Aux voiles et à vas peur !

Nous, collectif de femmes de toutes confessions, avons souhaité réagir suite à la énième polémique sur le voile sur la toile ces derniers jours. Aspirant à ce que toutes les femmes, voilées ou non, cessent d'être suspectées de soumission et exclues du débat public, nous avons pris l'initiative de cette tribune pour proposer un autre son de cloche que celui de la peur des voiles.

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Par où commencer ? A l’échelle de notre univers et plus raisonnablement de notre planète, nous ne sommes pas grand-chose, presque personne. Cependant, nous sommes nées et vivons dans des pays où apparemment, d’après les infos, nous serions des citoyennes ayant des droits. Alors aujourd’hui, nous avons décidé d’utiliser un de ces droits que la loi nous ouvre et nous permet de saisir ou non : le droit de s’exprimer. Ce que nous appelons en France : la liberté d’opinion. Nous l’utilisons cette liberté ainsi que celle de la presse pour diffuser notre idée de la liberté de culte….

Aujourd’hui, 3 mars 2019, la France connaît une énième polémique sur le port du voile.  Cet obscur mélange entre laïcité et islamophobie a encore fait irruption dans les débats. A croire que la France se régale de ces « grands débats » sur des sujets directement inspirés de l’extrême droite. Rappelons les faits : la marque Décathlon a eu l’idée de commercialiser un hijab pour les joggeuses. Il semble que cette idée ait été abandonnée par le géant du sports français suite aux menaces et accusations reçues par les employées durant les dernières 24h.

Le hijab est un voile qui couvre les cheveux, le cou et les oreilles. Il ne voile en rien le visage situé entre les cheveux, le cou et les oreilles. La distinction est importante puisque la République avance à visage découvert. Le hijab ne vient donc en rien contredire cet adage et s’y fond même très bien.

 

Decathlon renonce à commercialiser en France son "hijab" de sport © euronews (en français)
 

Toujours est-il que certains y voient semble-t-il une pure folie. Une attaque en règle contre la République et sa sacro-sainte laïcité (que nul n’est censé ignorer mais qu’aucun ne semble pouvoir définir correctement), à croire que Décathlon, à savoir une marque de distribution française incarne désormais l’Etat ?  Tant et si bien que nos politiques et dirigeants se sont emparés d’un sujet aussi grave que celui-ci alors que pleuvent et s’enchaînent les relaxes et non lieux dans les affaires d’agressions sexuelles mettant en cause des politiques ou des producteurs de cinéma. A croire que les priorités politiques tiennent plus au nombre de retweets qu’au bien commun.

 Et nous voilà une fois de plus repartis dans un sempiternel débat sur le voile, l’un des plus stériles qui soit et ce, depuis son apparition en 1989 en pleine commémoration du bicentenaire de la République (quel affront !) alors que deux jeunes filles de Creil s’était rendues voilées au collège.

 Pendant 15 ans, le débat divise entre les défenseurs d’une liberté de culte inscrite dans la constitution et ceux qui considèrent que la laïcité implique la neutralité de la place publique et l’interdiction des signes religieux. En somme, le débat est idéologique et rend compte de la différence entre la gauche et la droite (une conception humaniste et rousseauiste pour la première et une conception utilitariste et hobbesienne pour la seconde) jusqu’à la circulaire de 2004 interdisant les signes ostentatoires religieux dans les établissements scolaires suite à une nouvelle polémique cette même année (concernant encore deux collégiennes, pas plus, juste deux) alors que la gauche est au pouvoir. Depuis, pas une année ne s’est écoulée sans que LA polémique ne s’invite dans le débat public.

 Vieille rengaine, régulièrement brandie comme étendard de la République, avec dans son sillon toutes les interprétations fallacieuses de la laïcité et notamment de la loi de 1905, le voile est devenu l’ennemi public numéro 1 tant à gauche qu’à droite comme le montrent les sorties régulières des membres du Printemps républicain.

