Bienvenu·e·s à #Melun À nos frères et soeurs migrants

Depuis l'évacuation des migrant·e·s qui campaient Porte de la Chapelle à Paris, ma ville, Melun, est prise des convulsions rageuses de ceux, toujours bruyants, qui déversent leur racisme et leur haine sur Internet.

Le maire de la ville Louis Vogel (Agir-LERM) s'est assuré son buzz nauséabond comme tant d'autres ces temps-ci. Il a été le premier à réagir en s'indignant par voie de presse de l'arrivée d'une centaine de ces femmes, hommes et enfants migrants dans les locaux désaffectés de l'ancien hôpital. Il a produit l'effet qu'il voulait.
Melun est une ville jeune dont le passé industrieux raconte l'histoire des migrations successives qui, depuis le 19ème siècle, ont fait sa population. Les problèmes de Melun sont réels mais ils ne sont pas là où le maire voudrait nous faire croire qu'ils sont. Melun est une des villes les plus pauvres et les plus polluées d'Île de France. Les commerces ferment les uns après les autres et elle est rongée par la spéculation immobilière.
Parce que je ne veux pas laisser penser que Melun est cette ville odieuse que son maire nous donne à voir, je lui réponds.

Bienvenu·e·s à #Melun

À nos frères et soeurs migrants

À vous qui avez quitté vos familles, vos mères, vos pères, vos soeurs et frères,
Abandonné des femmes et des hommes aimés, laissez des enfants parfois
À vous qui avez quitté des villages, des campagnes, des villes,
Abandonné vos pays
Rendus invivables par la guerre et la misère
Rendus invivables par la corruption et la violence
Rendus invivables par 400 ans d’exploitation capitaliste occidentale
Rendus invivables par une industrie militaire
Française, allemande, italienne, américaine, …
À vous qui avez fui parce qu’il ne vous restait que ça à faire
Qui avez fui vers cet horizon occidental qui a cessé de nous faire rêver ici
Mais qui pouvait, du moins vous l’espériez, vous offrir un peu de paix
À vous qui vous êtes délestés de toutes vos vanités
Avez mis vos vies entre les mains de passeurs
À vous qui vous êtes mis en route
Avez traversé le désert sur des pick-up lancés à vive allure sur la piste
Surchargés de femmes et d’hommes comme vous,
Compagnons d’infortunes
Combien parmi vous auront survécu au voyage ?
À vous qui avez tout fait pour ne pas tomber
Parce que vous saviez
Parce que vous avez vu et vos yeux se sont remplis de larmes
Parce que vous avez vu s’évanouir les silhouettes dans la poussière des embarcations
Parce que vous saviez que pour celui qui tombe le voyage s’arrête là
Le sable soulevé par la caravane a écorché vos mains et vos visages enturbanés
Il a pénètre vos narines et brûlé vos poitrines
La nuit, le froid du désert a mordu vos âmes blessées
Etes-vous passés par la Libye ?
Une seule question qui contient toute les autres :
Avez-vous été torturé·e·s ?
Avez-vous été violé·e·s ?
Avez-vous été vendu·e·s ?
Avez-vous été forcé·e·s à travailler ?
La réponse souvent aussi pudique que la question est entendue
Combien de semaines, de mois, d’années dans l’enfer Libyen ?
Personne n’en sort indemne victime et bourreau
Mais si nous devons sauvez les victimes il nous faudra condamner les bourreaux
Silence
L’Europe se taie
L’Italie collabore avec les trafiquants
La France offre des hors-bord aux Libyens pour qu’ils vous arrêtent
Vous ramènent en Libye, torture, viol, travail forcé
L’Europe « protège son mode de vie »,
C’est-à-dire qu’elle récompense la barbarie
Trente quatre mille trois cent soixante et une femmes hommes enfants
Engloutis par la méditerranée
34 361 morts en 15 ans
Morts en tentant de sauver leur vie
15 ans d’une infamie dont on ne voit pas le bout
15 ans de mensonges et de propagandes
la pauvreté
la précarité
la violence sociale
la répression
la pollution
le réchauffement climatique
MIGRANTS
On vous a dit MIGRANTS
123 000 demandeurs d’asile arrivés en France en 2018
123 000 demandeurs d’asile
Et 100 à Melun hier
Aussitôt, le maire Louis Vogel s’est mis à crier
MIGRANTS
À vous mes frères et soeurs en humanité
À vous que le système qui nous broie ici a broyé plus fort et depuis plus longtemps là bas
À vous survivants de la nuit où certains voudraient que nous nous avilissions tous
Je vous souhaite la bienvenue à Melun
Je vous souhaite la bienvenue dans ma ville
Qu’elle vous offre l’asile et le repos nécessaire à vos corps et à vos âmes meurtries.

 

 

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