Comment réussir une votation citoyenne en vue de 2022 ?

Dans cet article, je propose une stratégie pour réussir une votation citoyenne, y compris dans le pire des cas.

Dans l'article Quelle votation citoyenne en vue de 2022, je propose une démarche de votation citoyenne, qui vaut ce qu'elle vaut et bien entendu d'autres propositions peuvent également être pertinentes. Néanmoins, pour qu'une telle démarche réussisse, il faut remplir quelques pré-requis.

 

1) Avant la désignation de la candidature commune à la présidentielle (+ éventuellement des candidatures aux législatives), un programme commun sous formes de lignes directrices, pas trop précis mais avec des lignes rouges à ne pas franchir

On entend beaucoup par ci et par là "d'abord le programme commun avant le candidat.e". Cette démarche, si elle paraît logique et correspond à mes idéaux en terme de 6ème République, est peu compatible avec la 5ème République. Or, il s'avère que les élections de 2022 auront lieu dans le cadre de la 5ème République : il est donc nécessaire de s'adapter à cette réalité, même si elle nous déplaît profondément.

Par exemple, en 2011, avant d'organiser sa primaire, le PS avait travaillé à un programme en vue des élections de 2012, puis à ce programme a évolué après la victoire de François Hollande en octobre 2011, et encore davantage pendant le quinquennat de François Hollande avec notamment la déchéance de nationalité et la loi El-Khomri qui étaient en contradiction avec son programme de 2012. Ainsi, il est totalement illusoire de dissocier le programme du candidat.e dans le cadre de la 5ème République. Le programme commun sera de toutes les manières adapté par le candidat.e finalement retenu.

Par ailleurs, si le "programme commun" pré-votation citoyenne est trop restrictif, il est à craindre que des candidat.e.s de la gauche et de l'écologie qui auraient des points de divergence aussi mineurs soient-ils décident de se présenter en dehors du cadre de la votation citoyenne.

Inversement, si le "programme commun" est trop large, il est à craindre que les lignes rouges ne soient pas suffisantes et que certain.e.s candidat.e.s de la gauche et de l'écologie refusent de participer à une telle votation et prétendraient qu'ils ne pourraient pas soutenir le vainqueur si c'est untel ou unetelle.

Il est donc nécessaire de trouver le juste milieu par rapport à ce "programme commun", de manière à ne donner aucun argument recevable à de potentiel.le.s candidat.e.s récalcitrant.e.s à une telle votation citoyenne.

Pour moi, il est nécessaire que le programme des candidat.e.s à la votation citoyenne (et donc le programme final du candidat.e pour 2022) réponde à plusieurs points:

  • proposition d'une 6ème République dépersonnalisant la vie politique en passant de la légitimité des personnes à celle des projets politiques, modifiant les modes de scrutins de manière à bannir le vote tactique et instaurant de la démocratie en dehors des périodes électorales (en particulier en cas de contexte particulier ne pouvant être anticipé pendant une campagne électorale tel qu'une pandémie), ou a minima proposant un processus constituant pour aller vers la 6ème République (et avec des étapes de validation par l'ensemble des citoyen.ne.s) ;
  • sortir du productivisme et du dogme de la croissance : il est ainsi nécessaire que le projet réponde aux urgences sociales et écologique sans avoir besoin de croissance. Cela nécessite donc d'avoir une politique de meilleur partage du travail avec une réduction du temps de travail pour le temps plein, ainsi qu'un niveau de vie acceptable garanti de manière inconditionnelle. Il faudra aussi accompagner la transition professionnelle des travailleur.se.s des secteurs étant amenés à être fortement réduits du fait de la transition écologique ;
  • proposition d'une transition vers une agriculture exemple de pesticides et d'engrais chimiques et d'élevages intensifs ;
  • logement : garantir à tou.te.s un logement décent à prix abordable à proximité des lieux de vie, c'est à dire un logement qui ne soit pas passoire thermique (plan de rénovation énergétique des bâtiments), qui soit sain, qui dispose d'une salle de bain avec WC et qui soit suffisamment grand pour la taille du ménage. Cela peut être fait par du logement social ou des mesures radicales sur les logements vacants et les résidences secondaires/locations touristiques dans les zones où le logement est rare et cher. La politique du logement peut aussi avoir pour objectif la réduction des déplacements pendulaires ;
  • transports : améliorer notre réseau ferroviaire pour qu'il devienne le moyen de transport principal au moins à l'intérieur de la France, que ce soit pour les déplacements pendulaires ou occasionnels, de manière à pouvoir supprimer les vols intérieurs et à ce que la voiture individuelle devienne le moyen de transport du dernier recours ; il faut aussi baisser de manière substantiel les prix des billets de train ;
  • industrie : privilégier la réparation à la production de nouveaux produits manufacturés en augmentant substantiellement les durées de garanties, et favoriser la récupération des matières premières usagées plutôt que l'extraction dès que cela est possible ;
  • égalité des territoires : garantir l'accès rapide aux services publics en tout point du territoire (par exemple à moins 5 ou 10 km dans le pire des cas) ;
  • égalité entre les personnes : lutter sans relâche contre tous les systèmes d'oppression et de discrimination (patriarcat, discrimination sur l'apparence physique telles que le racisme et la grossophobie, les LGBTphobies, neurotypicat, validisme, classisme (violence des riches par exemple)...), de préférence sans utiliser de manière abusive le système carcéral, et en liant toutes ces oppressions et discriminations ;
  • ...