Hijab Décathlon: "Un t-shirt avec une croix ou une kippa aurait fait rigoler tout le monde" © RMC
 

Chacune d’entre nous, avons observé ces débats avec plus ou moins d’intérêt, selon nos obédiences, nos âges, nos combats et nos expériences de vies. Nous sommes un groupe de femmes œcuménique, réunissant à la fois des athées, des agnostiques, des croyantes (musulmanes ou non, voilées ou non). Forcément, concernées à des niveaux différents, il n’en demeure pas moins que chacune d’entre nous a éprouvé de la gêne face à ces polémiques au fil du temps et leur récurrence.

 A force de tanguer, la nausée s’est muée en gerbe et force a été pour nous de nous rendre à l’évidence : le problème de fond n’est pas la religion, ni même la laïcité érigée en culte, mais bien une attaque en règle contre la liberté des femmes à disposer d’elles-mêmes. Cette fameuse liberté revendiquée légitimement depuis maintenant 50 ans mais qui demeure à géométrie variable (comme la laïcité étonnamment). A croire que la laïcité et la liberté des femmes aient été « hackées » par ceux qui sous couvert de la défendre renforcent les amalgames et les divisions.  

Fatima Khemilat : féminisme, décolonisation et sexualité © Alohanews
 

Le port du voile relève de l’initiative personnelle. C’est légal en ceci que la loi prévoit la liberté de culte (dans l’esprit de la loi 1905 qui interdit à l’Etat de s’immiscer dans les convictions religieuses personnelles et renvoie le religieux à l’intime donc à la sphère privée sans pour autant en interdire le port dans l’espace public qui appartient à tous). Ce n’est pas un acte politique, puisqu'il concerne la relation intime de la personne à sa foi.

 Pour l’athée, le port du voile n’est qu’un habit et à ce titre, on s’en bat comme de l’an 40. Pour l’agnostique, le voile est un signe de foi et toutes les confessions étant autorisées au sein de la République, pourquoi en faire tout un plat ? Pour la croyante (et ce quelle que soit l’obédience), le respect du port du voile lui garantit le respect de sa propre obédience. Pour la musulmane, le voile est un choix qui lui permet de se définir en tant que femme, participe de son identité.

 Toutes autant que nous sommes constatons que nul ne se préoccuperait de la signification d’une couleur de cheveu ou du port du jean… Nous en voulons pour preuve que le port du pantalon pour les femmes sous couvert de « travestissement des femmes » était interdit par le code civil de 1800 au 6 février 2013. Cette abrogation fait suite à une question posée au Sénat. Pourtant, nulle polémique au cours de cette période sur le port de ce dit pantalon alors que les femmes s’en parent dès 1920 (merci Coco Chanel !). Tant que cela correspond à la mode bien française, pas de problème en somme. Sauf que pour Coco Chanel : « la mode n’existe que si on la voit » et il n’y avait pas de mode à la française, la mode, c’est ce qui se voit, ce qui se porte, se montre, voile compris…

CHANEL: Coco Chanel parle de l'élégance © shambolique
 

Si polémique il y avait, cela ne concernait pas la question religieuse, mais bien la manière dont les femmes devaient ou non se parer pour être reconnues comme telles. Si la question a été posée au Sénat en 2013, c’est dans la foulée de la huée qu’avait connu une politique en se présentant à l’Assemblée en pantalon ! Quel affront ! Nous y voilà. Les femmes ne savent pas ce qu’elles font. Même quand elles revendiquent une identité, elles sont suspectées d’être soumises.

Preuve en est, aucune femme portant le voile n’a été invitée à évoquer les raisons de son choix dans les débats radiophoniques ou télévisuels. A croire que c’est ceux qui en portent le moins qui en parlent le plus. Les femmes doivent être bien trop discrètes pour être audibles et force est donc pour elles d’être défendues par ceux capables de le faire : des hommes !

