Comment réduire et bien partager le travail ?

De nos jours, le travail est mal partagé, entre des travailleurs débordés et des chômeurs n'arrivant pas à trouver d'emploi. De plus, on s'attend à la baisse des besoins en travail dans notre société. Cet article a pour objet de proposer un partage du temps de travail plus juste.

AVERTISSEMENT : Les chiffres proposés ici ne sont qu'indicatifs : l'essentiel est la logique proposée ici. Ainsi, d'autres chiffres sont peut-être plus pertinents que ceux proposés ici.

1) Connaître les besoins en force de travail

Avant de proposer une répartition équitable du temps de travail dans la société, il convient de connaître les besoins actuels et futurs de travail dans notre société. Concernant les besoins futurs, on doit les évaluer en fonction de l'économie vers laquelle on veut aller, secteur d'activité par secteur d'activité. Mais on peut s'attendre à ce que les besoins en force de travail aient tendance à baisser avec les évolutions technologiques et la transition écologique. Il est donc nécessaire d'organiser la réduction du temps de travail afin d'éviter qu'elle se fasse de manière anarchique qui plongerait de nombreuses personnes dans la pauvreté.

 

2) Le revenu universel d'existence

Afin de garantir un filet de sécurité à tou.te.s, l'instauration d'un revenu universel d'existence est nécessaire. Il devra a minima être suffisant pour subvenir aux besoins essentiels (se loger, manger, s'habiller...) pour permettre aux personnes de ne pas être en situation de dépendance aux employeurs et au marché du travail. Ce sujet mérite à lui tout seul un article détaillé. Dans l'état actuel des choses, je ne pense pas avoir de valeur ajoutée par rapport aux travaux déjà effectué à ce sujet (mais je n'exclus d'écrire à ce sujet ultérieurement), mais je pense que ce revenu universel devra être une composante essentielle de la stratégie de partage du travail, et augmenter (permettre de vie plus élevé) au fur et à mesure que les besoins en travail de la société diminuent.

 

3) Organisation du temps de travail

Il est nécessaire de limiter le temps de travail, qu'il soit sur une journée, une semaine, un ensemble de semaines, une année, un ensemble de 3 années et la totalité de la carrière. Il faut aussi permettre à toutes celles et ceux qui souhaitent travailler d'avoir la possibilité de le faire, d'où l'importance Il y a la durée maximale du travail qu'il est interdit de dépasser et la durée légale qui correspond au seuil d'enclenchement des heures supplémentaires.

 

3.1 La durée légale du travail

Afin de mieux partager le travail, je pense qu'il faut aller dans un premier temps vers l'équivalent d'une semaine de 32 heures. Cependant, cette réduction du temps de travail doit se faire au maximum selon le choix des travailleurs et travailleuses tout en tenant compte des contraintes opérationnelle liée à l'activité professionnelle. Ainsi, il faut continuer à annualiser le temps de travail légal, voire peut-être le triannualiser.

L'équivalent de la semaine de 32 heures serait une année d'environ 1400 heures travaillées ou alors 4200 heures sur 3 ans. La triannulaisation pourrait permettre d'octroyer une longue période de congés tous les 3 ans et de favoriser les voyages lointains nécessitant de prendre l'avion lors de ces périodes (l'idée est de limiter l'utilisation de l'avion pour les voyageur.se.s compulsifs car un voyage de 3 mois tous les 3 ans c'est 3 fois moins d'émission de CO2 qu'un voyage d'un mois tous les ans) : ainsi cela pourrait donner sur les 3 ans 105 semaines travaillées 40 heures sur 156 (et donc 51 semaines non travaillées dont 7 la première année, 7 la deuxième et 37 la troisième) (ATTENTION : cela n'est qu'un exemple vague de répartition).

En cas de dépassement de la durée légale, le coût des heures supplémentaires serait significativement renchéri pour l'entreprise : ce surcoût des heures supplémentaires par rapport aux heures normales serait uniquement affecté au financement de la Sécurité Sociale, pour financer les branches retraite et chômage en particulier. On pourrait envisager de fonctionner par tranches : en prenant un calcul triannuel, on pourrait envisager un surcoût de 10% sur les 100 premières heures, 20% sur les 100 heures suivantes, 30% pour les 100 heures qui suivent et ainsi de suite.

Pour calculer le nombre d'heures effectuées, il convient de généraliser le pointage des employé.e.s, quelque soit leur statut. Pour les emplois cadre, les entreprises devront attribuer le même nombre d'heures effectuées à tous les cadres : ce nombre d'heures correspond à la moyenne des heures effectuées par les cadres. Cette moyenne permet de voir si les cadres ne sont pas surchargés de travail. Pour les journées en télétravail, elles doivent être comptées comme une journée moyenne de travail en présentiel.

 

3.2 La durée maximale du travail

Elle est actuellement de 10 heures par jour et de 48 heures par semaine. Elle ne doit pas être dépassée, sauf si une dérogation est accordée par l'inspection du travail (ce qui est déjà le cas aujourd'hui). Ces dérogations doivent être exceptionnelle et accordée uniquement en cas d'incapacité temporaire de mieux partager le travail pendant un temps donné, et une justification que tout est fait pour que la dérogation ne soit plus nécessaire le rapidement possible devra impérativement être apportée. Par ailleurs, les heures effectuées au-delà de la durée maximale devront compter double dans les calculs triannuels et du nombre d'heures effectuées dans la carrière.

 

3.3 La retraite

Afin de partager efficacement le travail, il pourrait être intéressant de considérer qu'au-delà d'un nombre d'heures effectuées dans la carrière, les droits à la retraite seraient automatiquement ouverts à 75% du salaire net moyen primes comprises des 10 meilleurs années, et ce quelque soit l'âge du travailleur. Ce nombre d'heures pourrait être de 60 000.

Néanmoins, certain.e.s ont eu des carrières hachées et du coup risquent d'atteindre très tardivement le nombre d'heures total à effectuer. Ainsi, il faut aussi un âge où on obtient une retraite de 75% du salaire net moyen primes comprises des 10 meilleurs années quelque soit le nombre d'heures effectuées. Cet âge pourrait être de 65 ans. Néanmoins, à 60 ans, les droits à la retraite s'ouvriraient si le nombre d'heures total effectué est inférieur à 60 000, et la retraite ne pourrait en aucun cas être inférieur à 50% du salaire net moyen primes comprises des 10 meilleurs années.

En résumé, pour pouvoir bénéficier de la retraite, il faudra soit atteindre un âge, soit atteindre un nombre d'heures travaillées. L'une des 2 conditions devra être suffisante, en particulier si l'autre n'est pas remplie.

Concernant la pénibilité, on pourrait envisager qu'une heure de travail avec certains critères compte plus qu'une heure (par exemple, 1h05 ou 1h10 selon les critères qui sont remplis).

Pour les droits actuels, vu la durée légale actuelle du travail, on pourrait convertir un trimestre validé en 400 heures effectuées.

Enfin, en ce qui concerne les indépendants, dont il n'est pas possible de réglementer le temps de travail, il faudra un régime de retraite différent de celui que j'ai présenté ici. Je ne maîtrise cependant pas encore le sujet.

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