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Billet de blog 9 décembre 2018

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Macron, : le problème qui en cache un autre.

Macron par sa politique inégalitaire offensive a affecté gravement le tissu social, ajoutant une manière offensante d'exercer le pouvoir, ce que mesure son niveau de rejet dans l'opinion.Il a pu opérer "un hold-up électoral" par "effraction", bénéficiant d'une série d'atouts d'abord médiatiques et financiers (se sont les mêmes), mais aussi d'une constitution qui cadenasse l'expression populaire.

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Derrière la problème Macron se cache celui de la Constitution de la 5ème République

Au départ la 5ème est conçue pour que les 25 à 30 % des électeurs du PCF servent "d'assurance élection" aux gaullistes, les plus anciens se souviendront à ce sujet des aveux de Peyrefite :"Si nous ne faisons pas de bêtises, nous sommes au pouvoir pour trente ans " et d'argumenter ensuite en  disant que le PCF servira toujours d'épouvantail empêchant ainsi la gauche de venir prendre le pouvoir. Dans le cadre de la 5ème ainsi conçue il faut l'affaiblissement relatif du PCF face au PS, il faut la division à droite et surtout la "trahison" de Chirac pour que le 10 mai 1981  advienne.. Bref les gaullistes avaient fait des bêtises !

Depuis c'est la famille Le Pen qui assure ce rôle d'épouvantail et réalise ainsi le verrouillage. Mais le verrouillage à encore été renforcé par la modification de la constitution voulue par Jospin et Chirac pour interdire au français de jouer de la cohabitation et contrôler ainsi les pouvoirs excessifs du Président élu, et en somme le révoquer à la première élection législative prévue ou organisée suite à une dissolution. Cette cohabitation possible était une forme de soupape, et les français pouvaient endurer en se disant qu'avec leur prochain bulletin ils mettraient fin à la toute puissance du Président, et sagement c'est ce qu'ils firent à chaque occasion entre 1981 et 2002, et c'est bien pour quoi les deux partis dits de gouvernement se sont entendus pour changer la constitution et interdire cette possibilité.

Une république qui asphyxie la démocratie 

Trois présidents plus tard, sans soupape, ni même l'espoir de la soupape face, à un président qui a fait monter la tension comme s'il était assuré que tout lui était possible, y compris le cynisme et le mépris, ce sont les ronds points qui sont devenu les lieux de vie de la démocratie. Les ronds points, ce sont les nœuds des réseaux routiers, et au delà des réseaux routiers ce sont aussi les réseaux de communications qui sont mis à contribution et d'abord par ceux qui vivent la destruction des réseaux de services public, (écoles, médecin, maternité, tribunaux, mairies, postes , trésors publics etc) et pour finir le rétrécissement du réseau des voies ferrées ce qui éloigne encore plus chacun d'eux ou rend leur accès plus difficile, plus long et plus coûteux.

Macron avec cette taxe "carbone" prétendument écologique a fini par tirer un coup de trop sur l'élastique qui en se rompant à brisé le lien démocratique avec eux et de manière sans doute irréversible.

Alors une fois cassé l'élastique, la réalité des problèmes émerge et apparaît aux yeux du plus grand nombre d'où se soutien persistant malgré les violences dénoncées et mises en scène médiatiquement pour faire peur et tenter de faire entrer chacun dans sa bulle, ou dans son trou rural, Il faut le rappeler, non pas au peuple qui le sait, mais à ses gouvernants : Sans souci premier de justice sociale pas de paix civile possible, ni même souhaitable. Le peuple est légitime à revendiquer comme il le peut la justice sociale

De l'injustice fiscale à la transition écologique.

-Il y a bien sûr en premier l'injustice fiscale flagrante qui s'alimente et renforce l'injustice sociale

-Il y a ensuite l'espèce de déni du pouvoir de ces injustices et la manière quasi cavalière de les traiter

-il y enfin la ruse, la manipulation dont use sans vergogne le Président pour creuser encore le sillon de cette politique injuste allant jusqu'à se servir de la cause écologique à laquelle le plus grande nombre est d'ailleurs plus sensible que lui-même à en juger par la pauvreté de son programme de candidat sur le sujet, à en juger par les mots de Nicolas Hulot lui-même, son ex Ministre "faire-valoir" écologique.

La transition écologique, la vraie, l'impérieuse que nous devons assurer va réclamer des investissement financiers importants, des investissements à faire sur le long terme essentiellement, c'est à dire sans retour sur investissement en terme financier avant longtemps, voire jamais ! L'effort ne sera consenti que dans le cadre d'une politique de justice fiscale et donc sociale, sinon les pouvoirs seront tentés de l'imposer par la force ..jusqu'à la dictature verte, une nouvelle variété de dictature que l'on a pas de raison d'imaginer plus aimable que les autres.

C'est un peu ce qu'ont senti venir les gilets jaune avec cette taxe carbone ... sentir venir non seulement les fins de mois difficile mais la fin du monde démocratique et prélude de la fin du monde tout court. Ils ne veulent aucune de ces trois fins ..et ils veulent le dire !

Destitution, démission,  dissolution ... 

Alors faute de se sentir capable de tenir et de "la fermer" jusqu'en 2020 avec Macron au pouvoir, sur les ronds points on parle de destitution (on rêve de pouvoir user de l'article 68), on réclame la dissolution de l'Assemblée Nationale (De Gaulle en 68 et Chirac en 97 l'ont fait, alors jamais deux sans trois, pourquoi pas Macron ?), ou l'on crie "Macron démission" (autant dire coup d'état et révolution ...)