Pour eux, sports et religions sont incompatibles. Pour rappel, Coubertin évoquait dans une de ses Lettres Olympiques datée du 13 janvier 1913 que « tous les sports sont pour tous ; voilà sans doute une formule qu’on va taxer de follement utopique. Je n’en ai cure. Je l’ai longuement pesée et scrutée ; je la sais exacte et possible. Les années et les forces qui me restent seront employées à la faire triompher ». L’esprit Coubertin souvent évoqué par ces mêmes bien penseurs, est donc œcuménique, laïque et surtout ouvert à tous et à toutes.

Hidjab de course et Kippa frisbee - Le Billet de Charline © France Inter

Pourtant, ces hommes et ces femmes (puisque la domination masculine n’implique pas que les hommes) insurgés contre l’idée que Décathlon puisse mettre à la vente un hijab de course, rabâchent sans cesse que l’on ne se rend pas compte de la gravité du problème. Nous ne nous rendrions pas compte de la manière dont le voile serait « un outil d’oppression promu par l’islam pour soumettre les femmes ». Étrangement, cette idée est toujours véhiculée par des gens qui ne connaissent pas grand-chose au dit Islam…

Pire, ces mêmes promoteurs de la liberté féminine (que les femmes que nous sommes ne semblent pas capables de comprendre faute d’outillage intellectuel suffisant apparemment) nous expliquent à corps et à cri qu’il faut protéger ces femmes d’elles-mêmes (encore, elles ne savent pas ce qu’elles font, ce ne sont que des femmes) en les punissant par la loi… Double peine, bonjour. Évacuation des femmes ouvertement musulmanes de l’espace public, sous couvert de liberté…

Alors que le principe de laïcité autorise toutes les confessions et permet justement à chacun de l’exprimer à sa guise dans l’espace public (à l’exception des représentants de l’Etat que sont les fonctionnaires, mais pas les usagers des services publics comme l’indique la loi de 1905), il semble que certaines expressions religieuses valent plus que d’autres. En somme, si tu veux exister en tant que femme dans l’espace public, plie-toi à nos exigences, puisque nous sommes le progrès ! Retour par la petite porte du paternalisme qui ne dit pas son nom, mais en a bel et bien les habits ! Injonction paradoxale s’il en est : libère toi ! Émancipe toi mais dans la limite du cadre que nous t’imposons ! Absurdité du raisonnement : pour te libérer, je te punis !

Parce que, bien évidemment les femmes, les filles, les nanas, les meufs, les raclis sont trop faibles pour savoir ce qui est bon ou pas, ce qui est décent ou pas de porter dans l’espace public.

Bérengère Krief - Cours de répartie Anti-Relou © Montreux Comedy

Ah la décence… qui débouche régulièrement sur de l’indécence… ! Aujourd’hui, il semble que la dimension subjective de cette décence (qui ne se définit qu’à l’aune des seuils de tolérance de chacun) s’érige en norme dès qu’il s’agit de fustiger les femmes et l’islam. En revanche, si l’on note le caractère indécent des clichés du président lors de ses « maraudes », là c’est différent… Forcément.

Sous couvert de féminisme, c’est le racisme pur et simple (qui ne concerne pas que l’antisémitisme, à quand une manif pour soutenir Décathlon !) qui est évoqué ouvertement. Bien sûr, nous n’en sommes plus à un glissement sémantique près débouchant sur des lois absurdes et contre productives qui viennent nous imposer des façons de penser en faisant fi des convictions et donc de la liberté d’opinion.

Que nous disent-ils justement ces hommes qui s’insurgent contre le port du voile et l’idée qu’une femme puisse faire du sport tout en étant croyante et pratiquante ? Pour le savoir, un petit tour sur la toile, cet espace libre d’expression qui permet à tout à chacun de se faire harceler à sa guise et de dire tout et n’importe quoi dans le plus bel anonymat, exerçant ainsi son pouvoir d’agir (et de nuisance souvent), décrié quand il dévoile des affaires, mais encensés dès qu’il permet de déverser sa haine et d’accéder au pouvoir. Un tweet a particulièrement retenu notre attention au milieu du flot de messages parlant chiffon.

