J’aurais voulu entendre…

A nouveau tous confinés, et pour au moins plusieurs semaines, j’aurais voulu entendre une autre partition contenant quelques notes d’espoir et une vision pour l’avenir, une partition qui sonne enfin juste :

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J’aurais d’abord voulu entendre que ce virus n’était pas une fatalité, n’était pas le fruit du hasard et de la "faute à pas de chance", mais bien un symptôme limpide de notre civilisation malade.

J’aurais voulu entendre que ce virus était né sur un marché aux animaux sauvages et s’était transmis à l’homme parce que celui-ci détruisait sans relâche et de façon accélérée depuis plusieurs décennies les conditions d’habitabilité de toutes les autres espèces de notre planète.

J’aurais voulu entendre qu’en massacrant l’ensemble des autres espèces et en annihilant leurs zones de vie pour se nourrir, se loger et surtout gagner toujours plus d’argent, l’être humain était responsable de sa propre servitude, illustrée désormais par son enfermement généralisé. 

J’aurais voulu entendre que parmi ces êtres humains, si tout le monde était « responsable », seule une poignée était réellement coupable, politiques, financiers, agro-industriels, lobbyistes, toutes celles et ceux qui profitent du massacre et de l’exploitation généralisés des mondes animal et végétal pour faire du pouvoir et de l’argent sur l’autel du vivant.

J’aurais voulu entendre que ce qui constituait « l’essentiel » n’était certainement pas le travail, les entreprises et les grandes surfaces (et les écoles dans la seule optique de décharger les parents du poids de leurs enfants pour les laisser l’offrir au capital) mais la culture, l’éducation et les relations, tout ce qui est facteur de cohésion sociale en ces temps troublés où la violence sous toutes ses formes ne cesse d’augmenter.

J’aurais voulu entendre que les cinémas indépendants, les petits commerces, les bars, les librairies, les marchés ouverts, les tiers lieux, tous les endroits qui brassent la qualité bien plus que la quantité et s’inscrivent clairement sur un bassin de vie donné resteraient ouverts « quoi qu’il en coûte », et que seraient fermés les abattoirs et élevages industriels, les grandes enseignes, les industries polluantes, les zones commerciales, tout ce qui brasse tous ces gens et cet argent de façon hors-sol, autant de cibles potentielles pour le Covid 19.

J’aurais voulu entendre qu’à maintenir ce mode de vie actuel basé sur la croissance et le gaspillage infinis sur une planète aux ressources finies, nous préparions l’arrivée de dizaines d’autres coronavirus dans un avenir proche, autant d’épées de Damoclès au-dessus de la nuque de nos enfants qui ne nous en demandaient pas tant.

J’aurais voulu entendre qu’il n’y avait donc pas de vaccin ou toute autre solution techniciste miraculeuse à attendre en se contentant de se confiner provisoirement jusqu’au printemps, abandonnant au passage ce qui constitue une des plus belles parts de notre humanité, embrasser nos voisins et nos proches.

J’aurais voulu entendre qu’il fallait tout de suite, là, maintenant, envisager une révolution drastique de notre manière d’être et de vivre aux autres et au monde, commençant par la végétalisation et la relocalisation drastique de notre alimentation, le meilleur outil de prévention tant pour notre santé que pour notre environnement, qui sont interdépendants comme cette pandémie le démontre clairement.

J’aurais voulu entendre que le meilleur des vaccins serait de laisser les autres espèces tout simplement vivre pour pouvoir nous-mêmes connaître à nouveau le printemps, et qu’il y avait déjà plein de solutions pour cela, basées sur le bio, le végétal, le localisme, la permaculture, l’agroforesterie ... bref le respect du vivant.

J’aurais voulu entendre tout cela, et tant d’autres choses encore, et je ne suis certainement pas le seul.

Mais ce qui est rassurant, c’est que cette partition qui sonne tellement plus juste existe déjà depuis longtemps. Elle est interprétée un peu partout sur les territoires par de plus en plus de gens qui, confinés ou non, n’abandonneront pas leurs instruments d’un monde plus résilient. 

Alors si nous commencions déjà par éteindre nos écrans pour leur prêter l’oreille et changer nous-mêmes sans attendre le printemps ?

 

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