Bilan des forces de gauche à l'issue des élections européennes 2019

Bien que la gauche dans son ensemble ait fait un score supérieur à ce que prévoyait les sondages, et ait obtenu un peu plus du tiers des suffrages exprimées, cela reste un échec pour elle dans sa globalité. Par ailleurs, aucune liste de gauche ne figure parmi les 2 listes en tête. Toutefois, elle dispose de perspectives de victoires futures qu'elle devra exploiter.

En France, la gauche a fait un peu plus de 34% des voix au total, ce qui signifie une certaine progression par rapport aux élections de 2017 (elle est à peu près au même niveau qu'aux élections européennes 2014), mais qui signifie aussi qu'elle est loin d'avoir gagner la bataille culturelle et que des efforts importants restent à faire.

Pour les différentes forces politique de gauche, j'en fais le bilan suivant :

Europe Ecologie les Verts (EELV) : avec presque 13.5% des voix, c'est la principale force politique de gauche. Elle a très largement bénéficié des mobilisations pour le climat, d'un scrutin qui lui est traditionnellement favorable et de l'étiquette écologiste qui a naturellement attiré certains votes. Toutefois, il convient de souligner que ce score, s'il est meilleur que prévu, il est au même niveau que celui du PS en 2014 qui avait été considéré comme un échec cuisant. Par ailleurs, les votes EELV se sont pour beaucoup décidés au dernier moment, et il y a eu bénéfice d'un vote tactique vers une liste sûre de dépasser les 5%. Il ne s'agit néanmoins pas d'un plébiscite envers la personnalité de Yannick Jadot, ni envers la direction d'EELV. J'ai émis de nombreux doutes sur les intention d'EELV et de Jadot pendant cette campagne, notamment sur le manque de clarté par rapport aux futures stratégies d'alliances. J'espère donc qu'EELV me donnera tord sur les doutes que j'ai eu quant à leurs intentions. Il est donc attendu que les eurodéputé.e.s EELV refusent toute alliance avec les libéraux d'ALDE et le PPE et qu'ils inscrivent dans une démarche de rassemblement de la gauche pour les futures échéances électorales notamment en 2022 et précisent leurs exigences minimales de façon claire pour accepter une démarche de rassemblement.

La France insoumise (FI) : Avec environ 6.3% et 0.1% de plus que la liste Envie d'Europe, il s'agit d'une déculottée importante pour la FI. Ainsi, la FI a vu son score plus que divisé par 3 depuis l'élection présidentielle. Beaucoup d'électeurs de Mélenchon s'en sont détournés, car ils n'ont pas apprécié sa volonté hégémonique et beaucoup de ses électeurs avaient voté Mélenchon par tactique pour avoir un candidat de gauche au second tour en 2017. Ils n'ont pas non plus apprécié ses réactions lors des perquisitions qui ont visé la France insoumise en octobre 2018. Je pense que c'est cet épisode qui a précipité la chute de la FI. On remarquera aussi la mise en avant excessive de Mélenchon dans cette campagne des élections européennes alors que tout le monde sait ce qu'est la FI. Néanmoins, la FI dispose de 17 député.e.s très actifs à l'Assemblée Nationale et d'une forte base militante. Elle doit donc participer à la reconstruction de la gauche et accepter de discuter certains points de l'Avenir en commun. La base idéologique commune de la gauche pourra néanmoins s'inspirer de certains points de l'Avenir en Commun. Je ferai ultérieurement une analyse détaillée de ce programme.