Il s’agit de celui d’un certain Jean Quatremer (tel qu’il se nomme sur Twitter) posté le 26 février 2019 à 13h40, apparemment voilologue ou expert en voilage, on ne saurait comment le dire, que nous reproduisons ici tel quel : 

« Que signifie le port du voile ? Le refus absolu du mélange et le rejet de l’autre. Cette femme proclame dans l’espace public qu’elle n’aura jamais de relation amoureuse ou sexuelle avec un non musulman. C’est violent. Bref, l’exclusion n’est pas où l’on croit ».

Tout un programme… Chacune d’entre nous, à des endroits différents, a été touchée, choquée, attaquée par ce tweet. Cet utilisateur, apparemment homme non voilé, prend la parole pour expliquer aux femmes voilées ce qu’elles font sans le savoir. Pardonnez-leur, seigneur, elles ne savent pas ce qu’elles font… Quand une femme s’exprime, heureusement qu’un homme vient derrière appuyer son propos, sinon, c’est un coup d’épée dans l’eau…

captures d'écran des tweets du 26 février 2019 captures d'écran des tweets du 26 février 2019

Donc Jeannot, oui on se permet, on ne se connait pas, mais en tant qu’utilisateurs de Twitter , nous appartenons à la même communauté et utilisons le même espace d’expression. On est donc entre personnes de bonne compagnie, n’est-ce pas (pour ceux qui savent il y a un accent spécifique pour dire n’est-ce pas) ? Donc, Jeannot, nous allons te répondre sur le fond de ton propos en essayant de bien te comprendre et de suivre ton raisonnement. Naïvement, nous estimons que pour bien critiquer une idée, encore faut-il commencer par la comprendre dans ses tenants et ses aboutissants.

Si nous comprenons bien (on fait des efforts, mais ne sommes que des femmes dont certaines sont mêmes voilées) ton tweet cher Jeannot, la manière dont une femme s’habille indique la manière dont elle souhaite ou non se mélanger avec d’autres. Ce mélange auquel tu aspires, c’est, comme tu le précises, le mélange par la relation amoureuse ou sexuelle. Tu trouves cela violent et nous indique que l’exclusion n’est pas là où on le croit. Bref, tu tires la sonnette d’alarme.

Grâce à toi, l’amalgame tombe. Qu’aurions nous fait sans toi ? Nous aurions continué certainement d’agir et de nous vêtir à notre guise sans comprendre que nos habits indiquaient notre disponibilité sexuelle ou non. N’est-ce pas un peu indécent en 2019 de continuer d’affirmer que les femmes, par leur vêture (robe, voile ou pantalon) appellent au mélange sexuel ou non ? 

Quel génie, d’un revers de main (ou de tweet), tu nous fais passer ton sexisme et ton islamophobie pour un esprit éclairé qui dénoncerait les exclusions. Toutes en string, mini jupe et décolletée, pour être de vraies femmes. Les autres ne sont que soumises et réduites dans leur relation… Mais bien sûr… Dans l’espace public, chacune doit donc correspondre aux diktats de la mode qui réduisent le corps de la femme à un simple porte manteau en annulant les formes, les poils, les gouttes de sueurs, les rides. Bref, tout ce qui démontre que le corps des femmes évolue, bouge, existe et s’exprime. Karl Lagerfeld est mort, Vive Karl Lagerfaux. Les défenseurs de la vraie mode, du vrai style, de la french touch ont encore de beaux jours devant eux…

Geoffroy de Lagasnerie : système de la domination, minorités et révolte © Alohanews
 

Ça c’est de la sociologie de la sape ! De quel droit peux-tu nous dire que la manière dont on s’habille indique notre disponibilité sexuelle avec tel ou tel gars d’une quelconque obédience ? Ne respectes-tu donc pas notre droit à disposer de nous-mêmes ? Ne nous reconnais tu pas le statut de sujet de droit ? Statut qui suppose que nos capacités de décision ne sont pas altérées et que nous sommes en droit de nous autodéterminer ?

Apparemment non. Pour toi, si une femme ne fréquente amoureusement ou sexuellement que des hommes musulmans, c’est de l’exclusion et du refus du mélange, c’est donc anti-républicain.

