Alors voilà, parmi les premières informations importantes de cette nouvelle année 2015, on nous bassine depuis ce matin dans les médias les résultats d'une étude publiée dans la très sérieuse revue scientifique Science ce 2 janvier et qui démontrerait, statistiques à l'appui, que de nombreuses formes de cancer seraient largement dues à un « manque de chance». Deux tiers des cas de cancer chez les adultes pris en compte dans cette enquête s'expliqueraient par des mutations génétiques aléatoires, mutations permettant aux tumeurs de grossir. Et c'est un petit tiers des cancers qui seraient le fruit de facteurs génétiques ou d’un environnement défavorable. Bon, le cancer du sein, le plus fréquent chez les femmes, et celui de la prostate, le deuxième le plus courant pour les hommes, n'ont pas été pris en compte. Mais qu'importe ! Le cancer c'est la faute à pas de chance, c'est la science qui le dit, qui plus est en provenance des Etats-Unis. Et comme on le sait, la spiritualité folklorique vient d'Orient et la vérité scientifique d'Occident, ça fait trois siècles qu'on vous le dit. « Changer nos habitudes de vie sera très utile pour éviter certaines formes de cancer, mais ne sera guère efficace pour d’autres », nous dit dans Libération Cristian Tomasetti, biomathématicien et professeur assistant d’oncologie à Johns Hopkins. Alors très bien, circulez y a rien à voir ! Chers anciens, actuels et futurs cancéreux, cessez de culpabiliser, votre problème, ce n'est pas vous, ce n'est pas non plus votre environnement, c'est la faute à pas chance. Merci pour eux Science.
Juste, y a comme quelque chose qui cloche dans cette histoire. Pour commencer, je ne suis pas scientifique et ne prétends certainement pas me substituer à tous ces brillants penseurs de notre temps, sans qui nous n'aurions pas pu tripler notre espérance de vie ou encore inventer la bombe atomique. Par contre, j'ai eu il y a tout juste huit ans, à 27 ans, un cancer, ou plus exactement un lymphome B non hodgkinien à grandes cellules, stade 4, c'est à dire le stade terminal ou le dernier avant extinction des feux. C'est un cancer touchant le système immunitaire, et qui peut atteindre les ganglions ou n’importe quel organe. Il cause également une baisse globale de l’immunité. Il est d'origine inconnue mais son développement est favorisé par divers facteurs comme les infections chroniques, la déficience immunitaire, une exposition prolongée à des toxiques… En fait, on ne sait pas trop d'où il vient, mais on sait très bien le soigner. La preuve, après trois mois de chimio intensive, dont un passage de trois jours en réanimation suite à une hémorragie interne due à la chimio, et une coupe de cheveux à la Jean-Michel Aphatie, j'étais totalement guéri. J'avais même failli mourir guéri en fait, plus violenté par mon traitement que par mon lymphome. Huit ans après, en pleine forme et sans plus aucune séquelle, si ce n'est un lointain cauchemar (surtout que cette maladie m'avait été diagnostiquée quelques jours après la victoire de Sarkozy à la Présidentielle. Je me souviens encore du médecin de l'hôpital Cochin m'annonçant la mauvaise nouvelle tandis que sur l'écran de télé derrière lui le nabot excité se baladait sur le yacht de son ami Vincent Bolloré, sa fameuse « retraite spirituelle », pour fêter sa victoire), je vais très bien merci pour moi et je ne culpabilise absolument pas. N'ayant jamais eu de comportements à risque plus outranciers que les autres, ayant grandi à la campagne au sein d'une famille aimante, équilibrée et sans aucun antécédent médical de ce type, éloigné tant de grandes industries polluantes que de centrales nucléaires ou de tout type de molécules cancérigènes particulières, je n'ai pas trouvé dans mon histoire personnelle d'explication rationnelle à ce phénomène. Je n'ai pas trouvé non plus d'explication morale symbolique à cette maladie, car si le sort, le "bon" Dieu ou toute autre force spirituelle supérieure choisissait de me punir moi, je trouvais cela particulièrement injuste, ayant toujours eu à cœur de me comporter du mieux que je le pouvais, tant avec mes proches qu'avec le reste du monde.
Bref, j'ai accepté de ne pas pouvoir expliquer ce lymphome. C'est d'ailleurs ce que n'a eu de cesse de me rabacher mon très professionnel et sympathique jeune cancérologue d'alors, David Sibon, de l'hôpital Saint Louis (que je salue au passage si jamais il me lit) : il ne faut pas culpabiliser ou chercher absolument une explication. C'est un phénomène multifactoriel tellement aléatoire que c'est la faute à pas de chance. Mais je m'en fous moi de la chance, qui est tout sauf un concept scientifique. Aujourd'hui cette étude et les conclusions que semblent en tirer les scientifiques suivis par les journalistes me révoltent. Si je ne peux pas expliquer totalement mon ancienne maladie, tout comme les scientifiques ne peuvent pas expliquer clairement ces mutations génétiques à l'origine de tous ces cancers, en revanche je peux, et nous pouvons en tirer collectivement des leçons. Et c'est bien ce que personnellement j'essaye de faire depuis huit ans.
