’attaque de Guillaume Roquette s’inscrit dans la lignée de nombreuses autres lancées à l’encontre de Mélenchon, de ses proches et de leurs électeurs.

Depuis des jours, l’argument revient dans la bouche de certains membres du Parti Socialiste : La France insoumise ne serait plus dans le champ républicain. Ainsi Anne Hidalgo, stratège peu discrète en vue de l’élection présidentielle, lance l’offensive. Suivie notamment par Manuel Valls, jamais avare d’accusations plus ou moins fondées contre Mélenchon, Carole Delga (candidate aux régionales en Occitanie) et Laurence Rossignol (ancienne ministre sous Hollande). La palme revenant à Jean-Paul Huchon, ancien président PS de la région Ile-de-France, qui appelle à voter pour Valérie Pécresse, candidate de la droite.

Même son de cloche chez les macronistes. Marlène Schiappa, organisatrice en cheffe des meilleurs meetings politiques, et le candidat LREM à la régionale en Ile-de-France Laurent Saint-Martin, assurent ainsi que “la gauche s’allie avec l’extrême-gauche de Mélenchon”. Un argument également utilisé par... Valérie Pécresse, candidate elle-aussi, mais pour LR cette fois.

Voilà donc que tout le centre de l’appareil politique s’accorde pour taper Mélenchon et les insoumis. Du PS à LR, en passant par les macronistes. Ceux qui, ont exercé tour à tour le pouvoir dans le pays pendant 30 ans s’unissent contre Mélenchon. Plus simple, évidemment, que d’interroger les bilans des uns et des autres.

Un acharnement politique impressionnant, permanent... et largement repris dans le monde médiatique. On ne compte plus en effet les matinales, chroniques, débats ou articles mettant en cause le candidat insoumis, taxé tour à tour de complotiste, de violent, d’islamogauchiste… Toutes les attaques sont bonnes, dans un contexte où la présence médiatique répétée des porte-paroles d'extrême-droite est pointée du doigt par le CSA.

Notons, dans ce vacarme, la sortie du polémiste Raphaël Enthoven, qui assume “voter Le Pen face à Mélenchon”, comme il voterait “pour Trump plutôt que pour Chavez”. Une bouillie politique et intellectuelle largement dénoncée par certains, mais suivie par d’autres, comme l’avocat Gilles-William Godanel, habitué des plateaux télés. Deux hommes proches du réseau “Printemps Républicain”, connu pour son hostilité à Jean-Luc Mélenchon et dont le président Amine El-Khatmi a repris cette semaine l’intégralité des attaques contre le porte-parole insoumis… y compris celle de l’extrême-droite sur l’ “islamogauchisme”.

Les insoumis affichent leur ras-le-bol

Ainsi, après des mois de bashing incessant contre Mélenchon et la France insoumise (de l’attentat de Rambouillet à l’accusation de complotisme, en passant par les menaces d’extrême-droite ou la liste d’union de la gauche en Ile-de-France), la mobilisation des insoumis apparaît comme un cri d’indignation.

Fatigués d’être insultés, caricaturés grossièrement ou enfermés dans une case de dangereux extrémistes, les insoumis ont à la fois clamé leur ras-le-bol et leur indignation. Plus rares, des militants d’autres forces politiques ont également affirmé qu’à leurs yeux, non, les insoumis ne sont pas des “ennemis de la République”. Mettant à mal toute la stratégie visant à ostraciser ces derniers.

Une aubaine pour Mélenchon

Mais pourquoi diable Mélenchon subit-il pareil acharnement, au point où le seul résultat semble être de rassembler ses sympathisants autour de lui et d’indigner de nombreux citoyens ?

Est-ce son socle électoral qui ne s’effrite pas malgré les attaques, et le place en tête de la gauche dans les sondages ? Est-ce sa capacité à rassembler des centaines de milliers de signatures de soutien, et à déjà décliner son programme présidentiel quand ses adversaires n’en sont qu’à chercher une candidate ou un candidat potentiel ? Ou est-ce sa constance à tenir tête coûte que coûte à la politique libérale et à lui proposer une alternative, que cela soit face à Sarkozy, Hollande ou Macron ?

Quoiqu’il en soit, la multitude de messages #EnnemiDeLaRépublique est une aubaine pour lui. Car elle affiche la force des militants insoumis et leur détermination. Car elle souligne les limites des attaques lancées contre lui chaque semaine. Car elle montre qu’en tapant dessus conjointement, les autres politiques en font le candidat anti-système capable de créer la dynamique nécessaire à déjouer les pronostics d’un second tour Macron / Le Pen en 2022, dont une large majorité de Français ne veulent pas.

Les premiers résultats ne se sont d’ailleurs pas fait attendre : à rebours des déclarations des cadres PS évoquées plus haut, Lionel Jospin et Ségolène Royal ont apporté aujourd’hui leur soutien à la liste d’union en Ile de France. Preuve, s’il en fallait une, que le nom de Jean-Luc Mélenchon n’est pas un épouvantail pour tout le monde.

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