La chasse tue des hommes et des femmes, et le gouvernement laisse faire

Tribune publiée le 29 octobre dernier sur le Huffington Post, le jour même où le ministre de la transition écologique François de Rugy recevait la Fédération nationale des chasseurs. Texte pour réclamer la fin de la chasse, toujours d'actualité. Par Benjamin Joyeux et Jean-Marc Lahaye, membres du bureau du REV (Rassemblement des Ecologistes pour le Vivant):

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Lors de la dernière saison de la chasse, entre le 1er juin 2017 et le 31 mai 2018, le nombre d'accidents s'élevait à 113 (la France peut se targuer de détenir le record européen), soit le "chiffre historiquement le plus bas jamais observé"depuis la fin des années 90, d'après la propagande officielle de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Treize personnes sont décédées (contre 18 la saison précédente) lors de ces accidents, treize êtres humains dont les familles seront ravies d'apprendre que, d'après les statistiques des chasseurs, leur mort était quantité négligeable. Et la nouvelle saison 2018-2019 semble ne pas être en reste: une fillette de 10 ans grièvement blessée le 16 septembre dernier à Limoges (une balle dans le thorax), un homme d'une cinquantaine d'années retrouvé mort dans l'Yonne le 23 septembre, un cycliste britannique de 34 ans tué par un chasseur alors qu'il se promenait le 13 octobre, etc.

Chaque semaine, de nouveaux "accidents de chasse" viennent égrainer les pages de nos quotidiens régionaux, selon une comptabilité morbide que l'on devrait accepter sans broncher. Mais attention, les pouvoirs publics réagissent et prennent leurs responsabilités, tremblez chasseurs! Notre nouveau ministre de la transition écologique François de Rugy recevait ce lundi la Fédération nationale des chasseurs pour lui demander des "engagements pour renforcer la sécurité", refusant toutefois d'interdire la chasse tout ou partie du weekend, comme le demandent pourtant quelque 300.000 personnes dans une pétition. Non, les chasseurs sont "conviés" à venir eux-mêmes proposer leurs solutions pour améliorer la situation, un peu comme si on demandait à des chauffards ayant tué des gens sur la route de présenter au ministre des transports leurs solutions pour améliorer la sécurité routière. Après que le président Emmanuel Macron a récemment accordé aux chasseurs la division par deux du prix de leur permis de tuer, ceux-ci ne pourront pas dire qu'ils ne sont pas écoutés.

Pourtant, d'après une récente étude lancée par l'Ipsos et l'association One Voice, les Français rejettent massivement la chasse (seuls 19% y sont encore favorables). Pour 84% d'entre eux, il s'agit d'une pratique "dangereuse", "cruelle pour les animaux" et "d'un autre âge". Face à ce rejet massif, en augmentation constante année après année, et suite à tous ces "accidents", il est grand temps de faire prévaloir l'intérêt général sur celui du lobby de la chasse. Certes, face à la crise écologique globale et la disparition accélérée de l'ensemble des espèces, face aux chiffres de l'industrie de l'élevage qui massacre plus de 65 milliards d'animaux terrestres chaque année pour notre alimentation, principal facteur d'émission de gaz à effet de serre, l'enjeu de la chasse avec ses 40 millions d'animaux tués chaque année en France (hors les espèces comme le renard ou le blaireau dont la chasse n'est pas réglementée et ne fait pas l'objet d'un décompte) peut apparaître anecdotique. Il est pourtant fondamental et hautement symbolique à plus d'un titre.

Si nous voulons avoir une chance de nous en sortir face à l'effondrement en cours, il faut totalement revoir notre rapport à la nature et sortir de l'anthropocentrisme qui nous aveugle depuis si longtemps. Il faut apprendre à bien mieux respecter le vivant, en commençant par donner l'exemple, en particulier pour nos enfants. Or la chasse va totalement à l'encontre de cette urgente nécessité. Les chasseurs "premiers écologistes de France"? Même Georges Orwell n'aurait pas osé. Car les chasseurs français continuent de tuer des espèces d'oiseaux classées sur la liste rouge de l'UICN. Alors que plus d'un quart des animaux tués proviennent d'élevages et qu'une grande partie de ses animaux élevés par la main de l'homme se retrouvent en pleine nature. Que dire aussi de l'impact écologique des 10.000 tonnes de plomb déversées chaque année en France (d'après l'ECHA, l'agence européenne des produits chimiques)? Que dire encore du Ch'ti Fox day ou chaque année en février des hommes vont traquer jusque dans les terriers des renards avec leurs petits et les tuer à coup de pelle devant femmes et enfants pour simplement réduire l'incidence des prédateurs sur le petit gibier? Prendre sciemment une arme à feu et courir les campagnes pour tirer sur des êtres vivants n'est pas un "loisir", une "pratique", un "sport comme un autre", c'est un meurtre. C'est une culture de tolérance aux armes et à la violence en effet "d'un autre âge", indigne du 21siècle que nous souhaitons pour nous-mêmes et les jeunes générations. Une habitude barbare, comme la guerre, l'esclavage, et toutes les activités violentes que l'homme a exercées tout au long de l'histoire jusqu'à ce que certains réussissent à les interdire au nom du progrès civilisationnel et d'une plus belle idée de la conscience humaine.

Alors cessons de tergiverser, et n'écoutons plus les accros à la violence: abolissons la chasse une bonne fois pour toute, et pas seulement le dimanche!

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