Ces points ne correspondent qu'à un cahier des charges auquel il appartiendra à chaque candidat.e à la votation citoyenne d'apporter des réponses programmatiques précises sous forme de plan d'action détaillé.

Le débat entre les candidat.e.s à la votation citoyenne devra porter sur les réponses programmatiques précises à un tel cahier des charges. Il y aura très probablement une différence de degré entre les programmes des candidat.e.s mais pas une différence de nature.

 

2) Nécessité que la démarche ait un fort appui dans l'opinion publique

Les sympathisant.e.s de la gauche et de l'écologie n'ont aucune envie de revivre le duel Macron-Le Pen en 2022 et ont besoin qu'une alternative forte se présente en 2022. Néanmoins, le contexte semble relativement peu favorable à une candidature forte de la gauche et de l'écologie en raison de la forte dispersion attendue. En revanche, une démarche unitaire de votation citoyenne fortement appuyée par l'opinion publique va contraindre les potentiel.le.s candidat.e.s à se positionner par rapport à celle-ci, et ridiculiser les candidat.e.s récalcitrant.e.s n'ayant aucun argument recevable contre une telle démarche.

Si la démarche a trop peu d'écho dans l'opinion publique, le risque est très important pour les raisons suivantes :

  • manque de médiatisation de la votation citoyenne si elle a lieu, et donc absence de dynamique en faveur du vainqueur ;
  • candidat.e.s récalcitrant.e.s non ridiculisé.e.s ;
  • pas de publicité éventuelle d'un mode de scrutin innovant.

Pour avoir cet écho important, il est nécessaire que nous soyons présents sur les réseaux sociaux, pour interpeller notamment certain.e.s personnalités tels que des candidat.e.s éventuel.le.s mais aussi des personnalités de la société civile tels que des associatifs et aussi vers les sympathisant.e.s non encarté.e.s. Cela peut se traduire par des sessions où nous sommes tous sur les réseaux sociaux en même temps en train de nous relayer nos publications.

 

3) Que faire face aux candidat.e.s récalcitrant.e.s à toute démarche collective ?

Malgré tous nos efforts, il est possible que certain.e.s candidat.e.s soient toujours récalcitrant.e.s à une votation citoyenne, malgré qu'ils n'aient pas d'argument recevable. On peut toutefois envisager dans ce cas de figure, un.e candidat.e se présente à la place du récalcitrant.e et s'engage à se retirer pour celui-ci en cas de victoire. Cela inciterait notamment les potentiel.le.s électeur.e.s du récalcitrant.e à voter à la votation citoyenne et piégerait les candidat.e.s récalcitrant.e.s en cas de défaite si la participation est importante.

Ainsi, un.e candidat.e pourrait se présenter et s'engager à se retirer en faveur de Mélenchon en cas de victoire dans le cas où Mélenchon refuserait de participer à une telle votation.

 

4) Que faire en dernier recours s'il n'est pas possible d'organiser à temps une votation citoyenne en bonne et due forme ?

Il est aussi malheureusement possible que nous ne réussissions pas à organiser une vraie votation citoyenne et que chaque parti de la gauche et de l'écologie présente sa propre candidature.

Il nous reste malgré tout une dernière carte à jouer dans ce cas de figure : l'organisation d'une votation citoyenne en ligne avec les candidat.e.s de la gauche et de l'écologie se présentant au 1er tour de l'élection présidentielle et le soutien au vainqueur de celle-ci. Si la participation est forte et que cette votation est fortement médiatisée, on peut espérer que cela crée une dynamique en faveur du vainqueur. Il serait préférable qu'elle se déroule avant le dépôt final des candidatures, de manière à ce que certain.e.s candidat.e.s prennent l'initiative de se retirer en cas de forte contre-performance lors ce la votation.

 

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