Remise d'archives en Tunisie

Le 5 juillet 2003, lors de sa visite officielle en Tunisie, le président de la République française, François Hollande, a remis à la veuve et au fils de Fahhat Hached, leader du synicat UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens), l'ensemble des archives de l'Etat à propos de l'assassinat le 5 décembre 1952 du responsable syndical (voir images de la remise en vidéo).

Remise des archives de l'Etat français à propos de Farhat Hached © Benjamin Bstora
Le 5 juillet 2003, lors de sa visite officielle en Tunisie, le président de la République française, François Hollande, a remis à la veuve et au fils de Fahhat Hached, leader du synicat UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens), l'ensemble des archives de l'Etat à propos de l'assassinat le 5 décembre 1952 du responsable syndical (voir images de la remise en vidéo). Ce geste a été salué par l'ensemble de la classe politique et les intellectuels tunisiens. Le travail sur ces archives va permettre de lever le voile sur les pratiques de certains services de l'Etat contre des militants politiques et syndicaux au Maghreb, avant les indépendances.

Qui est Farhat Hached ?

 Le 5 décembre 1952, alors que la question tunisienne est débattue au sein des Nations Unies, Farhat Hached, le Secrétaire général de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) tombe dans une embuscade alors qu’il roule sur la route de Radès. L’assassinat est l'oeuvre de la « Main Rouge », organisation terroriste composée d'Européens qui ont décidé d’opposer la violence au mouvement nationaliste tunisien. Cet attentat intervient alors que la Tunisie est secoué par un mouvement de protestation de grande ampleur face à l’immobilisme de la Résidence générale et à l’absence de toute perspective en matière de réformes politiques. C'est aussi l’époque des « fellaghas », ce mouvement d’essence rurale, qui décide de s’attaquer par les armes à la présence française. Dans les villes, le terrorisme frappe tous les jours.

Mais avec la disparition de Farhat Hached, le mouvement nationaliste subit un coup rude. L’homme est celui qui a créé l'UGTT et en a fait une force aussi influente que le Néo-Destour (parti nationaliste) de Habib Bourguiba. Originaire des îles de Kerkenah, ce militant de la première heure a su préserver l'autonomie de la centrale syndicale face aux appétits hégémoniques du Néo-Destour. Mieux encore, parce qu'il a réussi à convaincre ses militants de la nécessité d’une adhésion de l'UGTT à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et qu'il est profondément méfiant à l'égard du Parti communiste tunisien, il est aussi l’interlocuteur du gouvernement américain et dispose de solides relais à Washington. Son aura est aussi importante que celle de Bourguiba, sinon plus.

Son exécution n’est donc pas un hasard. Elle a été longuement préparée par la « Main Rouge ». Jean de Hautcloque, le Résident général, en sera même informé par ses organisateurs. Il ne prendra aucune mesure de protection particulière pour faire protéger le leader syndical ou l’avertir du danger qui le guette. Lorsque l’attentat aura lieu, il ne sanctionnera pas ses services de police. Pourtant, il est de notoriété publique que la « Main Rouge » est formée en grande partie de policiers européens. L’assassinat de Farhat Hached restera donc à jamais impuni et selon l’historien Charles-André Julien, « Hautcloque a lui même donné son feu vert à l'opération ».

Quelques jours après la mort de Farhat Hached, son successeur à la tête de l'UGTT, le nationaliste et hommes de lettres Mahmoud Messadi seront, lui et son épouse, arrêtés par ordre du Résident général. Moins d’un an plus tard, c’est au tour de Hédi Chaker, membre du Comité directeur du Néo-Destour, d'être abattu chez lui par la Main Rouge le 12 septembre 1953.

La mort de Farhat Hached va avoir un impact important dans le monde arabe, à commencer par le Maroc où l’annonce de sa disparition va provoquer d’importantes émeutes à Casablanca.

(texte de la biographie in Les 100 portes du Maghreb, de Benjamin Stora et Akram Elyas, Paris, Ed de l’Atelier, 1999, pages 177-178.

 

 

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