La France Insoumise: Dissolution!

La France Insoumise représentait l'espoir de remporter l'élection présidentielle avec un programme inter-classes, et n'est aujourd'hui plus qu'un parti marginal du paysage politique, relayé à l'indifférence. La dissolution dans la foulée eût été une belle mort, pleine de panache. La faute à Mélenchon, et à tout le monde, comme je l'explique ici.

BILLET D'HUMEUR DEPRESSIVE

 

La France Insoumise aurait dû s'auto dissoudre au lendemain du pitoyable résultat des élections européennes. Cela aurait eu le mérite du panache et de mourir d'une façon vive, plutôt que de décliner lentement. Dissolution il y aurait dû y avoir, pour marquer la prise de conscience de l'échec de ce mouvement. Echec à pouvoir prendre le pouvoir. "Nous avons essayé, nous avons échoué, notre mouvement n'a plus lieu d'être". 

TOUT LE MONDE DEBOUT... LA-BAS!

Le billet agressif de Laurent Joffrin, lui si mielleux un mois plus tôt avec Jean-Luc Mélenchon qui daignait de nouveau lui accorder une interview, se félicite de la débâcle de LFI en pérorant : "C’est l’essence même du dégagisme qui est en cause. Le peuple d’un côté, les élites de l’autre : sommaire et faux. Les élites ne sont pas toujours réactionnaires ni le peuple progressiste. C’est en bâtissant une coalition «interclasses» qu’on réunit une majorité ou, à tout le moins, qu’on impose des réformes de progrès." Joffrin jubile de voir renaître EELV et le PS.

Je suis d'accord avec lui sur un point, il n'y a qu'un mouvement interclasses, entre les classes populaires et les classes moyennes, qui puisse porter au pouvoir un programme qui prenne en compte suffisamment les nombreux besoins de notre société. Mais, précisemment, quel est le seul mouvement à avoir tenté et réussi cette coalition inter-classes, si ce n'est LFI en 2017? Son électorat était le plus éclectique. Qui aujourd'hui Monsieur Joffrin peut-il bien avoir en tête pour en faire un fédérateur inter classes? Question sans réponse à l'heure actuelle. Oui, il peut arriver qu'on parle des gens les plus en souffrance sociale dans les bouches de Jadot et Glucksmann, mais quel est leur électorat? C'est à cela que l'on reconnaît qu'un parti "parle" à certaines strates de la société, et pas aux quelques mots prononcés par un chef de file pendant une élection. Plus aucun prolo n'écoute les Verts et le PS, c'est un fait. 

Comment LFI est-elle passée de 20 %, représentant la principale force de gauche capable d'arriver prochainement au pouvoir, à 6%, score réalisé à chaque échéance européenne, représentant la marginalité du parti dans l'opinion française?

J'ai deux explications.

 

LE RESERVOIR FUIT DES DEUX COTES

Une endogène : On ne conquiert probablement pas le pouvoir sans les classes moyennes, et au moins par deux fois LFI les a éloignées d'elle. 

1) L'attitude de Mélenchon après le 1er tour de 2017 qui a refusé de se positionner comme nouveau grand parti "raisonnable et présentable" en ne disant pas de voter Macron au 2e tour, a été très mal pris par beaucoup d'électeurs de gauche modérée. Les médias s'en sont emparés et on a davantage parlé de cela que du score énorme de Mélenchon; quel dommage de ne pas avoir capitalisé sur ce score... 

2) Et bien sûr l'épisode des perquisitions, si iniques soient-elles (et elles le furent), quand Mélenchon s'est auto carbonisé en direct devant les caméras. Lui qui avait sû lisser son image en 2017 pour ne plus effrayer les modérés, est apparu hors de lui, irrespectueux, menaçant, parano ("ils m'ont bloqué Facebook"), et traitant ses proches comme des petits employés à ses ordres (voir comment il parle à Quatennens, et à la députée qui lui demande de se calmer). Il n'y a qu'à revoir les images pour en souffrir, dans sa chair. C'est très pénible à regarder. Il s'est définitivement tué politiquement ce jour là, on ne se remet pas d'un tel craquage, rendu public.

 

Une exogène : les Français ne semblent plus du tout disposés à faire l'effort de céder un peu sur leurs préférences afin de faire partie d'un ensemble qui engloberait d'autres catégories de Français.

Je pouvais supporter certaines sorties hasardeuses de Mélenchon en 2017, parce que j'avais le sentiment que LFI pouvait attirer des Français d'une autre classe que la mienne. C'était, en quelque sorte, le prix que j'étais prêt à payer. De par ma sociologie et mon parcours, je suis plus proche d'un Hamon dont je sais qu'il ne me fera jamais honte en ayant des propos trop outranciers ou réducteurs, qu'il incarne une bienséance qui sied bien à ma classe. Une gauche propre sur elle. Mélenchon sortait de la bienséance ("Dégagez!") mais cela permettait à des gens différents de moi de prêter l'oreille, des classes en souffrance pouvaient opter pour LFI plutôt que le FN, alors j'acceptais.

Le résultat des européennes montre à quel point chaque petite classe tient à avoir son candidat, et n'est aucunement prête à réaliser une torsion, une contrainte, pour une cause plus grande.

Les prolos ont le FN, seul vote utile à présent pour eux pour péter le système. Les retraités et les nouveaux riches ont LREM. Les bourgeois catho ont LR. Les bobos et les classes moyennes modérées ont EELV. Les révolutionnaires ont LFI. 

LFI s'est faite siphonnée la fois de ses électeurs modérés partis à EELV (plus conforme à leurs standards), et de ses classes populaires reparties vers le parti du rejet des étrangers, de la préférence nationale, puisque LFI dans les sondages n'incarnait plus la possibilité de bousculer le game.


ABSTENTION MESDAMES ET MESSIEURS, CA VA COMMENCER

N'ayant aucune raison d'espérer dans un futur proche en l'avènement au pouvoir d'un parti interclasses, ce qu'était et n'est plus LFI, je décide moi aussi de me retirer du game, de ne plus soutenir aucune initiative ni de ce mouvement, ni d'un autre, et de préférer l'abstention.

Autain peut bien croire qu'elle va faire quelque chose avec son big bang , comme si le problème était Mélenchon. Mais sans Mélenchon, ou sans Ruffin, les deux seuls capables d'attraper l'oreille des classes populaires, LFI se coupe de cet électorat. Avec Mélenchon, et Ruffin, LFI se coupe des modérés qui trouvent ces hommes trop clivants, énervés, inquiétants. Le problème me semble donc insoluble. Le miracle de 2017, c'en était un, était que Mélenchon, reconnu comme un combattant, avait pris des allures d'homme sage, c'est ce qui lui avait permis de récolter si large. La plupart des électeurs ne veulent pas la révolution, le conflit, ils ne sont pas politisés, et ils préfèrent les solutions "tranquilles". 

 

Je pourrais voter EELV, dont je suis le parfait coeur de cible, et ce serait toujours mieux que Macron, mais j'aurais tellement l'impression de cautionner une misérable entreprise communautariste (pour la petite classe des gens de gauche, citadine, qui vit bien, diplômée, etc.), absolument pas à la hauteur pour apaiser la situation sociale du pays, que je ne leur ferai pas le plaisir de leur laisser penser, par mon "vote utile", qu'ils représentent une quelconque sortie de notre impasse collective.

 

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