Plus jamais la gauche blanche et raciste

L'histoire retiendra que la gauche française reste obstinément raciste, ne se bat pour l'égalité que pour une partie de la population, contre l'oppression que d'une partie choisie de la population en niant le racisme institutionnel et en refusant de se prononcer là-dessus.

"Le monde d'après". Ce fameux monde d'après dont nous parle tout le monde, de droite ou de gauche, dans l'hypocrisie ou en toute sincérité. "Plus jamais ça" nous pondent une vingtaine d'associations, de syndicats, d'ONG. Avec tout un programme bien réfléchi, intelligent, dont les partis de gauche (et le PS responsable, entre autre, de la loi travail, et qui a mis Macron sur son trône en faisant totalement fi de sa base qui avait voté clairement pour Hamon, n'en fait absolument pas partie !) feraient bien de s'inspirer. Seulement il y a une énorme omission historiquement criminelle dans leur programme : le combat contre le racisme structurel qui permet à la police de tuer des jeunes dans les quartiers populaires en toute impunité. Jeunes qui sont, en plus, les premiers concernés par le chômage vu toutes les discriminations à l'embauche dont ils sont victimes.

Examinons la première partie de la table des matières du programme "Plus jamais ça" :

Objectif 1 : Garantir à toutes et tous les mesures
de protection et de prévention
Mesure 1 : La gratuité des masques et l’accès aux tests pour toutes et
tous
Mesure 2 : Un plan d’urgence pour l’hôpital public
Mesure 3 : Un plan contre les violences faites aux femmes
Mesure 4 : Garantir la sécurité au travail
Objectif 2 : Assurer la sécurité sanitaire en renforçant
les droits démocratiques et individuels
Mesure 5 : La levée de l’État d’urgence sanitaire
Mesure 6 : Le renforcement des droits des travailleuses et des
travailleurs
Mesure 7 : Pour les droits des femmes et contre le sexisme
Mesure 8 : Pour les droits des étranger·ères et personnes incarcérées

Il y a là un trou béant. Un vide impardonnable : Car où sont les mesures "Un plan contre les violences de la police envers les jeunes des quartiers populaires" et "Pour les droits des minorités raciales et contre le racisme institutionnel" ?

Même après la marche contre l'islamophobie du 10 novembre dernier où certaines personnalités de la gauche blanche jusqu'ici obstinément dans le déni ou dans la lâcheté quant au sujet du racisme en France se sont montrées, parfois même en tête de cortège, ça continue. On continue d'exclure le racisme dans les problématiques urgentes à résoudre. Les jeunes racisés continuent à mourir ou à être blessés dans les quartiers populaires ? Rien à cirer. Pourtant les premières victimes du confinement et de la crise économique et sociale sont bel et bien les habitants des quartiers populaires, racisés en grande partie. Cela a été bien documenté. Mais on continue à faire abstraction et à nier l'existence du problème ou tout du moins à le relayer à une place tellement subalterne que parmi une vingtaine d'ONG, d'associations, d'ATTAC au DAL, et de syndicats, de Solidaires à FSU et l'UNEF, pas un.e seul n'a pensé à ou insisté pour inclure ce sujet dans le programme.

Comment est-il encore possible d'écrire cette phrase (dans l'introduction du programme) "Combattre les discriminations jusqu’au coeur des institutions est absolument indispensable." sans penser aux discriminations raciales ?!? Sans inclure les racisés dans la phrase précédente "pour garantir les droits des femmes, des étranger·ères, des jeunes et des travailleur·euses." ?!?

L'histoire retiendra que la gauche française reste obstinément raciste, ne se bat pour l'égalité que pour une partie de la population, contre l'oppression que d'une partie choisie de la population en niant le racisme institutionnel et en refusant de se prononcer là-dessus. C'est une gauche lâche qui ne réunira jamais le pays. Lâche car même "ceux qui savent" ne se prononcent pas par peur de perdre des adhérents. Pourtant, dans une émission de "À l'air libre" de Médiapart récemment, Aurélie Trouvé*, une des porte-parole d'ATTAC a clairement et très courageusement dit par rapport aux populations racisées des quartiers populaires, "on n'y arrivera jamais sans eux". Et elle avait raison. Ça m'avait fait un plaisir fou de voir cette évolution, cette prise de conscience. Et cela rend ma colère face à cette gauche blanche associative et syndicale encore plus forte aujourd'hui.

Plus jamais ça. Non. Plus jamais une gauche qui refuse de voir et/ou de combattre le racisme structurel en France. Aujourd'hui en faisant mes courses à Montreuil, j'ai vu une affiche qui proclame "La révolution sera féministe." Il est plus que temps d'ajouter "La révolution sera anti-raciste ou elle ne sera pas !"

* Mon but n'est en aucun cas de pointer Aurélie Trouvé, dont les contributions à l'altermondialisme sont considérables, du doigt, c'est simplement qu'elle a prononcé cette phrase......

 

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