Ma réponse à l'appel au rassemblement d'un candidat du PS aux législatives

« Je soutiens la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Pour les législatives, je serai la candidate de la France insoumise et des écologistes sur la première circonscription de Seine-et-Marne, la candidate de l’écologie insoumise et de l’avenir en commun... » Ma réponse à l'appel de Nicolas Alix, candidat PS.

Cher Nicolas, 

Comme je m’y étais engagée, je réponds ici par écrit à ton appel au rassemblement pour les élections législatives prochaines sur la première circonscription de Seine-et-Marne.

Le PS a abandonné l’idéal socialiste, il a cessé de remettre en cause la propriété privée des moyens de production, il a perdu de vue que l’inégalité qu’elle entraine devait être combattue sans relâche. A force de composer avec un système où la concentration de la richesse et la pauvreté se sont considérablement accrues et qui assure sa légitimité voire sa naturalité à travers la production d’une culture de masse qui le rend désirable, le parti socialiste a perdu de vue le rôle qu’il aurait dû jouer dans la dénonciation constante des processus à l’oeuvre dans sa reproduction. Au lieu de quoi, le PS a cessé de considérer la brutalité sociale du système libéral et a totalement ignoré sa brutalité écologique. Il a accepté et même accompagné sa transformation en un système libéral-sécuritaire ; il faut bien protéger les braves gens des soubresauts d’un peuple qu’on éreinte. Le parti socialiste est devenu un parti de nantis et un parti de nantis ne fait pas la révolution, il ne bouleverse pas les rapports de domination et de force qui assurent sa survie. Dans les faits, le PS travaille même à leur conservation. Ces critiques ont fondé il y a plusieurs années déjà non pas ma rupture (je n’ai jamais été au parti socialiste) mais ma conviction qu’aucune alliance ne serait plus jamais possible avec le parti socialiste et qu’un de mes combats consisterait à lui disputer définitivement l’hégémonie sur la gauche française.

Pour ce qui est de ma critique à ce gouvernement en particulier, je l’ai déjà dite dans la lettre ouverte que j’ai adressée à Emmanuelle Cosse pour lui demander de démissionner d’EELV au moment où elle est entrée au gouvernement, il te suffira de t’y rapporter : https://blogs.mediapart.fr/…/lettre-ouverte-emmanuelle-cosse

Tu me diras Benoît Hamon, ce n'est pas la même chose. Et bien moi je pense qu’Hamon c’est exactement la même chose. Hamon se situe incontestablement à la gauche du PS mais quelle est sa capacité de résistance à la longue dérive libérale du parti. Si on s’en tient à ses votes en tant que député, on voit bien que les choses ne sont pas faciles.
Mais il y a plus, le candidat Benoît Hamon refuse d’affronter deux questions fondamentales qui empêcheront, s'il est élu, qu’il mette en oeuvre son programme. La première est celle de son aliénation, en tant que candidat et futur président, au parti socialiste dont l’appareil (et les futurs députés) est acquis à 70% à la ligne Hollando-Valls. La deuxième, celle de son refus d’affronter les conditions d’un rapport de force qui permettrait de renégocier les traités en Europe. Ces deux écueils suffisent à montrer que son programme mis en oeuvre ne sera jamais qu’un programme social-libéral d’accompagnement qui n’aurait rien de très différent de celui que nous propose Macron, l’énarque-banquier (sans aucun mépris ni pour le titre ni pour le métier mais pour situer sociologiquement les choses). 

Jean-Luc Mélenchon a construit sa légitimité non pas sur un appareil mais sur la cohérence d’un parcours (dès 2008 il quitte le PS et appelle à la « constitution d'un front des forces de gauche »). La France Insoumise cet objet encore mal identifié et pourtant si efficace est le résultat d’un lent travail de conviction et de production. Ses membres n’ont pas seulement travailler à l’élaboration d’un programme mais aux conditions de sa concrétisation. L’exemple de l’Europe et des plans A et B est sûrement un des plus significatifs. Le refus de s’allier à Benoît Hamon alors que celui-ci n’entendait pas affronter la question d’un parlement qui sera majoritairement hostile aux politiques qu’il souhaite mener en est une preuve supplémentaire.

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon a fait plusieurs fois la démonstration de sa profonde compréhension des enjeux écologiques et de sa capacité à les articuler aux questions économiques et sociales. Et puis, il y a la règle verte et la sortie du Nucléaire, quand au contraire Hamon transige et maintient l’EPR. Le programme de la France insoumise sur l’écologie est un programme de transformation pas des verres à moitié plein ou vide. Jean-Luc Mélenchon a compris que l’écologie politique constituait un formidable instrument pour sortir des deux crises qui nous menacent, la crise sociale et la crise écologique. 

La question qui se pose par conséquent c’est à quoi sert la candidature de Benoît Hamon à l’élection présidentielle. Elle a deux raisons. La première c’est que le parti socialiste se prend à gauche. C’est un fait historique et c’est le but poursuivit par Hamon : prendre ce qui restera du PS après que tout.e.s les macronistes en puissance (et ils sont nombreux-ses) aient quitté le navire. La deuxième c’est affaiblir la candidature de Jean-Luc Mélenchon et maintenir les cadres du parti socialiste au pouvoir. Certain.e.s distillent savamment et de manière plus ou moins appuyée leur soutien à Macron, d'autres prétendent continuer à soutenir Hamon. Il n'y a aucune incohérence mais bien une stratégie pour se maintenir au pouvoir. Ils orchestrent la victoire de Macron en affaiblissant la candidature de Mélenchon. C'est à dire en soutenant la candidature de Benoît Hamon juste ce qu'il faut pour qu'elle n'apparaisse pas comme totalement inutile.

Je soutiens la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Pour les législatives, je serai la candidate de la France insoumise et des écologistes sur la 77-01, la candidate de l’écologie insoumise et de l’avenir en commun, fidèle à ma ligne. Celle que nous portons ici à Melun depuis plusieurs années avec d’autres militant.e.s d’EELV, du PG et de la liste citoyenne Bien Vivre à Melun (cf. http://archives.eelv.fr/mu…/melun.ecologie2014.fr/index.html). Fidèles à la confiance que nous ont fait et nous font celles et ceux qui ont voté pour nous aux municipales puis aux départementales. A l’époque, c’est Mélenchon qui nous soutenait. Ce compagnonnage nous l’avons construit sur autre chose que des opportunités, nous l’avons construit sur la base de convergences idéologiques et de convictions partagées avec un horizon commun : l’avènement d’une République sociale et écologique, d’une société plus juste où se dessine un avenir commun désirable.

Enfin, on ne gagne jamais une élection à gauche (vraiment) sans une mobilisation populaire et Mélenchon est le seul candidat à gauche à pouvoir enclencher cette dynamique. Sans cet élan, de quel rapport de force disposerions-nous pour ces changements majeurs dans la redistribution du capital qu’imposera la mise en oeuvre d’une politique écologiste et de justice sociale ?

J’ai de l’estime pour toi et pour ton travail en tant qu’élu. Je continuerai avec plaisir à échanger et à débattre avec toi mais je resterai fidèle à mes convictions. 

Bien amicalement, 

Bénédicte

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