Melun, malade de sa pollution de l'air !

Entre prédation et conflit d'intérêt, Melun est une de ces villes moyennes livrées à l'appétit des promoteurs immobiliers et de supermarchés, constructeurs de routes et d'automobiles. Le Monde révèle une étude sur le coût économique de la pollution de l'air. Melun, dont le maire, Louis Vogel, est aussi avocat d’affaires y caracole en tête.

Plan de Melun avant 2014 Plan de Melun avant 2014
Tandis que Louis Vogel, maire de Melun et avocat d'affaires, mène depuis six ans une politique pro-voiture, le journal Le Monde révélait avant-hier au grand public une étude sur le coût économique de la pollution de l'air : Melun y caracole en tête, parmi les 10 villes où le coût de la pollution de l'air par habitant·e est le plus élevé !

Pourtant, le maire s'entête dans des politiques publiques et un double langage catastrophique pour la santé publique et la démocratie. Dans un communiqué de presse aux affirmations péremptoires infondées qui manipulent éhontément les chiffres, son administration interroge la méthodologie de l'étude. Une stratégie de communication qui se situe dans la droite ligne de sa campagne aux dernières élections municipales, marquée par les mensonges sur l'écologie dont il s'affirme un défenseur après avoir détruit 50% des surfaces naturelles de la ville. Résultat la santé des melunaises et des melunais se dégrade quand l'abstention y atteint des limites stratosphériques (75%).

Sinistres palmarès pour une ville pourtant très jolie et où nous pourrions bien vivre, fondée au moyen âge, traversée par la Seine et bordée jusqu'à il y a peu encore par la campagne, des bois et des forêts. Jusqu'à ce que, le tournant néolibérale et une petite bourgeoisie provinciale étroite ne la livre à l'appétit des promoteurs immobiliers et de supermarchés, constructeurs de routes et d'automobiles, etc.

Avant hier donc, paraissait un article* dans le journal Le Monde sur le coût économique de la pollution de l'air. Il relatait les résultats d'une étude commanditée par un consortium d’ONG regroupées dans l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA) qui évalue pour 432 villes en Europe dont 67 en France, ce que coûte la pollution de l'air : "frais médicaux pour traiter des asthmes ou des bronchites chez les enfants, hospitalisations pour des pathologies respiratoires ou cardiaques, baisse de l’espérance de vie, journées de travail perdues ..."

article du Monde du 21 octobre 2020 article du Monde du 21 octobre 2020
Melun y tient une place de choix et pour cause "En France, sur la base des 67 villes étudiées, la pollution coûte en moyenne 770 euros par an et par habitant. Avec 1 602 euros, Paris occupe la tête du classement national devant Lyon (1 134 euros) et Nice (1 128 euros). Plus surprenant, des villes comme Melun (1 015 euros), Douai (992 euros) ou Fréjus (990 euros) apparaissent dans le Top 10".

Louis Vogel, son maire, déplore aujourd'hui dans un communiqué de presse** une situation dont il est le principal artificier depuis six ans. Il aura beau confondre dans son communiqué, coût moyen par habitant·e de la pollution de l'air et qualité moyenne de l'air de la ville, ou encore faire de la baisse des émissions de dioxyde d'azote entre 1994 et 2020, un argument susceptible de remettre en cause les résultats de l'étude citée quand nous avons montré que la moyenne annuelle de dioxyde d’azote était supérieure à Melun à la valeur limite européenne et à l'objectif français de la qualité de l'air, son bilan est consternant.

Alors que, comme le rappellent les auteurs de l'étude, "le trafic routier [est] le principal émetteur de gaz toxiques dans les grandes agglomérations" et que "les coûts peuvent être réduits grâce à des politiques publiques encourageant les mobilités non polluantes comme le vélo ou la marche", aucune politique publique sérieuse dans ce sens n'a été conduite par le maire de Melun. Pire encore, lui et sa majorité ont systématiquement encouragé le recours à la voiture automobile : urbanisation intensive de la ville et ses alentours (rappelons que Louis Vogel est aussi président de la communauté d'agglomération Melun-Val de Seine), plusieurs milliers d'habitant·e·s supplémentaires sans autre alternative que la voiture pour aller à la gare de Melun, destruction du bois de Montaigu, abattage de plus de 8000 arbres, construction de routes et de rondpoints aux sorties nord de la ville, pistes cyclables très insuffisantes, non sécurisées et sans continuité (500 mètres de piste cyclable sécurisée en six ans), trottoirs ridiculement étroits et dangereux, etc.

