Le localisme sécuritaire de la droite réactionnaire

Réponse à la tribune parue le 26 juillet dans le JDD de maires de droite qui réclament davantage de prérogatives et de moyens pour la police municipale : l’exemple de Melun et de son maire Louis Vogel

Plusieurs maires de droite, parmi lesquels Louis Vogel, maire de Melun que je combats depuis six ans, signent une tribune pour demander le renforcement des prérogatives de la police municipale. J’y suis fermement opposée.
Cette revendication qui s’inscrit dans le droit fil des politiques ultra sécuritaires menées par ces maires n’a jamais donné aucun résultat sinon celui de faire prospérer cette droite étroite sur le sentiment d’insécurité qu’elle entretient et sur l’ignorance de la réalité des phénomènes de délinquance et de leurs évolutions de la part de la population. Une ignorance souvent encouragée par des médias locaux complaisants avec le discours sécuritaire des pouvoirs en place (« Le sang et les larmes » ça fait vendre).
Qu’en est-il de ces crimes et délits dont ces maires ont fait leur préoccupation principale et la raison essentielle de leur politique en matière de sécurité.
Les homicides en France, connaissent une baisse tendancielle continue depuis les années 1980-1990. Leur augmentation, ces dernières années, est directement liée au retour du terrorisme politique. De ce point de vue, l’exemple de Nice et d’Estrosi, principal promoteur de ces politiques sécuritaires et signataire de la tribune avec Vogel, constitue un desavoeu tragique et cinglant. Nice, commune la plus vidéo surveillée de France, fut aussi le théâtre d’un des drames terroristes les plus abominables. Autrement dit, la politique sécuritaire menée et encore réclamée par Estrosi, celle que plébiscite le maire de Melun et qu’il met en œuvre depuis six ans : recrutement et équipement des policiers municipaux et déploiement de la vidéo surveillance, a ici dramatiquement failli.
Pour le reste des homicides, ils relèvent essentiellement de violences intra familiales et devraient faire l’objet d’un traitement social et/ou médical renforcé afin d’être prévenus. De cela pourtant, ces maires ne parlent pas.
Pour ce qui concerne les agressions physiques, les enquêtes de victimation (menée par l’INSEE depuis 1994) montrent que la prévalence des agressions est strictement identique à celle mesurée par l’enquête pionnière du Centre de recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales de 1984.
Par contre, ces enquêtes montrent que nous sommes inégalement exposés à ces agressions en fonction de notre âge et de notre classe sociale. Les jeunes et les personnes de milieux modestes étant davantage victimes que les autres. Ce qui signifie là encore que la réponse politique devrait être orientée vers des politiques d’accompagnement de la jeunesse et des politiques sociales de réduction des inégalités.
Quant aux agressions sexuelles, qui sont précisément mesurées en Île de France depuis 2001, elles sont, elles aussi, relativement stables. L’augmentation constatée en 2017 est interprétée par l’ensemble des professionnels comme un des effets d’une intolérance croissante, dont on ne peut que se féliciter, renforcée par les mouvements #MeToo et #balancetonporc.
L’essentiel de ces violences ont lieu dans le cercle familial ou amical et 80% des victimes sont des femmes.
Là encore, la réponse policière et donc répressive ne devrait intervenir qu’en dernière instance quand les réponses sociales et éducatives ont échoué.
Enfin, les trafics de drogue : en France, 1 million de personnes se déclarent consommatrices régulières (tous les jours) et 5 millions occasionnelles. Les mineurs sont en volume les plus gros consommateurs. Ce qui là encore devrait appeler une réponse éducative adaptée quand on sait les dangers que représentent toutes les drogues pour le développement du cerveau. Le marché de la drogue est donc bien établi et les trafics constituent une économie parallèle de substitution. Si les consommateurs sont majoritairement issus des classes moyennes et supérieures, la part émergée des trafics se concentrent dans les quartiers où sont confinées les populations les plus pauvres, les plus exposées à l’échec scolaire et au chômage des jeunes. Ces trafics génèrent des violences entre réseaux de traficants.
Or, la répression qui a beaucoup augmenté ces vingt dernières années et se concentre sur la partie « inférieure » du trafic, les jeunes hommes des quartiers populaires et les usages, n’a donné aucun résultat. Elle n’a eu aucun impact majeur ni sur les consommations ni sur les trafics. Par contre, elle augmente le sentiment d’insécurité dans ces quartiers où elle exerce une pression croissante sur l’ensemble de la population.
Par conséquent et puisque la preuve est faite de l’absence de fondement de ces politiques sécuritaires, il convient de nous demander pourquoi le maire de Melun, pour prendre un exemple qui m’est familier, a multiplié par trois les effectifs de la police municipale et par bien plus encore les dépenses d’équipement ? Et pourquoi reclame-t-il, à l’unisson des maires co-signataires, de renforcer encore cet arsenal et les prérogatives de la police municipale ?
Juste pour l’anecdote, on compte parmi eux le maire de la Baule-Escoublaque, commune que je connais bien puisque mon grand-oncle fut maire de la commune voisine Le Pouliguen pendant plusieurs décennies, et dont chacun sait qu’elle est rongée par l’insécurité (sic !).
Par ignorance ? Non, Louis Vogel connait les chiffres dont je fais état ici. Il s’est même fait une spécialité des questions de sécurité et anime un Think Tank « Le Club Iéna » grâce auquel il espère un jour accéder à la chancellerie.
Si cette politique n’a donné aucun résultat dans la lutte contre la délinquance et la criminalité, elle fait par contre les choux gras des équipementiers de la sécurité, entendue dans son acception étroite et droitière.
Elle a un autre intérêt, elle détourne l’attention de nos concitoyen.nes de l’inégalité sociale qui, nous venons de le voir, est une des raisons majeurs de la délinquance et de la criminalité. Elle invisibilise aussi les risques majeurs auxquels notre société est confrontée : l’effondrement de la biodiversité et le réchauffement climatique.
Risques et inégalité régulièrement encouragés par la droite dont se réclame aujourd’hui et à nouveau Louis Vogel. Risques et inégalités singulièrement renforcés à Melun par sa politique. Ici, le chômage est au dessus de la moyenne nationale et, étant donnée la structure de l’emploi, propre à ces villes moyennes de la grande périphérie de la métropole parisienne, les effets de la crise sociale provoquée par la Covid-19 s’annoncent terribles pour les populations déjà fragiles et exposées comme les jeunes et les milieux populaires. La ville, classée parmi les 250 villes les plus pauvres de France, voit sa population s’appauvrir sans que ses édiles s’en émeuvent plus que cela. Ses recettes fiscales ne se maintiennent qu’à la faveur d’un accroissement du volume de logements du fait d’une politique d’urbanisation agressive et irresponsable sur le plan écologique. Pire encore, Louis Vogel a même consenti, pour la deuxième année consécutive, une baisse de 3% de l’impôt foncier à la minorité de familles propriétaires de la ville. Ça représente 1 million d’euros de recettes en moins par an qui auraient pu être utilisés pour mener des politiques sociales et d’investissement utiles à toutes les familles Melunaises, en particulier les plus fragiles, qu’elles possèdent ou non leur logement.
Le constat est là, ces facteurs d’insécurité que sont l’inégalité sociale et la crise écologique, bien plus significatifs en nombre de personnes touchées, n’intéressent pas le maire de Melun et sa famille politique, traditionnellement dure avec les laissés pour compte du capitalisme qu’elle promeut mais indifférente face aux vrais périls qui menacent notre société.

