Algérie, des chrétiens sur la sellette

L’ancien président de l’église protestante d’Algérie, Hugh Johnson, a quitté le 26 mars l’Algérie après le rejet par le Conseil d’Etat d’un référé contre son expulsion.Le pasteur Johnson, 74 ans, avait été invité le 25 février à quitter le pays dans un délai de quinze jours pour des raisons qui ne lui avaient pas été communiquées. Il résidait depuis 45 ans en Algérie où il avait pris sa retraite en 2006.

L’ancien président de l’église protestante d’Algérie, Hugh Johnson, a quitté le 26 mars l’Algérie après le rejet par le Conseil d’Etat d’un référé contre son expulsion.Le pasteur Johnson, 74 ans, avait été invité le 25 février à quitter le pays dans un délai de quinze jours pour des raisons qui ne lui avaient pas été communiquées. Il résidait depuis 45 ans en Algérie où il avait pris sa retraite en 2006. Son titre de séjour avait expiré en mai 2007, mais n’avait pas été renouvelé par les autorités, qui lui avaient cependant accordé plusieurs prolongations de trois mois. La dernière en date expirait en mai 2008. La décision des autorités d'expulser le pasteur Johnson intervient dans le sillage d'une polémique entre des responsables religieux musulmans et des dignitaires évangéliques accusés de prosélytisme.

 

La polémique est allée crescendo après la radiation de deux instituteurs algériens de confession chrétienne et la condamnation, fin janvier 2008, à un an de prison avec sursis d’un prêtre catholique français d'Oran, Pierre Wallez, pour avoir animé un culte auprès de migrants clandestins camerounais, une action assimilée à du prosélytisme. Le pasteur Johnson a affirmé à l'AFP, avant son départ d’Algérie, qu’il n'avait « jamais participé à une quelconque activité d'évangélisation » dans le pays.
Les évêques d’Algérie et l'archevêque Henri Tessier, étaient intervenus après du ministre des Affaires religieuses Bouabdallah Ghlamallah pour réclamer l'annulation de la décision d’expulsion.
Une centaine de journalistes et intellectuels algériens avaient signé le 17 mars « un appel à la tolérance et pour le respect des libertés (...) en faveur des chrétiens harcelés pour délit de prière », réaffirmant « leur attachement à la liberté d’expression, au pluralisme syndical et à la liberté de conscience, synonyme du droit de chacun de pratiquer la religion de son choix, ou de ne pas pratiquer », appelant « à la tolérance et au respect des libertés et de la diversité, valeurs cardinales de toute société démocratique ».

 

Cet appel a été publié par l'un des principaux quotidiens francophones algériens El Watan. Dans d’autres journaux, dont la plupart sont francophones, on s’interroge sur le sens de cette campagne. L’éditorialiste du quotidien Liberté, M Hammouche, écrit le 25 mars: « On se doit de méditer ce qui a amené un musulman à renier sa foi: le statut de la violence dans le discours de l’islam ordinaire et académique. Le refus de débat et de réforme –dû d’abord au conservatisme politique-, est probablement à la source de la dérive meurtrière qu’on observe dans tant de pays musulmans. Et des remises en question de leur foi par certains musulmans ».

 

Dans son éditorial du 25 mars Le Quotidien d’Oran note : du« Est-il vrai qu’il s’agit d’un véritable phénomène ? Non, mais cela occupe un peu les esprits. C’est connu : l’Algérie ne peut pas fonctionner sans un ennemi ou un colon. Qu’il soit romain, prêtre ou protestant, le colon est nécessaire comme moteur de l’histoire indigène. D’où la chasse aux Chrétiens aujourd’hui. En Algérie, cette chasse s’accompagne de sa dérive infantiliste inévitable. Chaque matin, 2 ou 3 journaux arabophones ont investi le créneau de la contre-croisade populiste, vous rendent compte de la saisie d’un lot de protège-cahiers avec le dessin de la croix dessus, de la protestation des habitants d’une commune contre l’érection d’un poteau sous la forme d’une croix, refus de quelques pharmaciens d’utiliser des stylos parce que l’un des bouts a été fabriqué selon le dessin d’une croix (le logo du labo en vérité)…Il s’en faut de peu pour qu’ils interdisent la vente des croissants dans les boulangeries, pour des raisons idéologiques liées au siège raté de Vienne par les Ottomans ».

 

Mais les appels, les articles de protestations ou d’interrogation n’ont pas empêché la poursuite des interdictions. Les autorités ont suspendu la semaine dernière treize temples et lieux de prière et demandé aux responsables de ces lieux de culte d’attendre de recevoir un « certificat de conformité » avant de reprendre leur activité. La suspension a été décidée dans le cadre de la nouvelle loi de février 2006 exigeant une autorisation préfectorale pour l’exercice du culte des non-musulmans.

 

L’exercice du culte non-musulman est reconnu par la Constitution algérienne, qui reconnaît également la liberté de conscience. Sur 33 millions d’habitants, les chrétiens d’Algérie représentent quelque 11.000 personnes, toutes obédiences confondues, selon le ministère des Affaires religieuses. Ils sont en majorité catholiques.

Mais selon un pasteur évangéliste de Kabylie, Mustapha Krim,l’Eglise évangéliste, récemment implantée dans le pays, compterait plusieurs dizaines de milliers d’adeptes dont 10.000 pratiquants réguliers, regroupés dans 33 communautés. La bataille pour la diversité culturelle, religieuse et le pluralisme politique est, comme on le sait, essentielle dans les pays musulmans ; et cette action est menée courageusement par les intellectuels ou les associations de droit de l’homme, de l’autre côté de la méditerranée.

 

Mais il existe aussi d’autres enjeux, dissimulés, dans cette bataille, avec des courses de pouvoir en perspective d’élections présidentielles, où chaque clan tente de se positionner par la surenchère nationaliste et religieuse. Et, comme souvent, ce sont les minorité qui se retrouvent mis le banc des accusés. Les semaines à venir nous diront le sens de ces harcèlements.

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