FNCD#5 AFROTOPIA / ENTRETIEN / Teboho Edkins, réalisateur de "Gangster Project" et "Gangster Backstage"

Gangster Project de Teboho Edkins Gangster Project de Teboho Edkins

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Dans le cadre de la séance « Émergences#6 : Regards croisés sur l’œuvre de Teboho Edkins » du FNCD#5, avec le concours du Festival International Jean Rouch#34, les deux films de Teboho Edkins, Gangster Project et Gangster Backstage, seront projetés le dimanche 22 novembre à 14h aux Ateliers Varan. Le jeune cinéaste né dans une ferme hippie du Tennessee, d'un père sud africain et d'une mère allemande, a été interviewé par Hippolyte Bürkhart-Ühlen et Johan Toubin, étudiants de Licence 3 Histoire de l’Art et d’Archéologie, parcours Histoire du cinéma de l’Université Paris 1.

 

Le FNCD#5 est heureux de s’associer de nouveau avec les étudiants, dirigée pédagogiquement par Agnès Devictor, qui, en résonance avec leur cours « Histoire du cinéma non-occidental : Afrique et Moyen-Orient », couvrent l’actualité du FNCD#5 à travers des interviews de réalisateurs et compte-rendu de séances.


Pourquoi avoir décidé de revenir dans ce pays, tes racines, pour faire ces films ?

Réaliser ces films fut un long processus. Il n’y a pas eu une seule et unique décision. Mon envie de tourner avec des Gangsters a commencé à l’époque où j’étudiais au Fresnoy, le studio national des arts contemporains, lorsque j’ai décidé de faire des vidéos de rap « gangsta » avec de vrais Gangsters au Cap. Je ne savais pas trop pourquoi, je savais juste que j’en avais envie. Donc j’ai été au Cap et j’ai réalisé le clip vidéo intitulé Gangster Project 1. Gangster Project 1 a été terminé en 2006-2007 et un projet de film en a mené à un autre (Gangster Project), jusqu’au troisième de la série, Gangster Backstage, que j’ai terminé en 2013.

En rétrospective, j’ai fait ces films pour plusieurs raisons. Ça m’a permis de comprendre mon pays en tant que Sud-africain blanc (un pays toujours traumatisé et divisé par l’apartheid) et de réfléchir à la manière de le transposer au cinéma. Je suis le naïf homme blanc qui se filme traversant la voie ferrée, allant vers un danger inconnu. L’autre raison est plus personnelle et a muri lentement, ce qui je pense se reflète aussi dans mes films. Je suis passé du stade de la fascination adolescente à celui d’une réflexion sur et d’une empathie envers le « Gangster ». 

Quelle est la place du second film par rapport au premier ? 

Le second film Gangster Backstage n’aurait jamais vu le jour sans le premier film Gangster Project. Dans Gangster Project, je vais voir les Gangsters et j’apprends énormément sur moi même. Dans le second film, Gangster Backstage, les Gangsters répondent à un appel à casting et viennent vers moi. J’ai utilisé toute l’expérience que j’ai acquis et ce que j’ai appris sur moi-même lors du premier film afin de pouvoir travailler avec les Gangsters en tant qu’acteurs. Même si les deux films sont formellement différents, le second reprend là où le premier s’est achevé.

Les deux films sont hantés par un sentiment très fort ; celui de la peur. Pour le premier, la tienne, pour le second, celle des gangsters. Quelle place laisses-tu ou voulais tu laisser à la peur dans ces films ?

C’est une question intéressante, je n’y avais pas pensé avant. Mes films sont vraiment ancrés dans le processus de création. Et la peur avait tout simplement une grande place dans ce processus. Ma propre peur, celle des gangsters, celle de ma mère… La peur c’est ce qui m’a poussé à faire ces films. Il existe un conte de fée en allemand : Der Junge der Auszug um das Fürchten zu lernen, « Histoire de celui qui s’en alla apprendre la peur » (des Frères Grimm, NDLT). C’est un récit initiatique, et c’est ce qu’il m’est arrivé quand j’ai fait ces films. Les gangsters, surtout dans le second film, sont prisonniers de leurs peurs, comme ils sont prisonniers du carré blanc du théâtre. Pour ma part, je gère ma peur d’une autre manière. C’est pourquoi c’est moi le narrateur de l’histoire dans les deux films, et non pas les gangsters.  

À quel point maîtrises tu ces films ou sont-ils écrits ? Les questions que tu poses sont elles spontanées, ou écrites auparavant ? La scénarisation de tes films s'est elle faite au montage ou déjà dès la prise de vues ?

Comme je l’ai mentionné plus tôt, le processus de création cinématographique est très important pour moi. Tel un acteur, j’essaye de vivre le moment. Donc j’essaye d’improviser et de laisser le scénario s’écrire de lui même pendant la prise de vues et ensuite il se réécrit au montage. Mais j’essaye également d’avoir une idée ou des directives claires avant de commencer à filmer pour m’aider à me guider. C’est très difficile et assez stressant d’écrire un film spontanément donc j’ai tout de même besoin d’avoir quelques répliques, des dialogues et des bouts de papiers dans les mains quand je filme. 

Gangster Backstage de Teboho Edkins Gangster Backstage de Teboho Edkins

Le second film emprunte une voie très théâtrale, et cette ligne blanche au sol - qui évoque évidemment Dogville - offre libre part à l'intervention de la fiction. Pourquoi à cet instant précisément ?

L’idée des lignes blanches au sol est venue très spontanément. Je travaillais avec Giaronesa, la femme Gangster, et je lui ai demandé de marquer le plancher de sa cellule avec du gaffeur blanc qui traînait par là. Et tout d’un coup, le carré blanc a pris sens pour tous les acteurs. Ils ont pu s’en servir pour délimiter leur performance dans l’espace et je me suis rendu compte que le carré s’est ensuite transformé en espace mental dans lequel les Gangsters se sont enfermés. Cet espace représente la claustrophobie, la cellule, la peur dans lesquelles on s’enferme lorsqu’on vit la vie d’un Gangster et dont il est quasiment impossible de réchapper.

 


 Visionnez un extrait de Gangster Backstage.

Visionnez la bande annonce de Gansgter Project

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Un grand merci à Teboho Edkins.

 Interview conduite par Hippolyte Bürkhart-Ühlen et Johan Toubin Traduit par Kristell Diallo et Anouk Cohen.

 

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