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Billet de blog 29 nov. 2022

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Faut-il craindre la cancel culture fasciste ?

En 24 heures, les réseaux militants d'extrême-droite sont parvenus à faire retirer un jeu des rayons de la FNAC. Si l'enseigne a finalement décidé de remettre le jeu en vente, la question se pose : faut-il craindre une "cancel culture" fasciste ?

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Illustration 1

Texte tiré d'une chronique lue sur le plateau de l'Émission Populaire le 29 novembre dernier.

Quelques lignes aujourd’hui sur l’offensive d’extrême-droite dans notre pays. Celle-ci parvient toujours à nous surprendre et à organiser de nouveaux rebondissements dans sa bataille idéologique abjecte. La dernière en date : le retrait d’un jeu des rayons de la FNAC, ce dimanche 27 novembre, après la pression mise sur l’enseigne par les réseaux d’extrême-droite.

Un jeu de cartes antifasciste

Parlons d’abord du jeu en question. Il s’appelle “Antifa, le jeu”, co-édité par les éditions Libertalia et par La Horde, et se présente de la façon suivante : “propos racistes, manifs homophobes, violences fascistes, ça suffit : contre-l’extrême-droite, à vous de jouer !”. Vous l’avez donc compris, ce jeu est une simulation dans laquelle vous, les joueurs, pouvez faire vivre un groupe antifasciste dans lequel chacun interprète une militante ou un militant.

Jusqu’ici, rien de bien choquant, sauf à penser que la lutte contre l’extrême-droite, l’homophobie, le racisme et le facsisme est un problème.

Fakenews d'extrême-droite

Dans un premier temps, ce sont les réseaux militants d’extrême-droite qui ont mis la pression sur Twitter pour dénoncer la vente de ce jeu. En même temps, on ne peut qu’observer ici une certaine logique, imaginant aisément qu’ils se soient sentis visés par le thème du jeu, l’antifascisme.

Notons notamment le tweet du député RN Grégoire de Fournas, oui, ce Grégoire de Fournas là, celui qui a lancé “qu’il retourne en Afrique” au député insoumis Carlos Martens Bilongo à l’Assemblée nationale. Un homme droit, intègre, aux valeurs morales inébranlables et digne de confiance.

Bref, notons donc ce tweet qui accuse le jeu de proposer différentes options aux joueurs : “bloquer une FAC”, “tabasser un militant de droite”, “attaquer un meeting du RN” ou “lancer un cocktail Molotov sur les CRS”. Rapidement, le tweet enflamme la fachosphère et est partagé des milliers de fois, les adeptes de Le Pen et autres fans de Zemmour se montrant offusqués, que dis-je !, scandalisés par ce contenu.

Problème : aucune de ces options n’est réellement proposée aux joueurs dans ce jeu Antifa. Il ne s’agit que d’une fakenews provenant d’un homme qui n’en est pas à son premier coup d’éclat dans la sphère facho.

L’affaire aurait pu (du) s’arrêter là. Le jeu Antifa énerve les fachos, ces derniers gazouillent, s’énervent, trépignent, c’est le retour de la team “Ouin-Ouin”, et fin de l’histoire. Malheureusement non… car un peu plus tard dans la soirée de samedi, c’est le Syndicat des Commissaires de la Police Nationale, le SCPN, qui dénonce la vente de ce jeu dans un tweet en interpellant la FNAC.

Celle-ci répond le dimanche après-midi en promettant de “tout faire pour que le jeu ne soit plus disponible en rayon”, comprenant que “la commercialisation de ce jeu ait pu heurter certains de ses publics”.

À quoi joue la FNAC ?

Alors bien sûr, on peut d’abord se tourner vers la FNAC et lui reprocher de céder à la pression de la fachosphère, elle-même basée sur la fakenews d’un député condamné récemment pour des propos racistes, deux détails qui ne justifient absolument pas une telle décision. Mais on peut aller beaucoup plus loin.

D’abord, en rappelant que sur le site de cette même enseigne on peut acheter pour quelques euros le livre “Mein Kampf” d'Adolf Hitler dont le contenu semble pourtant un poil plus dangereux, plus haineux, plus raciste, antisémite, homophobe, et tout autre qualificatif que vous pourrez trouver, qu’un simple jeu de cartes Antifa.

Ensuite, parce que toujours sur ce site de la FNAC se trouvent tous les livres bien fachos de notre histoire française récente, de Zemmour à Le Pen, mais aussi plus ancienne, comme les lignes de Robert Brasillach, journaliste français antisémite et collabo pendant la seconde guerre mondiale.

Notons enfin, toujours sur le site de la FNAC, la vente de différentes revues d’extrême-droite, comme La Furia, notamment fondée par l’illuminé Papacito qui publiait sur YouTube en 2021 un tuto expliquant comment assassiner un militant de gauche.

Bref, au beau milieu de tous ces torchons et de toutes ces horreurs fachos , il me semble que la FNAC aurait pu supporter l’idée de vendre un jeu Antifasciste… Bien que ce dernier n’aurait pas pu, à lui seul, compenser tout le contenu évoqué ici qui, d’ailleurs, peut aussi “heurter d’autres publics” de l’enseigne.

Cancel culture fasciste ?

Mais il faut aussi comprendre ce que cette affaire nous montre : alors que l’extrême-droite passe son temps à dénoncer la prétendue “cancel culture wokiste”, gémissant, à la hauteur de ce qu’on peut attendre de la team “Ouin-Ouin”, contre la couleur de peau d’un acteur, contre la remise en questions de statues d’hommes célèbres ayant organisé ou défendu la traite négrière, contre la présence de diversité dans les films, dans les médias, dans la culture, bref, contre à peu près tous les mouvements de société visant à dénoncer les plaies du passé et à s’en émanciper, voilà que l’extrême-droite prend le rôle, cette fois, du censeur.

Faut-il alors parler de “cancel culture fasciste” ? Faut-il craindre que, par manque de courage et par manque de conscience politique et idéologique, d’autres enseignes cèdent à la pression et aux couinements victimaires de la fachosphère ? L’avenir nous le dira.

Pour le présent, une bonne nouvelle : le jeu Antifa est certes sorti des rayons de la FNAC, mais il est momentanément en rupture de stock. En signe de soutien, les commandes ont explosé… et il est impossible de se le procurer en ligne avant le mois de janvier. Raté pour le pied du sapin de Noël donc, mais je m’engage ici à en acheter un exemplaire pour le faire gagner à l’un des spectateurs de l'Émission Populaire à la rentrée 2023.

Après tout, si l’on peut s’amuser ET combattre le fascisme, pourquoi se priver ?

(À noter : le jeu a été réintégré aux rayons de la FNAC après l'écriture de ces lignes)

Bastien PARISOT

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