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Billet de blog 21 nov. 2008

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Emile Temime, historien des migrations et du monde méditerranéen.

Emile Temime est mort cette semaine à Marseille, la ville qu'il aimait tant à l'âge de 82 ans. Il était atteint d'un cancer. Cet historien infatigable avait défriché, éclairé plusieurs champs d'histoire, à travers des centaines d'articles, et plusieurs ouvrages, rédigés en plus de cinquante années de vie universitaire.

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Emile Temime est mort cette semaine à Marseille, la ville qu'il aimait tant à l'âge de 82 ans. Il était atteint d'un cancer. Cet historien infatigable avait défriché, éclairé plusieurs champs d'histoire, à travers des centaines d'articles, et plusieurs ouvrages, rédigés en plus de cinquante années de vie universitaire. Historien, spécialiste du monde méditerranéen, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'université de Provence, directeur du groupe d'histoire des migrations à l'École des hautes études en sciences sociales, Emile Temime était également spécialiste de l'histoire espagnole contemporaine. Il avait, avec Pierre Broué, écrit en 1961 un livre considérable sur la guerre et la révolution en Espagne. Mais c'est surtout l'histoire de Marseille qui avait mobilisé toute son attention. Puis l'histoire des migrations internationales, plus particulièrement dans le monde méditerranéen. Emile Temime a ainsi publié de très nombreux livres sur le thème des flux migratoires, notamment Les camps sur la plage. Un exil espagnol (Autrement, 1995) avec Geneviève Dreyfus-Armand, Marseille-transit. Les passagers de Belsunce (Autrement, 1995), Migrance, Histoire des migrations à Marseille (Édisud, 1989-1991) 4 vol., avec la collaboration des membres du Groupe d'Histoire des MigrationsJ'ai travaillé avec Emile Temime pour le livre Immigrances, Histoire des migrations en France au XXe siècle, qui a été publié en 2006 aux éditions Hachette. Livre que nous avons dirigé ensemble et qui a été l'occasion pour moi de mieux le connaitre. Emile Temime était d'une immense gentillesse, d'une grande disponibilité, malgré sa maladie. Il aimait la précision des faits, le travail dans les archives, mais aussi la mémoire qui donne de la valeur et de la profondeur aux choses de la vie, de la création. Il était aussi un historien engagé. Voici ce qu'il a écrit en introduction de l'ouvrage Immigrances : « Beaucoup "d'illégaux", de soi-disant clandestins, sont parfaitement tolérés par les autorités françaises, parce qu'ils constituent une main-d'œuvre abondante et "bon marché", dont on parle peu, mais qu'on utilise surabondamment, y compris sur les chantiers publics. Ce n'est d'ailleurs pas un phénomène particulier à la France. Par ailleurs, il ne faudrait pas limiter le phénomène migratoire à une immigration de la misère. Les déplacements de populations concernent aussi, et de plus en plus, des cadres et des techniciens embauchés pour un temps, mais qui peuvent rester dans leur pays d'adoption. On insiste lourdement sur le fait que des Français partent en plus grand nombre qu'avant dans les pays étrangers, et c'est vrai, comme il est vrai aussi que toutes les catégories sociales sont concernées par cette migration relativement récente. On ne souligne pas suffisamment l'importance des cadres étrangers établis en France, cadres commerciaux en particulier, qui expliquent qu'aujourd'hui la vieille migration italienne ait changé de nature, que le plus grand nombre d'immigrés officiellement accueillis en France soient, certaines années en tout cas, des Américains en provenance des Etats-Unis, et que l'utilisation de professionnels étrangers, dans les professions médicales notamment, soit de plus en plus importante, sans que leur compétence soit reconnue au même titre que celle de leurs collègues français. Il y a, on le voit, quelque hypocrisie, dans cette façon de gérer le problème de l'immigration. Mais ce n'est pas là un phénomène absolument nouveau. Et l'on sait bien que les décisions du politique n'ont de sens que si elles sont prises en conformité avec une réalité qui les dépasse ». Au moment de son décès, le journal La Marseillaise à écrit le 20 novembre 2008 :« Marseille perd une de ses mémoires mais l'œuvre considérable d'Emile Temime reste et demeurera un riche matériau pour ceux qui cherchent à comprendre « d'où nous venons et où nous allons ».

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