Réponse à des articles


Pour information, ci-après le texte de l’écrivaine algérienne Malik Mokeddem paru hier dans Le Soir d’Algérie à propos d’articles  contre mes travaux publiés ces temps derniers dans la presse algérienne,
Amitiés à tous,
Benjamin Stora.

Halte aux diffamations à l’encontre de Benjamin Stora ! <http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2012/07/19/article.php?sid=136896&amp;cid=16>

   La calomnie en dit long sur ceux qui la pratiquent. J’ai lu les articles venimeux visant Benjamin Stora des journaux l’Expression et Liberté mais c’est le papier paru dans Le Soir d’Algérie qui remporte le pompon avec son tombereau de haine et d’amalgames.
 Ceux qui comme Benjamin Stora possèdent non seulement un talent mais aussi ce feu sacré, qui nourrit l’œuvre et la déploie toute une vie, se voient souvent accusés de surfer sur la vague, de tenir le bon filon, un fonds de commerce… Autant de clichés édictés par l’aigreur et la jalousie des médiocres. Et voilà que ceux-ci érigent l’antisémitisme en argument Cette infamie jette un discrédit définitif sur eux-mêmes et réduit leurs propos à des éructations racistes. Car il est bien là le racisme. Quelle personne sensée songerait à en soupçonner Benjamin Stora ? Il s’est toujours employé combattre toutes formes de discriminations quoi qu’il lui en coûte. Combien de fois ai-je vu cet historien courageux affronter des amphithéâtres bondés où les commandos des ultras de l’Algérie française venaient spécialement pour en découdre avec lui ? Loin de se laisser démonter par leurs vociférations, il leur assénait les vérités têtues de l’histoire. N’est-il pas souvent menacé de mort sur les sites fascistes tel «Français de souche» ? N’est-il pas vilipendé par Robert Ménard dans «Vive l’Algérie française» et détesté des historiens pro-coloniaux ? Ne vient-il pas de se voir retirer la direction de l’exposition sur Camus à Aixen- Provence par une mairie de droite «extrême» ? Je pourrais continuer longtemps sur ce registre. Si Benjamin Stora s’est trouvé à l’avant-scène des commémorations de l’indépendance de l’Algérie, c’est que son travail fait autorité ! Près de 40 ans de recherches et d’analyses durant lesquels il a été novateur, instigateur. Des temps où les sujets sur l’Algérie ne faisaient aucune recette. Pendant les «trente glorieuses», la France avait besoin d’oublier l’Algérie et les drames et de se tourner vers la consommation effrénée et le bien-vivre. Benjamin Stora, Jacques Berque et une petite poignée d’autres faisaient figure d’éveilleurs de conscience. Et pourquoi en fait-il autant ? Et pourquoi lui ? se demande l’obscur écrivain qui, dans les pages du Soir d’Algérie, se pose en censeur. Mais parce que Stora est passionné par l’histoire et que cette histoire-là est aussi la sienne, n’en déplaise aux esprits bornés ! Dès les années 70, Stora inaugure les études sur le nationalisme algérien avec son acolyte, Mohammed Harbi : biographie de Messali Hadj, de Ferhat Abbas. Dictionnaire de six cents acteurs de cette guerre patiemment rédigé en recoupant les différentes sources : archives policières déposées à Aix-en-Provence, journaux de l’époque, entretien avec les militants…. Et pas seulement «les fiches de la DST coloniale » comme l’insinue un sinistre individu ! Dans La gangrène et l’oublipublié en 1991, l’historien investit, le premier, le champ de la mémoire. En 1991 également, le documentaire «Les années algériennes» nous fait découvrir «les crevettes Bigeard» lors de l’entretien avec Paul Teitgen. Stora s’est entretenu avec presque tous les grands noms de la révolution algérienne et en a rendu compte d’une façon ou d’une autre. Souvenez-vous des villages arrosés de napalm dans La déchirure-projetés pour la première fois sur les écrans des télévisions françaises…. J’avais été particulièrement émue par la lecture de Les trois exils / Juifs d’Algérie où, sans se départir de son objectivité, Stora relate son histoire familiale avec une pudeur qui donne toute son acuité à la mise en abîme. Benjamin Stora garde l’Algérie au cœur et rien de ce qui se produit autour de ce pays n’échappe à sa sagacité. Il est boulimique de la vie, du travail et son œuvre, forcément riche, peut agacer les frustrés. Pour autant doit-on les laisser l’injurier, le dénigrer et tenter de saper son travail ? J’ose espérer que d’autres voix s’élèveront de l’intérieur du pays pour protester contre ce lynchage ! «Votre serviteur», c’est ainsi que se désigne l’homme qui a déversé sa bile contre Stora sur les pages du journal Le Soir d’Algérie. Il finit sa logorrhée — un encombrement verbeux digne des pachydermes du régime soviétique — en s’enorgueillissant d’avoir fait avorter, auprès de Lamine Zeroual, le projet d’un film de Stora durant les années 90. Conclusion édifiante, en effet, sur le rôle des valets des généraux dont la principale mission est de nuire et d’agonir d’ignominies tous ceux qui leur semblent sortir du lot. C’est là toute la différence avec les esprits d’une autre trempe qui bousculent les conventions, les interdits, les frontières pour aller de l’avant.
Malika Mokeddem

L’Expression, 13 mars 2012
Liberté, 24 mars 2012
Le Soir d’Algérie, 4 juillet 2012

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