La mort de mon ami, Bruno Etienne

Je viens d’apprendre le décès de mon ami Bruno Etienne, des suites d'un cancer, et suis bouleversé. Il avait 71 ans. Bien sûr, je savais son état depuis des mois, mais l’annonce de la nouvelle m’a profondément choqué, peiné, chagriné. Jamais, je n’aurais pu croire qu’un homme d’une telle force ait pu partir ainsi, si vite Bruno était d’un courage exceptionnel, entier dans ses engagements sur l’Irak et la Palestine par exemple, lucide sur la nature des régimes arabes, à l’écart des faux démocrates dans la cruelle guerre civile algérienne des années 90. J’étais avec lui, suivant ses pas, le sollicitant pour comprendre. Jusqu’au lointain Vietnam où je vivais avec ma famille après 1995, nous sommes restés en contact, nous écrivant de longues lettres. Encore l’an dernier, il m’envoyait son article pour le livre sur l’histoire de l’immigration en France, s’attaquant aux stéréotypes, cherchant à décrypter les mécanismes de fabrication de l’oubli à propos des immigrés coloniaux. Toujours là, sur la brèche, insatiable de savoirs, de polémiques, de batailles intellectuelles. Je garde près de moi son grand livre, sa biographie de l’Emir Abdelkader, modèle d’intelligence et d’érudition. Il me manque, il nous manque déjà dans ce paysage intellectuel désolant de conformisme. Benjamin.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.