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Billet de blog 14 févr. 2018

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La complainte de « l’honneur suicidé ».

Ni le fair play , ni le courage , ni la responsabilité , Yvon Rioufol offre un bien triste spectacle . Comme le scorpion de la fable, il ne peut résister longtemps à son inclination naturelle : le planté du dard venimeux

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La complainte de « l’honneur suicidé ».


M. Rioufol vient de commettre un article [1]. Les seuls mots vrais, justes, fair play, qui ne salissent ni la France des lumières ni celle des Droits de l’Homme, ni l’univers de la ménagère de moins de 100 ans , chrétienne , juive , musulmane, athée ou agnostique , soucieuse de l’avenir de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ,en sont : « Mennel est cette talentueuse jeune femme apparue le 3 février sur TF1 dans l’émission The Voice ».

Mais le fair play du sieur Rioufol a des limites. Comme le scorpion de la fable, il ne peut résister longtemps à son inclination naturelle : le planté du dard venimeux. En effet, il poursuit cette phrase laudative par : «son turban était un signe politique ».

Ridicule ! Marie et Marie-Madeleine, Sarah et Tsébora, Fatima et Aïcha portaient un voile. Ibtissem Mennel estime pouvoir s’en parer aussi. C’est son droit.

Sur tous les continents, les coiffes sont des marqueurs coutumiers ; certaines veulent y voir, en plus – et pas seulement des musulmanes - un marqueur religieux ; Sarah Bernhardt et Coco Chanel l’ont consacré article de mode. Mais quel que soit l’angle solide sous lequel on les observe, ces couvre-chefs demeurent des fanfreluches. Aussi, il y a comme du grotesque dans notre propension à faire une montagne d’une taupinière. Par son excès, ce pataquès médiatique tourne à la tragi-comédie : on en rirait, si on ne pleurait déjà.

M. Yvon Rioufol, lui, intrépide devant le ridicule, crie à qui veut l’entendre : « c’est un signe politique ».

Soit. Prenons-le comme un signe politique. Il correspond donc à la revendication de droits : l’égalité des citoyens devant la loi et la liberté de conscience.

Question. Pourquoi les musulmans de France, et eux seuls, devraient-ils renoncer aux droits fondamentaux que la constitution de la République et la loi du 09 décembre 1905, dogme fondamental de la laïcité, octroient aux citoyens français ?

Car, ne nous méprenons pas, le problème se pose en ces termes : voulons-nous un apartheid honteux, chafouin, mesquin (nous avions su l’imposer, à coups de tricheries en tous genres, dans l’Algérie de papa) ou une nation unifiée, apaisée, sûre d’elle-même et des différences que plaident ses tombes des morts pour la France ?

Certains ont cru pouvoir effacer cette dette de sang. Toujours prompts, ils y sont allés du bulldozer. L’Histoire marque, à jamais, du sceau de la honte, cette entreprise infamante : ils ont osé rayer de la carte les tombes des soldats blancs et noirs, musulmans, comme dans le vieux cimetière militaire de Roscoff et ceux de l’arrière-pays du Médoc. Dans un sursaut de dignité, on a fini par arrêter leur bras coupable : nous devons la grandeur de la France à ces Mamadou et Mohamed également ; ils furent même plus nombreux, que les « Français de souche »dans les rangs de la France-libre. Malgré la tentative de « blanchiment » des troupes, lors des défilés de la libération et de la victoire, l’Histoire, têtue, continue à scander  : ils étaient là !

Leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants sont français par la vertu de la loi du sol (vieille de 500 ans !). L’honneur et la responsabilité nous dictent de les accepter avec leurs couleurs de peau et leur religion (au singulier, car il n’y en a qu’une qui focalise, maladivement, la haine de certains d’entre nous). Le creuset français est vaste : il en a intégré bien d’autres depuis les Gaulois : la France n’en a été que plus forte, à chaque fois…

La France bénéficiait d’une aura flatteuse parmi les peuplades musulmanes, indépendamment de leurs obédiences [2]. Sous l’ère Chirac, de l’atlantique à la mer de Banda, le voyageur français était fêté, choyé, invité partout. Les bardes orientaux chantaient la saga du grand Jacques, champion toutes catégories, au jeu du Mikado : « il pouvait en bouger une sans toucher l’autre ! » .Le grand Jacques qui fit savoir au coq alpha du poulailler mondial qu’il avait encore de l’ergot. C’est grand, c’est beau, un coq sur ses ergots, les plumes ébouriffées de colère ! Alors, forcément, ces peuples, amoureux fous de poésie, ont chanté les exploits « du Brisidène françis » qui avait osé dire non.

