Je ne ne participerai pas à la formation «obligatoire» de Valérie Pécresse

Conseillère régionale, je ne participerai pas à la formation «obligatoire» sur le harcèlement instituée par Mme Valérie Pécresse, présidente de la Région Île de France

Cénotaphe d'Annia Regilla, fille de la noblesse romaine, battue à mort sur ordre son mari Erode Attico alors qu'elle était enceinte de huit mois en l'an 160 (Via Appia, Rome). Cénotaphe d'Annia Regilla, fille de la noblesse romaine, battue à mort sur ordre son mari Erode Attico alors qu'elle était enceinte de huit mois en l'an 160 (Via Appia, Rome).

Depuis quelques jours Mme Valérie Pécresse communique beaucoup sur la formation obligatoire sur le harcèlement qu'elle a instituée et à laquelle elle a convoqué l'ensemble des élu.e.s régionaux. Sur sa page Facebook, elle déclare « Après plusieurs affaires de harcèlement sexuel au sein même du Conseil régional d'Ile-de-France, j'ai décidé d'imposer aux 209 élus régionaux de suivre un atelier de sensibilisation et de prévention du harcèlement sexuel. »

Je n’ai pas assisté et je n’assisterai pas à la formation « obligatoire » sur le harcèlement sexuel organisée en janvier et mars 2018 par Mme Valérie Pécresse, présidente de la Région Île de France.

Premièrement, la présidente du conseil régional ne détient aucune prérogative qui lui permette d’instituer une formation « obligatoire ». Mme Pécresse n’est pas la PDG de l’entreprise Région Île de France mais la présidente d’une assemblée démocratiquement élue où chaque élu.e est réputé.e libre de ses convictions. Cet excès d’autoritarisme de la part de la présidente de Région n’est pas un bon signe. Il s’inscrit dans une dérive plus générale de nos sociétés où la démocratie, c’est-à-dire l’espace du dissensus, cède progressivement le pas devant la volonté d’imposer à nos concitoyennes et à nos concitoyens des politiques largement impopulaires. Les stratégies sont multiples mais toutes semblent accélérer l’avènement d’un ordre plus autoritaire et d’une société plus injuste. 

Deuxièmement, la présidente de la Région Île de France nous convoque à une formation obligatoire sur le harcèlement sexuel et déclare en avoir fait une priorité régionale. Or, justement parce que je siège à l’Assemblée régionale et à sa commission permanente je sais que ces déclarations participent d’un exercice de communication. Je ne sais pas si Valérie Pécresse est sincère quand elle dit vouloir lutter contre le harcèlement sexuel mais je suis sûre que les politiques qu’elle a initiées depuis deux ans affaiblissent les dispositifs qui justement avaient été mis en place pour lutter contre le harcèlement sexuel. Au nom du sacro-saint effort de maîtrise de la dépense publique (qui porte toujours sur des politiques d’intérêt général, de justice sociale ou environnementale), les associations qui permettent une meilleure connaissance et prise en charge du harcèlement sexuel mais aussi des violences faites aux femmes ont vu leur budget de fonctionnement diminuer. Nous l’avons plusieurs fois dénoncé avec mon groupe et avons déposé plusieurs amendements visant à rétablir le niveau de leurs subventions régionales initiales. Ils ont été rejetés.

Pour ces deux raisons, je ne participerai pas à la « formation obligatoire » de Mme Valérie Pécresse qui dévoie la démocratie régionale et s’apparente à une entreprise de communication que je ne souhaite pas cautionner.

Pour autant et de manière cohérente avec les principes qui fondent mon engagement politique, je continuerai à me battre à l’Assemblée régionale pour que les associations qui accompagnent et soutiennent au plus près les femmes victimes ne soient pas sanctionnées davantage qu’elles ne l’ont déjà été par les choix budgétaires de l’exécutif. Plus généralement, je continuerai à me battre contre toutes les expressions de la domination masculine. En particulier, contre le harcèlement et les violences faites aux femmes qui sont parmi les plus odieuses et constituent, en dernière instance, l’horizon promis à celles qui s’opposent au maintien de cet ordre androcentrique qui assure depuis des siècles dans nos sociétés occidentales inégalitaires (et pas seulement), l’exploitation du travail des femmes et le monopole du pouvoir aux hommes. 

 

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