A Rubelles aussi, n’en déplaise au maire, tous les enfants ont le droit d’aller à l’école

Quinze des enfants de Rubelles, interdits d’école depuis sept mois par le maire UMP de la commune, sous différents prétextes fallacieux et qui se résument à un seul : la qualité de demandeurs d’asile de leurs parents, ont finalement quitté les chambres d’hôtel exiguës où leurs parents sont logés et repris, lundi 14 mai, le chemin de l’école.

Le préfet de Seine-et-Marne, Pierre Monzani, a fini par entendre le droit, après que plusieurs associations de défense des droits de l’homme et syndicats d’enseignants l’aient alerté, après deux manifestations, des articles dans la quasi totalité des journaux nationaux et dans la presse locale. M. Le Préfet a envoyé au maire de Rubelles, le 7 mai 2012, au lendemain de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle, une lettre où il lui rappelle ses obligations légales en matière de scolarisation. Le combat, mené en premier par les syndicats d’enseignants, le Réseau Education Sans Frontières (RESF), la Ligue Des Droits de l’Homme et Amesty International et soutenu par plusieurs associations, collectifs et partis politiques dont Europe Ecologie Les Verts, a abouti au respect de la loi.

Nous pouvons nous en féliciter et pourtant il y a dans cette affaire quelque chose de particulièrement inquiétant qui m’interdit d’être seulement ravie pour ces enfants. Je ne peux pas m’empêcher de m’interroger sur le climat délétère qui aujourd’hui en France permet au maire d’une petite commune pavillonnaire de Seine-et-Marne de nier à des enfants leur droit à la scolarisation plusieurs mois durant sans être rappelé à l’ordre par le préfet. Et, alors même que l’Education Nationale, qui avait assuré la présence renforcée d’enseignants CLIN, spécialisés dans l’accueil d’enfants non francophones, soutenait que les écoles concernées pouvaient sans difficulté accueillir ces enfants.

La réponse à mes interrogations se trouve sans doute dans les discours ouvertement xénophobes de nombreux parents d’élèves rapportés par plusieurs articles de journaux et que j’ai entendus moi-même jeudi 3 mai lors de la première manifestation à Rubelles devant le groupe scolaire. Ou encore dans cette initiative sordide de certains d'entre eux qui le week-end précédant la rentrée des enfants se présentaient aux portes des pavillons de Rubelles pour faire signer aux habitants une pétition contre la scolarisation de ces enfants. Pour ces parents, il semble que tous les enfants ne soient pas dignes d'être instruits et que la présence de ceux-là, en particulier, soit une menace. Parce que leur inaptitude supposée soustraira immanquablement l’attention de l’enseignantE à leurs propres enfants. Parce que leurs parents profitent « indument » d’avantages pour lesquels ils ne paient pas.

Ces remarques qui n’ont malheureusement rien d’exceptionnelles sont effrayantes. L’imaginaire xénophobe produit et entretenu par des années de pouvoir d’une droite dure, aux accents volontiers nationalistes, bien trop timidement contrés par la gauche dite de gouvernement, aura fini par s’imposer comme une évidence. Le rejet de l’autre, parce qu’il est étranger, même s’il n’est encore qu’un enfant, s’affirme aujourd’hui sans honte.

Il est urgent de réaffirmer que la découverte, la fréquentation et la connaissance des autres et à travers eux d’autres manières de vivre, d’autres langues, d’autres musiques, etc. est une richesse formidable. Que les sociétés humaines, à l’image des arts qu’elles produisent, seraient condamnées à la répétition du même et au tarissement sans cet élan fabuleux qui naît de la rencontre avec le divers. Aujourd’hui, cet autre est, à l’instar de ces enfants, tchéchène, ingouche, sri-lankais, congolais, hier il était italien, espagnol, polonais, portugais et avant-hier, auvergnat, breton, occitan, normand, etc. qu’importe d’où il vient pourvu que sa fréquentation nous ouvre à une plus grande connaissance du monde et donc de nous-mêmes.

Il faut le dire, l’écrire, sans peur ni balbutiements : les migrants profitent aux Etats, sur le plan culturel, je viens de le dire, mais aussi sur le plan économique. Les immigrés travaillent, paient des cotisations sociales, créent de l’emploi, tous les indicateurs économiques montrent que ce que rapportent les immigrés à notre pays est plus important que ce qu’ils coûtent en termes de prestations sociales, d’assurance chômage et autres subsides de l’Etat.

Nous avons tout à gagner à accueillir dignement ces enfants, ces femmes et ces hommes, ce n’est pas seulement une question de principes moraux ou d’humanisme. C’est aussi une question économique et c’est une question de bon sens. Les raisons pour lesquelles ces femmes et ces hommes fuient leur pays et payent des sommes souvent exorbitantes à des passeurs sans-âmes ou tout aussi démunis qu’eux tiennent à un ordre du monde dont nous sommes partie prenante et parfois complices. Leur présence parmi nous nous rappelle que nous ne pouvons pas échapper à nos responsabilités. Cependant, nous pourrions apprendre et retenir de nos errements présents et passés que les politiques discriminatoires et humiliantes ne sont jamais porteuses que de division, de ressentiment et de violence.

Bénédicte Monville-De Cecco

Candidate Europe Ecologie Les Verts sur la première circonscription de Seine-et-Marne.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.