Après l’ère du roi Jacques-le-Grand succéda celle de son « fou ». Ce dernier ruina la réputation de la France et pour quel résultat ? Encore aujourd’hui, nous ne parvenons même pas à nous assurer un strapontin dans ce grand Moyen-Orient où pourtant nous avions toutes nos chances : ce fut positivement une automutilation …

Mais revenons à notre Yvon Rioufol qui, sans complexe, au mépris du code pénal, de notre constitution et des traités internationaux signés par la France, ose écrire : « l’islam n’est pas seulement une religion mais également un corpus politique, une idéologie totalitaire ».

Constatant qu’il est allé trop loin, l’homme change de ton et campe le rôle du martyre. «À courir derrière sa queue, on finit toujours par arriver à ses fins, et à tomber dedans » lui dirait Socrate, berger allemand qui, en cette matière, sait de quoi il parle. Et pour cause ! Il y épuise ses promenades en études aussi concentrées que consciencieuses.

Mais notre Rioufol n’entend rien. Il alpague et empègue une certaine Faïza Ben Mohamed. C’est vrai, avec un nom pareil, c’est de la légitime défense : « shih ! », elle l’a bien cherché.

Oh, rage ! Oh, désespoir ! Une musulmane ose « lancer sur Twitter un appel à signaler mes propos au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour "incitation à la haine" » se lamente notre grand homme. «Appel relayé par le confrère Jean-Michel Aphatie » ajoute-t-il, écrivant « confrère » avec des guillemets. C’est vrai, celui-là aussi, avec un nom à coucher dans la jungle de Sangatte, ne peut qu’être musulman. Et même le Dominique Farrugia qui y va de ses griefs .Mais, on n’est plus chez-nous ! Pourtant, celui-là devrait avoir de la retenue ; avec un patronyme comme le sien, s’il n’est pas musulman, il doit être, pour le moins, juif.

« Ces délateurs décomplexés, qui semblent assurés de rencontrer l’écoute bienveillante du CSA, cautionnent ainsi l’intolérance islamique sur laquelle précisément je mets en garde » ajoute notre Roland des rances vaux, plus du tout rassuré, donnant du cor avec les moyens du corps, appelant à la rescousse.

Terrassé, il parvient cependant, dans un effort de contorsion, à lancer, au jugé, un croc venimeux : « J’ai pu remarquer, chez d’autres commentateurs soucieux de préserver leur confort intellectuel, leur empressement à excuser les prises de position de Mennel en avançant sa "jeunesse" et son "droit à l’erreur". Je ne me souviens pas avoir entendu de telles compréhensions lorsqu’un enfant avait traité Christiane Taubira de "guenon" en 2013 ».

Mais malheureux, vous ne pouviez pas entendre ces « compréhensions » ! « Taubira la guenon » était scandé jusque dans les travées de l’Assemblée Nationale.

Par ailleurs, pourquoi les « autres commentateurs » seraient-ils «soucieux de préserver leur confort intellectuel » ? Ils n’ont aucun état d’âme à endurer, ni excuses à dispenser : la constitution confère à Ibtissem Mennel la liberté d’opinion.

Et si nous faisions une pause dans la connerie ? Il n’y aurait que des bénéfices : nous nous déconnecterions de notre autisme et verrions combien nous sommes la risée du monde démocratique.

[1]http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2018/02/les-lecons-dun-clash-sur-cnews.html

[2]https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/270916/de-la-soi-disant-unicite-de-la-sharia-et-du-pseudo-monolithique-islam

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