Pourtant, quand récemment, Yann Moix, notre Yannou national, dans une interview pour un magazine qui se prétend féminin se vantait de n’aimer que les asiatiques de moins de 30 ans, t’es-tu fendu d’un tweet ? T’es tu dis que c’était violent ? T’es-tu demandé où était l’exclusion ?

Doit-on te rappeler que la question de la sexualité et de ses préférences en la matière relève aussi de la sphère privée et que toutes les orientations et préférences sont possibles (dans la limite posée par la loi notamment concernant le viol ou la pédophilie, même si on observe souvent que ces lois peinent à s’appliquer faute d’un corpus juridique suffisamment précis, là tu as un vrai combat à mener) ?

Il n’est pas interdit à Moix d’exprimer son choix en matière de sexualité (même s’il exclut par-là toutes les femmes de plus de trente ans, ça fait beaucoup) dans un journal public et de s’en expliquer sur des chaînes publiques. Pourquoi alors remettre en cause le choix de certaines femmes de s’accoupler avec des musulmans ? Pire, peux-tu envisager qu’une femme qui se voile ne soit pas forcément en couple avec un musulman ? L’exclusion n’est finalement, pas là où TU le crois. La domination masculine n’est pas cantonnée à l’islam, n’en déplaise à tes pairs. Tu nous en offre un bel exemple sous couvert de la dénoncer. Torsion logique magnifique qui relève du grand art de la langue de bois.

Langue de bois- Franck Lepage - Incultures © sonietchkamusic

Pour rappel, la domination masculine est un système de pouvoir auquel tu participes allègrement. Ce système s’appuie sur l’idée que les femmes sont par nature inférieure aux hommes. Cette infériorité tiendrait à leur fragilité naturelle, leur vulnérabilité, notamment vis-à-vis des pulsions sexuelles des hommes que ces derniers seraient incapables de réprimer.

En affirmant que la manière dont une femme s’habille indique sa disponibilité sexuelle, tu reprends à ton compte l’idée que le seul mode de relation entre masculin et féminin serait de l’ordre du sexuel. Donc tu induis que les femmes sont avant tout et d’abord des objets sexuels pour les hommes, qu’elles s’habillent pour diffuser un message sur cette dite disponibilité sexuelle et que les hommes seraient prisonniers de leur pulsion et que les femmes en seraient nécessairement victimes.

Quelle belle promotion de l’émancipation (entendue comme la capacité à se défaire de nos conditions de nature pour nous libérer de nos déterminants).

Pour les femmes que nous sommes, c’est violent. Tu nous réduis à l’état d’objet, nous nie notre capacité d’autodétermination et invite à la haine de l’autre. A tes yeux, nous ne sommes pas en capacité de voir les choses correctement et nous aurions besoin de ton éclairage. Or, ton éclairage dévoile l’amalgame odieux que tu fais entre port du voile et invitation sexuelle, tu en fais un acte politique sans même questionner ton postulat. C’est violent.

Chilla - Sale chienne (Clip Officiel) © ChillaMusicVEVO
 

Il est temps de cesser une bonne fois pour toute cet esprit raciste, sexiste et néocolonialiste qui veut imposer une certaine conception de ce que doit être La femme. Au lieu de pointer l’autre du doigt, ne serait-ce pas temps de regarder d’un peu plus près ton propre sexisme ? S’il est violent pour toi de voir une femme voilée, est-ce parce qu’elle ne t’est pas disposée sexuellement ?

 Pourquoi lui interdire l’accès aux loisirs, à la connaissance, à l’exercice de certains métiers, à accompagner ses enfants dans des sorties scolaires ? Pourquoi en faire une citoyenne de seconde zone ayant des droits différents des autres dans un pays où les valeurs (encore à ce jour) sont Egalité (nous sommes tous égaux en droit quelque soit notre sexe, notre religion et nos origines), Liberté (nous sommes libres ensemble dans le contexte défini par la loi à savoir en matière de laïcité la capacité à pouvoir exercer le culte de notre choix sans craindre d’en être inquiété) et Fraternité (impliquant le soutien, la solidarité et la considération pour chacun comme soi-même) ?

