Ces nouveaux dévots qui, en attaquant les musulmans, menacent la paix civile

Les nouveaux dévots ont changé de cible et de ministère. Aujourd’hui, ils professent contre les musulman·e·s dans la presse et à la télévision. Mais leur dessein reste inchangé : triompher par l’intolérance et la haine.

Celles et ceux qui se drapent derrière la défense de la République et de la laïcité pour mieux attaquer l’Islam et les musulman·e·s de France portent gravement atteinte au principe de séparation des églises et de l’Etat qui, en 1905, mit un terme aux guerres civiles qui déchirèrent notre pays. Pendant près de quatre siècles, ces guerres de religion où s’affrontaient Catholiques et Protestants, charrièrent leur lot de violence, d’injustice et de morts au nom de cet « absurde fanatisme qui rompt tous les liens de la société » que dénonçait Voltaire dans son Traité sur la tolérance

Les dévots dont le philosophe parle dans son texte ont changé de cible et de ministère. Aujourd’hui, ils professent contre les musulman·e·s dans la presse et à la télévision. C’est pourquoi il faut dénoncer le jeu dangereux des officines médiatiques qui assurent leur propagande malgré la réprobation dans leur rédaction de journalistes soucieux du respect de la vérité et engagés à « ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ».

Le dessein de ces nouveaux fanatiques reste inchangé : triompher par l’intolérance et la haine.

En 1905, Aristide Briand, rapporteur de la loi sur la laïcité, déclarait justement son « horreur de la guerre religieuse ». Lui et tous ceux qui partageaient sa volonté de briser le cycle infernal des violences civiles, emportèrent l’adhésion du plus grand nombre en faisant de la protection des libertés fondamentales le socle de la paix religieuse et de la concorde républicaine. Parmi elles, la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire et de pouvoir exprimer ces croyances dans l’espace public sans être inquiété dès lors que cette expression n’empêche aucune autre liberté publique. Ce qui signifiait pour l’Etat qu’il respecte une stricte neutralité idéologique et philosophique.  

Notre histoire nous montre que les ennemis de la laïcité ne sont pas seulement les ennemis d’un groupe, qu’ils participent activement à constituer comme séparé pour mieux le vilipender, mais qu’ils sont aussi les ennemis de la paix.

Par conséquent, la question fondamentale qui se pose à nous est bien celle des conditions de la paix et non pas, comme tous ces dévots d’une croisade d’une rare intolérance voudraient nous faire croire, celle de la religion musulmane. 

Leur énième tentative pour construire une législation d’exception qui empêcherait les femmes musulmanes qui portent un voile d’accompagner la classe de leur(s) enfant(s) en sortie scolaire romprait avec les principes laïques de neutralité de l’Etat et d’un traitement égal des citoyen·ne·s.

Outre le fait qu’un tel précédent en portant atteinte à la liberté religieuse remet plus largement en cause le principe de la liberté de conscience et, de fait, menace les libertés philosophique et politique, les cris de haines de ces fauteurs de trouble contre les musulman·e·s trouvent leur origine dans une idéologie d’extrême droite pour qui la nation doit être fondée sur la « pureté » de ses habitant·e·s et leur homogénéité culturelle. Cette idéologie totalitaire qui nie les processus historiques complexes qui ont produit notre Etat-nation vise en réalité à assurer la domination politique d’une aristocratie « pure » et la remise en cause de la démocratie. Elle ne peut s’imposer durablement que par la violence et l’a déjà mainte fois démontré historiquement. 

Mais si elle progresse aujourd’hui en France, c’est aussi parce qu’elle trouve des complicités objectives du côté d’une classe politique et de gouvernants qui dissimulent leur incurie en matière de politique sociale et écologique en saturant l’espace public des thèmes de l’extrême droite. L’introduction du thème de l’immigration dans le grand débat voulu par Emmanuel Macron au début du mouvement des gilets jaunes constitue de ce point de vue un cas d’école. De la même manière que le débat sur le voile qui agite beaucoup la majorité et a conduit le ministre Blanquer à prononcer des mots indignes de sa fonction relève d’une grossière et dangereuse entreprise de diversion alors que grandit l’injustice sociale, que se multiplient les atteintes graves aux libertés publiques et les scandales sanitaires. 

Combien de temps, le président Macron pense-t-il pouvoir jouer ce numéro d’équilibriste qui lui fait, un jour, souffler sur les braises et, le lendemain, demander de ne pas stigmatiser les musulmans. Éluder comme il le fait depuis des mois le débat politique en tentant de réduire le champ des expressions idéologiques à un affrontement entre libéraux et extrême droite revient à précipiter le mal qu’il prétend combattre. 

 

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