Un vrai Acte II

Je tiens, tout d'abord, à remercier les Gilets Jaunes qui m'ont ouvert les yeux et ont fait évoluer ma pensée. Les Gilets Jaunes m'ont aidé, oui aidé. Et en signe de reconnaissance, ma première mesure sera de mettre fin à la répression de ce mouvement. J'ai compris que l'autoritarisme n'est pas une réponse valable à la misère et à la colère devant l'injustice - à moins d'être en dictature.

UN VRAI ACTE II

Chers concitoyens,


J'ai eu l'occasion de bien réfléchir, tranquillement, pendant les vacances d'été et j'ai changé. Je vous propose donc d'entamer un Acte II de ma présidence où je ferai preuve non seulement d'empathie pour les plus pauvres et les plus démunis mais aussi de compassion, de compréhension humaine et où je mettrai en place des mesures concrètes pour changer les conditions qui mènent inévitablement à des inégalités de plus en plus criantes.

Je tiens, tout d'abord, à remercier les Gilets Jaunes qui m'ont ouvert les yeux et ont fait évoluer ma pensée. Les Gilets Jaunes m'ont aidé, oui aidé. Et en signe de reconnaissance, ma première mesure sera de mettre fin à la répression de ce mouvement. J'ai compris que l'autoritarisme n'est pas une réponse valable à la misère et à la colère devant l'injustice - à moins d'être en dictature. Dorénavant, je ne permettrai plus aux forces de l'ordre de gazer massivement les manifestants. Je ne les empêcherai plus d'approcher tout lieu de pouvoir. Désormais, les LBDs seront interdits et tout policier coupable de violence sera immédiatement et sévèrement puni : renvoyé et placé en prison (en attendant de trouver un autre système plus juste et efficace, nous garderons les prisons.) J'ai enfin compris qu'on ne peut pas à la fois accuser la "charia" d'être un système barbare et "en même temps" institutionnaliser l'éborgnage et autres mutilations pour des manifestants, même ceux qui dans un moment de colère justifiée brisent une vitre. Parce que mutiler des gens à vie de façon volontaire - et le fait d'autoriser les armes qui mutilent en manifestation rend ces mutilations volontaires - c'est barbare.

Aussi pour vraiment mettre fin à l'impunité générale de la police, l'IGPN sera remplacée dès demain par une commission composée de 20% de policiers maximum et 80% de citoyens dont 50% minimum des quartiers populaires. Il est plus que temps de mettre fin aux violences policières gratuites dans les quartiers. Et si notre société ne peut pas, pour l'instant du moins, se passer complètement de la police je compte changer l'équilibre (ou plutôt manque d'équilibre) entre les budgets pour une police répressive et des programmes sociaux qui donneront plus de choix et d'avenir aux jeunes. Comme première mesure concrète, je propose de légaliser le cannabis (nous pourrons étudier la légalisation d'autres drogues plus tard) et de créer des magasins pour sa vente où seront employés, en grande majorité du moins, des jeunes actuellement impliqués dans le trafic de ce produit. L'énorme quantité d'argent gaspillée par la guerre contre la drogue sera ainsi débloquée pour contribuer à une campagne de prévention d'abus et pour des programmes sociaux ainsi que pour l'éducation. Les jeunes des quartiers ne seront plus les ennemis de l'État qui remplissent les prisons.

Non, dorénavant l'ennemi public numéro Un sera le fraudeur fiscal. Ayant bien compris les doléances des Gilets Jaunes je remets en place, dès demain, l'ISF. Et pour ceux qui essaient d'y échapper par la fraude fiscale, la justice sera sévère. Je renflouerai la police fiscale (avec une reconversion partielle des policiers actuellement employés à terroriser les jeunes des quartiers, les militants et les immigrés et un recrutement massif dans la société civile) pour permettre un contrôle réel des déclarations d'impôts des plus riches. Que ceux qui menacent de quitter la France si leurs impôts ne sont pas réduits la quittent. Nous n'avons pas besoin d'eux de toute façon. Et nous aurons encore moins besoin d'eux avec les transformations totales de notre système économique à venir très bientôt.

Car oui, je l'ai enfin compris, le système économique et social néolibéral est profondément injuste et écocidaire. Dès la semaine prochaine, je mettrai en place une commission composée d'économistes atterrés par le présent système, d'écologistes, d'altermondialistes, de jeunes qui expérimentent avec d'autres façons de vivre en société, de militants anti-racistes (car nous avons aussi un problème de racisme institutionnel dans ce pays qui est intimement lié au système néolibéral) ainsi qu'avec une petite poignée d'acteurs du système présent pour réfléchir au nouveau système à mettre en place. Mais je vous promets dès aujourd'hui que dans ce nouveau système, l'actionnaire ne sera plus roi. Et que toute considération sociale et écologique sera désormais plus importante que le profit. Car s'il est normal qu'une entreprise veuille faire de l'argent, son premier but doit être de créer des produits ou des services utiles à la société. Et les profits doivent servir au réinvestissement et à faire mieux vivre les vrais créateurs de richesse, c'est à dire les travailleurs. Désormais, nous ne parleront plus du coût du travail mais du coût des actionnaires parasitaires. Car ce sont eux les sur-assistés de notre société. Aussi, nous devons, dès que possible, sortir de la financiarisation excessive de notre économie.

Il m'est impossible d'énumérer dès maintenant toutes les mesures et transformations concrètes à mettre en place. Nous devrons être patients pour créer des solutions viables à long terme car le "court-termisme" nous mène au bord d'un gouffre social et environnemental. Mais je lance déjà cette petite liste d'idées tirée de mes lectures d'ouvrages écologiques et altermondialistes cet été.