De plus, Louis Vogel a systématiquement refusé les propositions que Claude Bourquard et moi-même, en tant qu'élu·e·s d'opposition, avons formulées en faveur des mobilités non polluantes, des transports en commun et de la réduction de la place de la voiture dans les déplacements quotidiens.

En mai 2017, suite à l'étude que nous avions réalisée sur la pollution de l'air à Melun, à partir des données des deux bornes Airparif et dont les résultats sont alarmants***, Louis Vogel et sa majorité refusaient nos quatre voeux en faveur d’une politique responsable pour limiter la pollution de l’air à Melun. En particulier, il refusait notre voeu en faveur de la protection du bois de Bréviande, menacé par le projet de contournement de Melun qui amputerait la ville du seul bois qu'il lui reste. 

En février 2018, suite à l’annonce brutale par le département de Seine-et-Marne de l’annulation du tronçon sud du TZen2, nous proposions un vœu à l'agglomération en faveur d’une solution de remplacement qui assure un véritable report modal de la voiture individuelle vers le transport en commun. Louis Vogel et sa majorité communautaire, cette fois, refusaient encore.

Ancien bois de Montaigu Ancien bois de Montaigu
En juillet 2019, l'ensemble du collectif citoyen "Bien Vivre à Melun pour l'écologie et la justice sociale", lançait une pétition contre la destruction de la nature à Melun : plus de 50% des espaces de nature que comptait la ville en 2014 ont été détruits par cette majorité fondamentalement anti-écologique. Fort du millier de signatures recueillies, en décembre 2019, nous adressions à Louis Vogel une demande gracieuse d'abrogation du PLU (plan local d'urbanisme), pour que cesse la destruction de la nature et l’urbanisation irresponsable de notre ville. Une demande, rédigée avec l'aide des juristes de l'association "Notre affaire à tous", à laquelle le maire de Melun n'a jamais répondu.

Pendant ces six années de mandat, nos alertes répétées sur la pollution de l’air n'ont donné lieu qu'à de vaines arguties en conseil municipal, à peu près du même acabit que le communiqué de presse sus-cité. Navrante inertie de la macronie locale (qui agrège ne l'oublions pas LR, anciens socialistes et faux écologistes) ?

Non. En réalité, l'agenda de Louis Vogel est différent. Il travaille pour faire progresser la route et veut le contournement de Melun dont les conséquences pour l'ensemble de notre agglomération seraient dramatiques.

Le 12 novembre 2019, Louis Vogel inaugure en grande pompe le barreau nord, premier morceau de ce fameux contournement, accompagnée de Valérie Pécresse, présidente de la Région Île de France, qui a inscrit ce projet à son "plan anti-bouchon" (pour ne pas dire pro-routes), en a financé les nouvelles études et, pour partie, cette première réalisation. 16,5 millions d’euros pour détruire des milliers d'arbres, couler 2X2 voies d'asphalte sur 2 kilomètres et libérer de l'espace de circulation pour des centaines de voitures supplémentaires. Dans le même temps, Louis Vogel promet la construction d'un parking supplémentaire de 300 places à la gare de Melun où 47 000 voyageuses et voyageurs transitent déjà chaque jour et où la pollution bat les records de la place de l'Opéra à Paris aux heures de pointe. 

Alors que les habitant·e·s de l'écoquartier attendent toujours de disposer d'un service de bus toute la journée, que plusieurs quartiers de la ville restent mal desservis, que des lignes sont bondées aux heures de pointe, que plusieurs villages de l'agglomération ne disposent même pas d'un bus par heure et qu'après 23h, nous devons tous rentrer chez nous à pied, Vogel et sa majorité construisent des routes, des rondpoints, des parkings et détruisent nos bois.