PS/Place Publique : Avec 6.2%, le PS se maintient au Parlement Européen mais reste stable par rapport aux élections de 2017. Cette liste a bénéficié du soutien de grandes figures politiques (Christiane Taubira par exemple), sans doute d'élu.e.s locaux bien implanté.e.s et aussi du vote naturel PS qui résiste mieux que prévu chez certains électeurs. Néanmoins, il ne s'agit pas d'un succès pour le PS, d'autant qu'encore bon nombre d'électeurs dégoûtés de la politique du quinquennat Hollande sont sur une ligne "Plus jamais PS". Bien que je ne suis pas favorable à exclure catégoriquement le PS Je crains par ailleurs qu'en cas de reconstruction de la gauche avec une place trop importante du PS ne fasse fuir trop d'électeurs ou certains partis de gauche tels que la FI ou le PCF. Il y a ainsi 2 options par rapport à la place du PS : réussir à faire accepter sa présence au processus de refondation de la gauche aux électeurs "Plus jamais PS" ou ne pas l'inclure au processus de refondation. A l'heure actuelle, je ne peux pas dire quelle sera la meilleur option mais je souhaite que le PS soit en mesure de s'inscrire dans ce processus. Cela dépendra de lui et j'espère qu'il me donnera tord quant aux doutes dont j'ai fait part durant la campagne des élections européennes. J'attends que les eurodéputé.e.s Envie d'Europe refusent toute alliance avec les libéraux d'ALDE et le PPE et qu'ils ne soutiennent pas la candidature de Frans Timmermans pour la présidence de la Commission européenne. Il sera aussi attendu que le PS s'exprime quant à un futur socle idéologique commun pour la gauche.

Génération.s/Printemps européen : Avec 3.3%, ses frais de campagne seront remboursés mais la liste n'obtiendra aucun eurodéputé. En tant qu'adhérent à Génération.s, j'ai participé activement à cette campagne. Nous avons rencontré de nombreuses difficultés, en raison du fait que nous avons été trop peu invités aux débats télévisés et que nous ne puissions pas emprunter pour financer la campagne. Nous avons pâti notamment des mauvais sondages pendant toute la période qui ont conduit les banques à nous refuser les prêts pour financer la campagne, les chaînes TV à nous exclure de beaucoup de débats ou à nous inviter à débattre avec des listes au même niveau que nous dans les sondages, sans qu'il y ait les listes les mieux placées. En conséquence, la démarche de création de Génération.s par Benoît Hamon a été mal comprise par les électeurs de gauche et notamment ceux ayant voté Hamon en 2017 qui sont nombreux à avoir cru que Génération.s n'a été créé que pour l'ego de Benoît Hamon, ce qui explique que beaucoup d'électeurs de 2017 se soient détournés de Génération.s en faveur des listes EELV ou Envie d'Europe. Pourtant, le programme du Printemps européen est le fruit d'un travail de plus d'un an avec 14 autres partis européens dans 10 pays différents. Cela n'a pas empêché les partis du Printemps européen en Europe de connaître des débâcles monumentales en raison d'une démarche trop discrète car trop peu médiatisée, malgré un programme particulièrement travaillé et commun à tous les partis membres du Printemps européen. A mon avis, bien que nous ayons été lourdement pénalisés par des facteurs extérieurs à notre organisation politique, je pense que nous n'avons pas su être audibles sur des propositions novatrices pendant la période d'entre 2 campagnes entre l'automne 2017 et fin 2018. Si on avait su être audibles pendant cette période, nous serions partis beaucoup plus hauts dans les sondages et aurions eu une campagne beaucoup plus simple. Pour autant, Génération.s étant le mouvement politique de gauche correspondant le plus à mes convictions, je décide de continuer à y militer pour le moment mais je tiens surtout à m'investir sur des démarches transpartisanes à gauche. Par ailleurs, certaines des idées du Printemps européens pourront être partagés avec des partis non membres. Ainsi, la mise en place d'une Constituante européenne est susceptible d'avoir la faveur de nombreux partis de gauche partout en Europe ainsi que de la majorité de la population de beaucoup de pays membres.

Le PCF : Avec environ 2.5%, il n'obtient aucun élu et ne peut pas être remboursé de ses frais de campagne. Ils se sont présentés sous le propre nom pour la première fois depuis un certain temps. Ils ont souffert des mêmes difficultés que Génération.s. Ils auront toute leur place dans la future recomposition de la gauche.

 

Conclusion : ne nous y trompons pas, il s'agit d'une défaite pour la gauche même si elle est moins importante que prévue. N'oublions pas le score trop élevé du RN qui doit nous alarmer bien qu'il soit inférieur à 2014. Lors des élections de 2022, il sera nécessaire d'avoir davantage d'unité à gauche. Toutefois, cette unité devra se faire autour de bases idéologiques claires et les électeurs de gauche devront arbitrer sur l'option de gauche à soumettre aux électeurs en 2022. Je ferai très prochainement des propositions en ce sens car je n'ai absolument envie de voir un nouvel duel Macron/Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2022.

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