N'oublions pas que Macron, cynique a osé signer un livre dont le titre est révolution .. Coup d'état et révolution ça va ensemble, pour réussir un coup d'état Macron est sans doute le mieux placé (*)

Pourtant rien ne serait réellement réglé de manière durable par l'une ou l'autre de ces trois sorties ... si le problème institutionnel reste en l'état. un état d’asphyxie démocratique chronique ne pouvant conduire qu'à des crises répétitives. 

Les gilets jaune en sont conscients, dans leurs revendications il est question de référendum populaire. C'est un premier pas qu'ils doivent dépasser et se poser en constituants, ou du moins ils doivent mettre en route la réflexion pour que soit installée une Assemblée Constituante qui de manière légale ouvrira la porte à une nouvelle République. C'est seulement ainsi que le peuple pourra reprendre la main sur son destin collectif et tenir à l'écart les intérêts particuliers de la finance qui ont pris le pouvoir dans ce pays et pas seulement en France bien sûr. Un pouvoir que représente fort bien Macron actuellement, il en est presque une caricature, mais il n'est pas le seul à pouvoir assurer ce rôle, le fameux "ennemi de la finance" et son prédécesseurs étaient pas mal non plus dans le rôle ! Le prochain pourra tout aussi bien l'assurer.

Du problème  fiscal à la question institutionnelle : si les députés prenaient l'initiative ?

En cassant l'élastique à partir d'un problème fiscal posant un problème économique partagé par des parties disparates de la population mais qui s’agrègent (des retraités aux petits commerçant en passant par les chômeurs, les ruraux et les étudiants ..) Macron a soulevé un problème social rendu inacceptable à cause des injustices, ce qui a conduit à un problème politique, et faute d'avoir su traiter politiquement ce problème c'est la question institutionnelle qui apparaît maintenant à nue, comme la matrice de l'ensemble et qu'il faut désormais traiter.

Ne pas le faire serait se condamner au pire.

Je vais ici ajouter une hypothèse, que l'on jurera farfelue, de sortie de la question institutionnelle.

Sur les ronds points on discute, démission de Macron, destitution ou dissolution.

Il y a une quatrième possibilité, ou plutôt une voie possible en préalable à l'une des trois autres ci dessus ..celle que pourrait choisir les députés ... et donc les députés La REM, car bien sûr une motion de censure qu'ils ne votent pas ne change rien. Si ce n'est tous LES députés , mais DES députés LaREM pourraient proposer un référendum pour une constituante ...

A bien réfléchir cette sortie est même la seule possible pour le pouvoir actuel, aussi va-t-il sans doute l'explorer, mais selon ses manières de faire il ne peut que la dévoyer, évidemment. Il faut donc que les gilets jaune sur les ronds points se préparent à cette proposition qui pourrait sortir du chapeau et ne se fassent pas voler une potentielle nouvelle République par un débat que le pouvoir organiserait pour l'enliser dans les méandres de commissions départementales et autres dispositifs de nature à noyer la volonté légitime de prise de pouvoir du peuple souverain.

Pour éviter ce vol, il faut et il suffit de poser comme principe absolu le suivant : les futurs constituants ne doivent pas être des élus, et ne doivent pas pouvoir être élus ensuite .. et j'ajouterai qu'un forte dose de tirage au sort parmi les citoyens serait sans doute nécessaire pour qu'enfin le peuple se donne à lui-même les règles d'une démocratie vivante qui respire !

Je parle de vol car attention il y a un voleur à l'Elysée qui fort de son impunité n'hésite pas à déclarer son forfait une fois commis par ruse, manipulation ou "effraction" : les "Hold-up" il sait faire et c'est même à ça qu'on pourrait le reconnaître !

Et si certains se demandent quelle sera la posture de Macron lors de sa prochaine intervention télévisée ? Qu'importe, se sera une posture, qu'une posture.

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(*) Etienne Chouard va jusqu'à penser que c'est même le projet du pouvoir actuel, "agiter le peuple avant de s'en servir" pour justifier dans le chaos ainsi organisé la nécessité du pouvoir fort .. et je rappelle qu'il existe un funeste article 16 dans la constitution de la 5ème République, autorisant en somme le président à faire un coup d'état "légal". Emmanuel TODD lui aussi craint le coup d'état qu'il pense plus probable que la révolution, mais il ne croit pas Macron aussi machiavélique que Chouard, il le pense simplement totalement coincé dans son univers mental et susceptible étant donné sa psychorigidité d'être "conduit" au coup d'état. Pour ma part je pense que les deux hypothèses ne s'excluent pas totalement et que Macron a le profil pour jouer dans la même cour que Poutine ou Erdogan ! Le renoncement, la défaite, lui sont impossibles, il n'en a aucune expérience, il croit, bien sûr, ne devoir qu'à lui ses réussites, qu'à ses capacités "manœuvrières" (d'autres peuvent dire manipulatrices) et qu'a ses qualités intellectuelles "hors normes" (selon sa propre évaluation largement approuvée par sa cour) et cette croyance égotique c'est ce qui peut le conduire au pire.

Tout chez lui n'est que posture : l'écoute notamment de celui qui lui parle, il n'écoute pas pour entendre, mais parce qu'il sait qu'il faut écouter, d'où ce sentiment constant de le voir prendre des postures. Souvenez-vous de la posture du candidat "convaincu et engagé" poussant son prix primal sur scène. Macron aime le théâtre et se croit le meilleur acteur du monde politique. 

Quelle sera la posture de Macron lors de sa prochaine intervention télévisée ? Qu'importe, se sera une posture 

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