A propos du déclenchement de la guerre, et la haine qui traverse une société, vu par Stefan Zweig…..

 

« Cette houle se répandit si puissamment, si subitement sur l’humanité que, recouvrant la surface de son écume, elle arracha des ténèbres de l’inconscient, pour les tirer au jour, les tendances obscures, les instincts primitifs de la bête humaine, ce que Freud appelait, avec sa profondeur de vues, « le dégoût de la culture », le besoin de s’évader une bonne fois du monde bourgeois des lois et des paragraphes, et d’assouvir les instincts sanguinaires immémoriaux. Peut-être ces puissances obscures avaient-elles aussi leur part dans cette brutale ivresse où tout se mêlait, la joie du sacrifice et de l’alcool, le goût de l’aventure et la foi la plus pure, la vieille magie des drapeaux et des discours nationalistes- cette inquiétante ivresse de millions d’êtres, qu’on peut à peine peindre avec des mots, et qui donnait pour un instant au plus grand crime de notre époque, un élan sauvage et presque irrésistible. »

Stefan Zweig, Le Monde d’hier, les premiers jours de 1914, page 266 (ed Livre de poche). 

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