CHRISTOPHE BARBIER : AU SECOURS, L'ESPRIT DE 40 REVIENT!

La proposition de C. Barbier de supprimer une semaine de congés payés ainsi que les RTT, nous fait penser à des théories passées qui avaient déjà pour but de culpabiliser le citoyen lambda en lui trouvant une existence bien fastueuse, énoncées par des personnages qui n'avaient pas tellement intérêt à ce que l'on vienne trouver des causes du mal chez eux ou des solutions dans leurs poches.

L'éditorialiste médiatique Christophe Barbier a gratifié "l'internet" de sa proposition pour redresser l'économie nationale : que les Français cèdent leur cinquième semaine de congés payés et abandonnent les 35h - sans contrepartie financière imagine t-on : "Le problème majeur de la France: le rapport au travail. On aime bien ne rien faire. Mais quand on regarde la situation économique actuelle, l'idée d'un gros coup de collier où les gens renonceraient à une partie de leurs vacances est toujours d'actualité. Il serait temps, aujourd'hui, que les Français renoncent d'eux-mêmes à cette cinquième semaine. Quatre semaines de vacances et on supprime aussi les RTT."

La défaite française en Mai et Juin 1940 avait, par sa fulgurance et sa surprise, profondément atteint les esprits. On cherchait à comprendre, à trouver les coupables, à définir les remèdes. Très vite, les nouveaux hommes du pouvoir rassemblés autour du Maréchal Pétain, principalement issus des rangs de l'extrême droite, accusèrent la gauche, le Front Populaire, Blum, etc. d'avoir instillé l'esprit du loisir et de l'oisiveté dans le peuple français, et avoir ainsi forgé l'état d'esprit qui mena à la seule issue possible : l'effondrement national. Dès les premiers mois d'existence de l'Etat Vichyste, le projet de la Révolution Nationale fut présenté à des fins de rééducation de la population. Le terrain de désarroi et de dénuement matériel était en effet fertile pour que le nouveau Pouvoir le manipule sans retenue.

Robert Aron dans son Histoire de Vichy (1954) témoigne : "Battant sa coulpe, l'opinion, pour une grande part, adhère, au moins dans les débuts, aux actes de contrition répétés que le Maréchal formule dans ses Messages : "C'est ma faute, c'est ma très grande faute", confesse le Français moyen qui, dans sa nostalgie des facilités abolies, ne demanderait d'ailleurs pas mieux que de retomber dans ses erreurs. "Je regrette, dit avec délectation une Egerie politique, cette bonne pourriture d'avant-guerre". "

Sentiment de culpabilité, celui que les jouissances - que l'on fantasme après coup comme "folles" - de ces années d'avant guerre avaient été en trop et avaient causé l'esprit de la défaite, là où, en Europe, le fascisme traçait la voie de l'homme nouveau, discipliné et travailleur, aux ordres d'un Chef.

On le sait aujourd'hui, la défaite de 1940 était militaire, et non morale. L'excellent ouvrage sur le le procès de Riom en 1942, qui visait à désigner coupables de la défaite les derniers responsables de la IIIe République (principalement Edouard Daladier et Léon Blum), a mis en évidence que ceux-ci avaient à l'époque entrepris un réarmement important du pays, à partir de la remilitarisation allemande de la Rhénanie en 1936. Ironiquement, des retards dans la modernisation de notre Armée face aux ambitions guerrières d'Hitler pouvaient se déceler dès 1934 sous les décisions d'un Ministre de la Guerre qui n'était autre que... le Maréchal Pétain (énoncées ici même).

L'esprit de la Révolution Nationale souffle dans le cerveau insomniaque de Monsieur Barbier. Les Français, adeptes du farniente, atteints de clinophilie, ruinent leur économie et entraînent le pays dans l'abime. S'ils acceptaient de travailler plus pour moins cher, alors, peut-être y aurait-il une chance là de rebâtir une Nation solide, habitée d'Hommes Nouveaux qui ont compris que les loisirs ramollissaient les gênes et que c'est dans le travail que l'homme réalise sa vraie expérience ontologique.

Cette  inquiétante fuite de l'esprit est, à mon avis, le premier signe d'un futur "décrochage" de l'ami Barbier. On attend son Cosmos, son catholicisme zombie, son grand remplacement, bref son intuition métaphysique géniale qui cernera le réel et ne le lâchera plus jusqu'à ce qu'il rende gorge. 

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