INSTALLATION MULTIMEDIA "Rwanda, des photos pour le dire"

Rwanda, des photos pour le dire

Un projet photographique, vidéo et sonore de Anaïs Pachabézian

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du 12 au 30 novembre 2014 | Espace culturel Emmaüs Louvel-Tessier | 36, rue Jacques Louvel-Tessier | Paris 10ème
Ouvert tous les jours de 14h à 19h
Vendredi 21 nov. et Merc. 26 nov. >> nocturne jusqu’à 21h 
(18h > 21h : en présence de Anaïs Pachabézian)

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« 1994. En moins de trois mois, plus de 800 000 Tutsi et des Hutu modérés ont été tués dans ce qu’on a appelé le dernier génocide du XXème siècle.

En juin 2013, me rendant dans ce pays, j’ai fait la connaissance d’Emilienne Mukansoro, psychothérapeute rwandaise, spécialisée dans le traumatisme. Elle-même a perdu toute sa famille durant le génocide. Reconnue dans son travail, elle a collaboré avec des organismes tels qu’Ibuka et Médecins du Monde. Elle anime des séances de psychothérapie collective auprès des femmes rescapées du génocide.

En m’invitant à l’une de ces séances, Emilienne m’a permis d’échanger avec ces femmes. De ces rencontres très fortes est née l’envie de les associer à une production photographique. J’ai alors monté un projet d’atelier qui s’est déroulé sur cinq jours en mars 2014. Autour du thème « hier, aujourd’hui, demain » dix femmes ont participé, passant pour la première fois derrière l’objectif. Elles ont ainsi eu l’occasion de porter un regard sur leur propre histoire passée, présente et future et d’être elles-mêmes actrices d’une production artistique. Le résultat présenté sous forme d’installation multimédia raconte par bribes leur vie, restitue cette expérience d’atelier et au delà, fait entendre des voix intimes et actuelles sur ce génocide contemporain. »

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Anaïs Pachabézian, photographe indépendante, membre du collectif Babel Photo, mène depuis plus de dix ans des projets autour de parcours de vie où se mêlent histoires individuelles et collectives.


Ci-dessous, un aperçu des photos et des extraits des textes issus des propos tenus par les femmes participantes à l'atelier photo.

"Rwanda, des photos pour le dire"

Christine (photo ci-dessus)

"J’ai pris peu de photos mais elles ont toutes une signification pour moi. Pour les prendre, je n’ai pas été loin. Je suis restée chez moi. Quand j’ai pris la photographie de cette clôture, j’étais malheureuse car cela m’a rappelé que je vivais seule à la maison. Je l’ai construite moi-même. Alors que dans la culture rwandaise, c’est l’homme qui doit s’en occuper. J’ai fabriquée cette clôture pour me protéger des passants qui pourraient être envahissants, pour ne pas être vue."


Rwanda, des photos pour le dire

 Cécile (photo ci-dessus)

"Ces deux maisons ont été construites par un bienfaiteur. C’était en 1996. A ce moment-là, je ne croyais pas à la vie. Je ne me sentais pas humaine. Je me haïssais. Je ne voyais même pas pourquoi on les construisait. En les prenant en photo, j’ai compris que les temps avaient changé. Je suis restée la seule de ma famille. Aujourd’hui, j’ai des enfants. Ce sont eux, ma famille. C’est pour eux que je me bats."


Rwanda, des photos pour le dire

 Redempta (photo ci-dessus)

"J'ai pris des photos qui représentent ma vie du passé et ma vie du présent. En prenant des photos de la vie du passé, j'ai ressenti du chagrin mais en même temps du soulagement. En prenant les photos liées au passé, les ruines de la maison familiale, j'ai voulu montrer que le passé est toujours présent et que je vis avec. J'ai aussi pris des photos de ma vie quotidienne et en les prenant je me suis dit que ma vie évoluait. J'ai fait un pas."

Clotilde

"J’ai pris le temps de voir mon passé, j’ai revu tout ce que j’ai traversé, tout ce que j’ai vécu, comment je me suis battue pour élever mes enfants, comment on s’est moqué de moi. J’ai fait ce que je pouvais faire. (…) Avant je ne pouvais pas manipuler l’appareil photo, j’en avais peur. Et je ne savais pas qu’un jour l’appareil serait un intermédiaire pour mieux regarder mon passé sans que je me sente mal. C’est comme si l’appareil m’avait protégée et en même temps m’avait aidée à voir."

 "Rwanda, des photos pour le dire" : l'atelier en vidéo >> ici


Pour aller plus loin :

Anaïs Pachabézian
Découvrir le programme complet du Festival des Nouveaux Cinémas Documentaires#4 



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