Arbres détruits et pollution à Melun © Cécile Prim Arbres détruits et pollution à Melun © Cécile Prim

En nous privant de ressources naturelles et en libérant de l'espace pour les voitures, la politique de Louis Vogel encourage la pollution de la ville et les maladies respiratoires de ses habitant·e·s qui représentent comme cette étude vient de le démontrer un coût important pour les individus et pour la collectivité.

La voiture plutôt que des transports en commun et notre santé. Le message est clair !

Mais la politique pro-voiture de Vogel est aussi une politique de classe. Celles et ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter et d'entretenir une voiture n'auront à leur disposition que des transports en commun sous dotés et inefficaces. Leur temps de transport s'allongeront alors qu'il est déjà préjudiciable à nos vies : nous sommes nombreux dans l'agglomération a avoir plus de trois heures de transport par jour, temps moyen quand on travaille à Paris.

À celles et ceux qui croient en la propagande mensongère du maire et de sa majorité sur le contournement de Melun, je voudrais rappeler l'exemple de Paris. La capitale a beaucoup diminué la place de la voiture dans la ville mais elle est toujours polluée à cause des grands axes routiers et en particulier du périphérique. Paris est encore, selon cette même étude, la 7ème ville européenne où la pollution coûte le plus cher !

Je voudrais aussi leur dire que le mot contournement lui-même est une astuce de communicants pour dissimuler la vraie nature de ce projet, vieux de plus de 60 ans, qui à l'époque s'appelait C5**** et nous aura déjà coûté un argent fou en études. Il s'agit en réalité de doubler la francilienne et pouvoir engager l'urbanisation du plateau de Réau, dernier espace de nature disponible aujourd'hui entre Sénart et Melun.

Capture d'écran du site du cabinet Vogel & Vogel Capture d'écran du site du cabinet Vogel & Vogel
Pour finir, j'ai plusieurs fois interrogé Louis Vogel sur la situation de conflit d'intérêt où il se trouve de fait en étant tout à la fois maire d'une ville et à ce titre garant de l'intérêt général de ses habitant·e·s et un brillant avocat d'affaires dont le cabinet défend de très grandes entreprises dont les intérêts ne convergent pas nécessairement avec ceux des melunaises et des melunais. Parmi ces entreprises, figurent les plus grands constructeurs automobiles.

En mai 2015, le Magazine GQ classe le cabinet Vogel & Vogel ; 24ème sur les 31 avocats plus puissants de France. GQ écrit : "La liste de leurs clients paraît irréelle : Bouygues, TF1, RENAULT, PSA, GDF Suez, CHEVROLET, Numericable-SFR, groupes Doux et Gad... Ces discrets avocats officient dans un secteur – la concurrence – où leurs clients risquent des millions d’euros"***** La liste des constructeurs automobiles cités par GQ est loin d'être exhaustive et il faudrait y ajouter : Ford, Kia, Audi, Fiat, Bugatti, Volkswagen, Toyota.

La réponse de Louis Vogel a toujours été la même ; il sait faire la différence entre son rôle de maire et son métier d'avocat d'affaire. Je laisse à chacun et chacune le soin d'en apprécier la justesse.

Une chose reste certaine : comment croire que ces six années d'un nouveau mandat démentiront les six années qui viennent de s'écouler ?

En attendant la pollution à Melun coute plus cher à ses habitant·e·s qu'ailleurs, ce qui signifie aussi que nous sommes plus malades à cause d'elle qu'ailleurs. Quant au climat, il n'en finit pas de se réchauffer !

 

 

*https://www.lemonde.fr/.../le-cout-economique-de-la...

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***Toutes les données sur nos actions contenues dans ce post sont consultables ici : https://bienvivreamelun.org/category/pollution/

****https://bienvivreamelun.org/2019/02/08/le-retour-du-c5-en-cinq-episodes/

*****L'enquête de GQ est visible ici : https://www.gqmagazine.fr/.../qui-sont-les-30.../24077

Le site du cabinet Vogel & Vogel peut être visité ici : https://www.vogel-vogel.com

 

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