Les hommes ont tout à gagner à sortir d’un monde patriarcal

Le 14 juin dernier, à l'occasion de la grève des femmes qui s'est déroulée en Suisse et fut un grand succès populaire, avec trois ami.e.s engagé.e.s non seulement dans cette grève mais également dans la campagne Jai Jagat, nous avions publié la tribune ci-dessous dans le journal Le Temps.

A lire dans le Temps du 14 juin 2019 :  https://www.letemps.ch/opinions/hommes-ont-gagner-sortir-dun-monde-patriarcal

Tribune publié dans Le Temps le 14 juin 2019 Tribune publié dans Le Temps le 14 juin 2019

« L’égalité partout, tout de suite et pour toujours ! » : ce slogan de la grève des femmes et féministe fait écho à la grande mobilisation mondiale pour la Paix et la Justice globale, la marche Jai Jagat 2020 qui, partant de Delhi le 2 octobre prochain, arrivera à Genève en septembre 2020.

La grève pour « l’égalité, le respect et la solidarité » du 14 juin prochain, dans toute la Suisse, veut rappeler à toutes et tous que, loin d’être gagné, le combat pour l’égalité femmes/hommes est plus que jamais d’actualité. Certes, l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo ont permis ces derniers mois de libérer la parole, mais ils ont surtout démontré que nous vivons toujours dans un monde patriarcal, qui continue de formater les esprits et les conduites des hommes et des femmes. Bien entendu, les luttes pour l’égalité salariale ou contre le harcèlement dans les entreprises ne revêtent pas la même gravité par exemple que la lutte contre les infanticides de filles en Inde ou contre les viols collectifs utilisés comme armes de guerre en République démocratique du Congo.

Néanmoins, elles signifient également que la domination des hommes sur les femmes continue d’être une réalité partout sur la planète, et l’ensemble des violences qu’elle engendre, physiques comme symboliques, sont toutes inacceptables. Sans compter que les idéologies autoritaires, caractérisées par un culte de la virilité et du masculinisme, ont le vent en poupe ces derniers temps, des Etats-Unis de Trump au Brésil de Bolsonaro, de la Hongrie d’Orban à la Pologne de Duda. Et leurs premières victimes sont toujours les mêmes : les étrangers, les LGBT, et en première ligne les femmes. L’avortement est encore interdit ou limité dans plus des deux tiers des Etats de la planète et même au sein de l’Union européenne, il reste interdit à Malte et a été restreint en Pologne ces dernières années. En France, François-Xavier Bellamy, actuelle tête de liste de la droite aux élections européennes du 26 mai prochain, s’est prononcé contre l’avortement, sans que cela le disqualifie d’emblée. Les quelques avancées gagnées de haute lutte depuis les années 70 restent extrêmement fragiles et le féminisme est donc un combat plus que jamais d’actualité.

La lutte des femmes, par les femmes et pour les femmes est primordiale, et chacune, chacun doit y apporter son engagement solidaire. Mais les hommes sont également pleinement concernés, ayant tout à gagner à sortir d’un monde globalement patriarcal, qui les réduit à leur masculinité. Un monde dans lequel les schémas dominants les enjoignent à adopter en permanence des comportements virils, souvent violents et en contradiction avec le désir profond de beaucoup d’hommes d’exprimer davantage leur part sensible, plutôt que de reproduire des stéréotypes aliénants. Ainsi le féminisme est porteur de libération et d’émancipation du genre humain face au patriarcat, stéréotype du pouvoir hiérarchique. La grève du 14 juin prochain en Suisse est en cela une étape extrêmement utile et nécessaire à toutes et tous.

Le Collectif mixte « Transition post-patriarcat » tout juste créé vise à déconstruire toutes ces catégories mentales qui reproduisent le système patriarcal. Il est né au sein du groupe genevois des Jeudis de la paix, soutien à la campagne Jai Jagat 2020 : lancée depuis l’Inde par le mouvement non-violent Ekta Parishad, il s’agit d’une grande marche qui partira de Delhi le 2 octobre 2019, jour du 150e anniversaire du Mahatma Gandhi, pour rejoindre Genève un an plus tard afin de porter la voix et faire valoir les droits de la petite paysannerie indienne sans terres, et, au-delà, d’une majorité d’opprimé.e.s à travers le Globe. En Inde, Ekta Parishad lutte quotidiennement dans des milliers de villages pour donner la parole aux femmes et les émanciper des violences et traditions ancestrales de la domination masculine. Leur dernière marche sur Delhi, en octobre 2018, était en ce sens exemplaire, avec une majorité de marcheuses.

A l’arrivée de la marche pour la Justice et la Paix à Genève le 26 septembre 2020, quatre jours de débats intenses et d’évènements multiculturels prendront place pour inventer un autre modèle, « un monde qui marche », un monde non-violent dans lequel la coopération prendrait enfin le pas sur la compétition et la domination, un monde forcément post patriarcal.

Pour le collectif Transition post-patriarcat des Jeudis de la Paix : Arielle Denis, Benjamin Joyeux, Esther Um et Jean Rossiaud

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