Il y a 350 000 nouveaux cas de cancers détectés chaque année en France et leur nombre ne cesse d’augmenter. A ce jour, le cancer constitue l’une des premières causes de mortalité dans notre pays. Alimentation manufacturée trop grasse, trop sucrée, trop salée, trop carnée, utilisation intensive de pesticides et de perturbateurs endocriniens, pollution de l’air dans les grandes villes, de la terre et de l'eau dans les campagnes, stress et pressurisation des salariés, dépressions, isolement, etc. Autant de facteurs qui pèsent collectivement sur notre santé. Et l'explosion du nombre de malades ne serait pas liée à la dégradation de notre environnement et de nos conditions de vie mais à la chance ?
De récents rapports de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et de l’Inserm sont édifiants. Ces deux organismes ont constaté que les modifications de l’environnement sont clairement responsables de l’augmentation du nombre de cas de certains cancers. Les agriculteurs sont en première ligne. A force d’utiliser des pesticides, on constate chez eux une proportion anormalement élevée de cas de cancers.
Alors pour en revenir à cette étude, juste quelques questions : est-ce que la statistique est réellement une science exacte ou un fait empirique du moment susceptible d'être confirmé comme infirmé dans un avenir proche ? Est-ce que penser un corps humain et son usine gigantesque et ultra-complexe de gènes de façon individuelle et totalement détachée de son environnement n'est pas une totale aberration ? Et si ces mutations génétiques aléatoires étaient une réaction de la nature elle-même à l'espèce humaine et à ses actuels débordements (destruction de la biodiversité, déforestation, déréglement climatique, pollutions multiples, etc.) ? Et si nous partions du postulat, comme James Lovelock, que l'hypothèse Gaïa est une réalité, et donc que la terre est un gigantesque organisme vivant ? Les plus de sept milliards d'êtres humains n'en sont qu'une des composantes et ils n'ont donc pas le droit, partant de ce postulat, de zoocider par exemple chaque année 60 milliards d'animaux terrestres et 1000 milliards d'animaux marins pour leur alimentation dans des conditions totalement immorales. Ils n'ont pas le droit plus largement de détruire leur environnement parce qu'ils scient la branche sur laquelle ils sont assis et se comportent collectivement comme des cellules cancéreuses à l'égard de notre planète toute entière. Et si les mutations génétiques en cours chez l'homme qui seraient donc responsables de l'explosion de cancers avaient une causalité beaucoup plus profonde que ce qu'est capable de percevoir la science actuelle ? Car nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements en matière de génétique (lire par exemple visiblement le serpent cosmique, l'ADN et les origines du savoir de Jeremy Narby). Si tous les êtres sont, comme la science semble nous l'indiquer, en interaction permanente sur notre planète, comment ne pas croire que, comme le disait Gandhi « Ce que nous faisons aux forêts dans le monde n'est que le reflet de ce que nous faisons à nous-mêmes et aux autres. ». Soyons donc conséquencialistes en considérant que les maladies de l'espèce humaine peuvent être dues à un dysfonctionnement global de notre rapport à l'environnement. Si ce n'est pas encore scientifiquement prouvé, au moins ça préservera un peu les générations futures. Et comme disait l'autre, Rabelais, un Poitevin comme moi, « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».
Cette étude de Science peut donc sans doute déculpabiliser les anciens malades, et c'est très bien, mais certainement pas leur fournir une explication suffisante. Alors pas de « circulez y a rien à voir! » qui arrangerait tellement tous les gros pollueurs de la planète, industries argoalimentaires, de l'armement, pharmaceutiques, nucléaires, etc. Cessons de détruire les autres espèces et l'ensemble de la nature et ça ira mieux pour nous, c'est pourtant pas compliqué à comprendre, science ou pas science. En ce qui me concerne, la leçon que je tire, de cette étude comme de mon lymphone, c'est qu'en 2015, je vais essayer d'être un type bien1, ça peut pas faire de mal. Bonne année, avec ou sans cancer.
1C'est à dire qui n'exploite pas son prochain et les autres espèces, en évitant de les manger par exemple, qui pollue le moins possible, qui ne passe pas sa vie à essayer de la gagner, qui essaye de donner plus que ce qu'il prend ou achète, etc.