1. En guise de preuve de ma nouvelle volonté de réduire voire d'abolir l'assistanat des riches, je commence par moi-même. Les ex-présidents de la République ne recevront plus des indemnités à vie, plus de chauffeurs, secrétaires, bureaux et autres services gratuits. Le président (ou la présidente d'ailleurs) n'est qu'un autre citoyen même s'il est normal qu'il jouisse de certaines facilités pendant sa présidence. De plus, après avoir effectué un mandat présidentiel, il est en position très favorable pour bien gagner sa vie. Il n'a donc en aucun cas besoin de tous ces privilèges et de cet assistanat très couteux. De toute façon, le système présidentiel ne perdurera pas dans notre nouvelle société où nous nous efforcerons à mettre en place une démocratie plus directe et moins exclusivement symbolique. Mais dès demain, Sarkozy et les autres ne seront plus à la charge de l'État et de ses citoyens.

2. D'ici janvier 2021, tous les conteneurs en plastique à un usage seront RÉELLEMENT interdits et remplacés par des conteneurs en verre ou autre matière vraiment et totalement recyclable. Pour appliquer cette loi, car même les lois actuellement en vigueur ne sont pas appliquées, voire les sacs plastiques, des contrôleurs écologiques seront embauchés en masse. L'importation de produits dans des bouteilles ou autre conteneurs plastiques sera interdite et nous créerons des usines de verre sur le territoire français. Aussi le modèle des nouveaux magasins bio qui vendent en vrac sera élargi par volonté étatique avec des incitations financières. Ceux qui résisteront devront payer des taxes de pollution très importantes.

3. Une commission écologique trouvera des solutions pour mettre fin au parc nucléaire et pour une reconversion vers un pourcentage de plus en plus important d'énergies renouvelables. Mais il est déjà primordial de comprendre que nous ne pourrons pas atteindre les objectifs sur lesquels nous nous sommes déjà engagés (et ils sont loin d'être suffisants) sans une remise en cause de notre consommation.

4. Une transformation nationale des systèmes énergétiques du logement.

5. Une renationalisation totale de l'SNCF dont l'objectif premier sera de permettre à ceux qui vivent en zones rurales de se déplacer sans voiture. Aussi, une fin aux politiques du "tout avion" et du "tout TGV".

Ce ne sont que quelques pistes sur la longue route de transformations qui nous attend. Une route longue sur laquelle nous devons absolument virer dès aujourd'hui. Pas demain. Nous avons déjà attendu bien trop longtemps comme ne nous le rappelle la très courageuse Greta Thunberg.

Enfin, je voudrais terminer ce bref discours pour introduire l'Acte II de ma présidence avec un sujet de plus en plus préoccupant. Depuis des années, notre pays devient non pas plus humanitaire mais de plus en plus raciste. Et cela doit prendre fin. Nous nous targuons d'être le pays des droits de l'homme mais nous nous comportons en monstres. Oui en monstres. Je mesure mes paroles. Cela est en grande partie la faute de politiciens qui au lieu d'essayer d'élever les discours, tombent dans un piège de surenchère contre les immigrés. Mais comme le dit si bien un dos de Gilet Jaune : "le problème ce n'est pas les immigrés c'est les banquiers". Or le rôle d'un président, de partis politiques, ne doit pas être d'attiser ce qu'il y a de plus bas chez l'homme en créant de faux ennemis, mais de trouver de vraies solutions à nos problèmes et de viser une société de plus en plus humanitaire. Car c'est ça le vrai progrès. C'est ça être progressiste. Aussi l'islamophobie croissante de notre société va dans le sens contraire. Il est plus que temps de renouer avec les vraies valeurs laïques que sont la tolérance et l'acceptation de l'autre.

Nous baignons actuellement dans une triple hypocrisie. D'un côté nous armons et soutenons des régimes dictatoriaux en Afrique et ailleurs pour le bénéfice de nos multinationales et de leurs actionnaires et de l'autre côté nous refusons d'accueillir la multitude de victimes que nous créons ainsi. Nos richesses sont basées dans l'exploitation de peuples lointains. Nous détruisons l'environnement des pays du sud mais ne voulons pas voir les populations obligées de quitter leur territoire pour trouver une vie digne ailleurs. Enfin, nous promulguons sans cesse la laïcité tout en favorisant la chrétienté, en refusant de voir l'apartheid du sionisme et en tombant dans une peur raciste qui se nomme islamophobie. Ce faisant, nous permettons à l'extrême droite "dédiabolisée" de donner le ton pour tous nos discours nationaux. Nous sommes devenus une autre extrême droite.

Tout cela ne favorise pas le vivre ensemble d'une société progressiste, humanitaire et écologiquement responsable. Je m'engage donc à un tournant, un revirement total de mes politiques pour l'Acte II de ma présidence. Et comme j'ai réellement compris les Gilets Jaunes avec mes réflexions de l'été, j'accepte de démissionner dès la semaine prochaine s'ils le veulent, même avec ma transformation - juste le temps de trouver une autre solution de gouvernance. Je remercie les Gilets Jaunes ainsi que tous les autres militants de m'avoir transformé, de m'avoir sorti d'une forme de pensée irresponsable et égoïste au service que des riches et des grands pollueurs. Si toutes les modalités et les réformes de mon Acte II restent à définir, je vous promets que je suis réellement un homme changé qui a abandonné le néolibéralisme mortifère.

Merci de votre attention.
Emmanuel Macron

PS: Un groupe sera mis en place dès demain pour trouver une écriture inclusive viable et simple. Car même avec la bonne volonté d'adresser ce problème je trouve les tentatives de nouvelle écriture trop compliquées jusqu'à présent.

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