Reste un argument, aux Etats-Unis, le maintien de l’ordre relève des autorités locales. Chacun jugera, à la lumière de ce qu’il s’y passe actuellement, de la pertinence d’un tél modèle et du risque accru d’insécurité qu’il fait peser sur nos villes. 

Celleux qui parmi ses électeurs ont cru élire un homme du centre se réveillent sûrement un peu groggy. Louis Vogel est bien un homme de droite sur le plan économique et social. La comédie qui consistait à écrire “centre gauche” ou pire encore “écologie” sur son affiche, permise par l’inconsistance politique de ceux qui en 2014 faisaient campagne avec le candidat socialiste et l’ont opportunément rejoint, n’a pas duré davantage que le temps qu’il a fallu pour le faire réélire par à peine 11% des inscrits.
Je pense aussi à ces électeurs de Vaux-Le-Penil et Saint-Fargeau-Ponthierry qui ont élu des majorités « divers-gauche » sur la promesse de programme sociaux et écologistes et dont les représentants à la Communauté d’Agglomérations Melun-Val de Seine, à l’exception de deux d’entre eux à Vaux-Le-Penil, se sont empressés d’élire Louis Vogel président et de siéger dans sa majorité. Ces hommes et ces femmes ont pris la responsabilité d’affaiblir un peu plus la démocratie représentative en donnant corps à l’idée que « tous les élus se valent » et en aidant Vogel à dissimuler l’idéologie droitière qui n’a jamais cessé de l’animer.
Quelle tristesse quand on voit le courage de certains maires et leur engagement sur la voie de la transition sociale et écologique de leur ville.

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