Macerata: 30000 personnes manifestent contre la violence fasciste et la haine raciste

À Macerata, une ville moyenne des Marches dans l'Italie centrale, la manifestation antifasciste et antiraciste rassemble 30 000 personnes venues de toute l'Italie. Récit d'une semaine d'ébullition du champ politique italien. Macerata, symptôme et antidote à la dérive des États-nations démocratiques européens.

Macerata le 10 février 2018 Macerata le 10 février 2018

Macerata, samedi 10 février 2018. Ce fut une belle manifestation. 30 000 personnes venues de toute l’Italie ont conflué vers cette ville des Marches dans l’Italie centrale où samedi 3 février un jeune homme, Luca Traini ex-candidat du parti d’extrême droite La Lega Nord, a ouvert le feu depuis sa voiture sur des migrant.e.s en blessant six.

Après une course folle dans les rues de la ville et au moment de son arrestation, l'homme a enlevé son blouson, couvert ses épaules d’un drapeau italien, grimpé les marches du monument aux morts, fait face aux gendarmes et exécuté le salut fasciste. Car Luca Traini revendique l’idéologie fasciste et arbore sur la tempe droite un tatouage du symbole de Terza posizione, un mouvement néofasciste fondé dans les années 70 par Roberto Fiore aujourd’hui leader de Forza Nuova, mouvement fasciste. À l’origine, ce symbole avait été adopté comme emblème par une division SS des Nazis. Forza Nuova allait très vite déclarer qu’il prendrait en charge les frais de justice de Traini. 

Et pourtant, les jours qui ont suivi l’attentat terroriste, les forces politiques dites du centre-droit ont surenchéri autant qu’il était possible sur le thème des « migrants » qui constitueraient une menace pour l'Italie. Silvio Berlusconi a nié les motifs politiques du crime, renvoyant l’auteur à une folie présumée et a parlé de « représailles » pour l’assassinat d’une jeune femme italienne pour lequel un homme originaire du Nigéria a été arrêté et mis en examen pour dissimulation et atteinte à l’intégrité du cadavre. Berlusconi a aussi déclaré être d’accord avec Salvini, leader de La Lega, pour dire que le « fascisme était mort et enterré » et demandé l'expulsion des 600 000 hypothétiques migrant.e.s en situation irrégulière que compterait l'Italie. Les représentant.e.s des partis politiques dits de centre-gauche n’ont pas été beaucoup explicites dans leur condamnation. Pour ne donner qu’un exemple significatif, Matteo Renzi (PD) a mis plus de trois jours à dire qu’il s’agissait d’un crime raciste. Jusque là, il n’avait parlé que de l’acte d’un fou. Mais il a pris soin de préciser, "je ne parle pas de terrorisme, je mesure mes mots ». 

Dans le même temps, les centres sociaux des Marches, en particulier Sisma, appelaient immédiatement à une manifestation massive antifasciste et antiraciste samedi 10 février à Macerata rejoint dans un premier temps par l’ARCI (initialement créée par le PCI, cette association qui se définit comme populaire et antifasciste compte plus d’un million de membres), l’ANPI (Associazione Nazionale Partigiani d’Italia) et la CGIL (Confédération Générale Italienne du Travail qui compte plus de 5 millions de membres). La toute jeune force politique Potere al popolo, issue du mouvement social mais fédérant partis politiques, syndicats, intellectuel.le.s et artistes critiques relayait elle aussi l’appel et n’hésitait pas à parler d’attentat terroriste. Les organisations fascistes annonçaient quant à elles deux contre-manifestations les jours précédents à Macerata. Elles devaient rassembler quelques dizaines de personnes. 

Macerata, le 10 février 2018 Macerata, le 10 février 2018
Le 7 février, le maire de Macerata (PD) demandait d’annuler toutes les manifestations dans sa ville renvoyant dos à dos dans un geste incompréhensible la manifestation de la violence fasciste et de la haine raciste, et la réponse politique et démocratique du mouvement antifasciste et antiraciste. Les secrétariats et directions nationales de l’ARCI, l’ANPI et de la CGIL, bientôt suivis par Liberi e Uguali, une toute nouvelle formation politique issue d’une énième scission du centre gauche, rétro-pédalaient et joignaient leurs voix à celles du maire. Dans la foulée, le ministre de l’intérieur Minniti (PD) menaçait d’interdire les manifestations. Tandis que les centres sociaux et Potere al Popolo maintenaient l’appel à une manifestation nationale d’ampleur et devant les nombreuses protestations venues aussi de la base des associations pré-citées, en désaccord avec leurs directions, Minniti choisissait de laisser le dernier mot à la préfète de la province qui finalement autorisait les manifestations. 

Samedi 10 février, 30 000 personnes parties des jardins Diaz à Macerata venues en bus, en train, en voiture de toute l’Italie défilèrent autour des murs du centre historique, resté fermé aux manifestant.e.s. Parmi elles, une figure nationale de la résistance, Lidia Menapace, 93 ans, marche sous les drapeaux de Potere al popolo qu’elle représentera aux prochaines élections nationales. Elle a fait la route depuis Bolzano à plus de 550 kms de là. Elle déclare au journal la Repubblica qui l’interroge sur le long voyage effectué pour une dame de son âge « J’aurais pu rester dormir, mais je préfère dormir peu et être avec les gens qui comprennent le monde dans lequel nous vivons. Nous sommes à un moment historique très difficile ».

Lidia Menapace, Macerata le 10 février 2018 Lidia Menapace, Macerata le 10 février 2018

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