La démocratie ne se fait pas à l'Élysée

Monsieur Macron devrait vraiment revoir ses cours d'histoire ! D'où nous vient une grande majorité de nos avancés démocratiques ? Mais de la rue bien-sûr !

Monsieur Macron devrait vraiment revoir ses cours d'histoire ! D'où nous vient une grande majorité de nos avancés démocratiques ? Mais de la rue bien-sûr !

Le président français a encore répété (car ce n'est pas la première fois - loin de là - qu'il le dit) sur la grande chaîne américaine, CNN, qu'il croit en la démocratie et qu'elle ne vient pas de la rue. Hors il suffit d'examiner, ne serait-ce qu'un peu, cette déclaration pour y trouver le mensonge éhonté qu'elle contient.

Alors d'où nous vient la démocratie ? De différents domaines bien-sûr, mais certainement pas ou plus, depuis longtemps, des urnes. Et Monsieur Macron devrait être le premier à le savoir, lui qui s'est fait élire au poste de président par un pur concours de hasards, lui qui ne devrait aucunement être là où il se trouve. Corruption dénoncée d'un des candidats principaux, destruction primordialement anti-démocratique du candidat élu par la base du PS, par son propre parti, après promesse répétée de respecter le résultat des urnes, chantage électoral hystérique à cause du Front National, abstention tout à fait compréhensible et massive, "starification" par les grands médias néolibéraux qui règnent dans la télé et dans la presse écrite - voici les vraies raisons qui ont amené Macron à l'Elysée. Alors permettez-moi une indignation bien saine quand ce dernier ose affirmer sans cligner des yeux que les français ont voté pour lui et qu'il se sent donc serein à forcer des réformes profondément anti-démocratiques, à faire reculer l'égalité déjà loin d'être atteinte, à enrichir les riches et appauvrir les pauvres. Et ceci alors que lui, Monsieur Macron bénéficiera maintenant d'avantages, de privilèges et d'une rémunération pharaoniques et à vie que nous les autres paieront avec nos impôts. La démocratie ce n'est pas choisir le moins pire malgré soi tous les cinq ans.

Alors elle est où la démocratie ? Certainement pas à l'ENA où des étudiants presque tous issus du même milieu apprennent à se féodaliser encore plus qu'ils ne le sont déjà à la dictature néolibérale. Certainement pas dans les banques (et encore moins dans la banque Rotschild) qui ont réussi à faire nationaliser leurs dettes privées au grand déficit de la richesse nationale. Certainement pas dans les hémicycles de l'UE où des technocrates de la pensée unique font régner une dictature économique au profit des multinationales tout en acceptant les entorses profondes aux vraies valeurs démocratiques, tels que les droits humains, qui sévissent dans des pays comme la Pologne et la Hongrie mais aussi en France même. Car où est la démocratie quand des policiers et une mairie locale (Calais) ne respectent pas les décisions des tribunaux concernant les droits des réfugies, sous l'oeil bienveillant du gouvernement national et donc de Macron? Ou est la démocratie quand on refuse l'eau, la nourriture aux migrants épuisés ? Où est la démocratie quand on détruit tentes et couvertures de ces mêmes migrants sous le froid ? La démocratie ne se trouve pas non-plus à l'Élysée ou au parlement où une grande majorité des politiciens sans courage aucun ne pensent qu'à préserver leurs avantages.

Voici quelques lieux où la démocratie ne se trouve certainement pas.

Par contre, revoyons un peu nos textes d'histoire : le droit de vote des femmes, l'évolution des droits civiques aux USA et ailleurs, l'abandon de gouvernements dictatoriaux en faveur de divers parlements et régimes électoraux plus démocratiques que ce qui les précédait (même si loin d'être parfaits) : toutes ces avancés et conquêtes démocratiques ont été durement gagnés, en grande partie du moins, dans la rue. Et presque tous les mouvements démocratiques, qu'ils aient réussi dans leurs buts ou non, se sont exprimé ou s'exprime dans la rue : Gezi en Turquie, Gdansk et solidarnosc en Pologne, Mai 68 en France et ailleurs, Tian'anmen et, enfin, le mouvement contre les réformes dictatoriales du code de travail en France aujourd'hui. Voilà de vrais lieux à aspirations démocratiques. Et je ne fais que citer quelques exemples, sans chercher au-delà de ce qui me vient en tête immédiatement.

Alors Monsieur Macron devrait vraiment réfléchir et revoir ses cours avant d'oser essayer de donner des cours de démocratie. Cet home ne représente rien sauf les intérêts des classes dites "supérieures". Cet homme veut faire largement reculer nos droits, économiques et civiques. Cet homme n'est en rien démocratique.

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