 Les grands penseurs auxquels tu te réfères doivent se retourner dans leur tombe. Dirais-tu de Mère Thérèsa que sa robe invitait au refus du mélange et du partage ? Dirais-tu d’un homme qui porte une kippa qu’il indique sa disponibilité sexuelle ou amoureuse uniquement pour des femmes juives ? Considères-tu que celui qui abhorre un insigne « Ni Dieu, ni Maître » invite à l’exclusion et au rejet ? C’est peu probable.

Pour rappel, un homme nommé Paul Ricoeur, croyant, pratiquant et philosophe (comme quoi l’un n’empêche pas l’autre) définissait la visée éthique comme « la visée de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes ». Autrement dit, le point de vue individuel et autocentré ne fait pas force de loi. N’en déplaisent à certains tweetos… Avec lui, nous interrogeons la justice de nos institutions qui viennent empêcher certaines d’entre nous de participer à la vie publique.

RICŒUR, PENSEUR DES INSTITUTIONS JUSTES [J-L. Schlegel] © Revue Esprit

A nos yeux de femmes, voilées ou non (mais le regard et la vue ne sont pas altérés par le voile !), nous refusons de réduire nos actions, nos styles, nos envies d’être ainsi ou ainsi au fait de plaire, séduire ou d’exister aux yeux de nos congénères XY.

Merci de cesser de nous infantiliser, car il s’agit là de la seule issue à la domination masculine : nous laisser parler pour nous-mêmes.

Merci de ne pas nous réduire à nos habits, de ne pas juger nos vêtures à l’aune de votre pulsion, cela évitera que cet argument soit mis en avant dans les tribunaux dans les affaires d’agression sexuelles.

Merci de vous attaquer à votre propre impensé : le rapport masculin au désir et à la sexualité, cela nous ferait des vacances, mais bon, vu le sexisme voilé qui actuellement règne en France cela nous paraît finalement tellement français de se voiler la face.

Médine - Don't Panik (Official Clip) © Dinrecords

 Comité de rédaction : Mekolo Biligui (journaliste et bloggueuse rap),  Dolores Bakela (Journaliste et co-fondatrice du site l'Afro), Yousra Dahri (Journaliste pour AlohaNews), Benjamine Weill (Philosophe de formation, consultante et formatrice)

 

Signataires dans l’ordre de réception :

 

Paola Scemama de Gialluly/Régisseuse

Matthéa Pagani/Manageuse et photographe

Emeraldia Ayakashi/DJ et fondatrice de « support your local gang »

Laura Gladys Taty Milloma/ Co-créatrice de la marque Ladyhood/Assistante commerciale dans la publicité aéroportuaire

Adama Sangaré/ Responsable Qualité et Réglementaire Biocosmethic

Liza Heilmeyer

Marion Alcindor/ Bénévole associative

Suzanne Libog/ Responsable municipale jeunesse

Amina Traore/ Coordinatrice GRDF

Yulla Nicolas

Allaine Onkani/ Coordinatrice de Vente

Audrey Lançon / Monitrice Educatrice

Paoline RDlny / Journaliste 

Imane Boudjoudi / Etudiante

Chloé Sibilli / Travailleuse sociale

Aida Moussa / Auditrice Financière 

Elisa Busseau / Etudidante

Lena Perez / Etudiante en journalisme

Samira Daoud / Directrice Adjointe d’une ONG

Solenn Le Bourhis / Professeure des Ecoles 

Kassandre Le Kernec / Responsable Booking

Michel Bampely / Journaliste

Kohndo / Rappeur

Ange Andreani/ Etudiant

Olivier Germain / Professeur, Université du Quebec, Montréal

Jean Segura / Photographe

Fabio Pastor / Superviseur musical

Anouk Bonnet / Travailleuse sociale  

Maka Traoré (Miss Mak) / DJ et auteure

Boulomsouk Svadphaiphane / Réalisatrice

Alexia Sellaoui-Segal / Ingénieure du son (Just LX)

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