A la vie à la mort, Annie Leclerc

En cette période étrange de confinement, c'est à Annie Leclerc (1940/2006) que vont mes réflexions. Lettre ouverte à celle qui m'a appris à mon corps défendant que pour chérir la vie, encore faut il accepter l'inéluctabilité de la mort et non chercher à tout prix à la vaincre.

 

Annie Leclerc Annie Leclerc

Chère Annie,

Jamais nos échanges ne m’auront autant manqué qu’en cette période. J’aurais aimé pouvoir t’appeler toi et Paul pour prendre de vos nouvelles. Malheureusement, vous nous avez quittés l’un et l’autre il y a plus de 15 ans pour l’une et 5 pour l’autre. Qu’aurais-tu pensé de tout cela ? Qu’en aurais-tu déduit ? Comme souvent depuis 15 ans, je ressens à nouveau le besoin d’échanger avec toi, de reprendre le cours de nos conversations d’antan pour les appliquer au monde d’aujourd’hui, toi qui l’aimais tellement ce monde, malgré ses vices. Il m’aura fallu tout ce temps pour comprendre encore (et je continue d’en apprendre) que malgré la mort, tu es encore si vivante.

Tu sais combien le « je », l’égo, l’individualité, le narcissisme, quelque soit la manière dont on le nomme me pose question. Pourtant, pour une fois, je vais l’utiliser. Je vais te parler à la première personne, toi que je n’ai jamais osé tutoyer tant cela me paraissait incongru non pour parler de moi, mais pour parler de nous, de cette humanité que tu m’as transmise, que tu m’as offerte juste avant de disparaître.

Comme je ne peux pas aller sur ta tombe, confinement oblige, c’est ici que je vais m’adresser à toi, et à Paul en filigrane avec qui tu partageais tant. Archétype ultime de la rencontre entre masculin et féminin que tu décris si bien dans Epousailles, vous m’avez guidée à travers mes joies et mes peines, mes quêtes de sens et mes pertes de repères. Sans vous, je ne serais rien. Je ne le sais que trop bien. Je vous dois la vie et celle que j’ai donnée. A mon tour, de vous la rendre.

Soprano - À la vie à l'amour (Clip officiel) © Soprano Officiel

La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu savais que tu allais mourir. Ce mot étrange que je n’osais pas prononcer et qui pourtant a fait irruption dans ma vie. Tu m’avais prévenue, tu as essayé de m’y préparer, mais comment peut-on l’être ? Comment peut on penser la mort quand on commence à peine à vivre ? Cela me paraissait impossible, moi qui vivais alors encore dans un monde où vie et mort, même si je les savais liées intellectuellement, ne l’étaient pas pour moi effectivement. Il a fallu que tu nous quittes, égoïstement que tu me quittes, pour que j’en saisisse le véritable sens.

Précisément, cette mort aujourd’hui plane au-dessus de chacun de nous. Elle fait un drôle d’effet je dois dire, elle est à la fois partout et nulle part. Tout l’évoque, mais chacun pense qu’il peut l’éviter, comme une espèce d’escape game géant où chacun cherche sa propre issue. Comme si vivre supposait d’évacuer la mort, comme si elle pouvait ne pas être, comme si le monde n’était pas fait de l’un et l’autre. C’est aussi ce que je cherche ce mystérieux Nitsh avec son titre Surface que j’ai eu la chance de découvrir et commenter, même s’il ne sait pas encore tout à fait où il en est…

surface © nitsh

Tu savais mieux que personne la dimension mortifère de cette évacuation. Tu savais combien aimer la vie supposait d’en saisir la vulnérabilité. C’est précisément en refusant cette fatalité, en la considérant comme une éventualité que la vie perd son sens, qu’elle se perd dans les affres de la toute-puissance phallique, celle précisément que tu as passé ta vie à dénoncer dans la domination masculine et dans le culte de l’individu, de la performance et de la possession qui est son corollaire.

Tu disais souvent que celui qui cherche à défier la mort ne pouvait que se perdre dans ce combat absurde et ridicule. La mort n’est pas une option, elle est. Celui qui nie cela est fou, insensé et se berce de l’illusion qu’il peut dépasser sa condition de mortel. Sauf que cette négation de la mort est aussi une négation de la vie. Comme le chantait Dandyguel en 2017, Rien n’est éternel.

Dandyguel - Rien d'éternel [OFFICIEL] © Dandyguel

Dans Paroles de Femme, tu reviens sur ce qui constitue l’essence de l’héroïque, ces héros qui n’en sont pas vraiment, car « c’est la mort qui donne la fièvre au héros. Pas la vie, qui le laisse froid » p.39 Quelle tristesse ! Bien sûr « il sait qu’il va mourir un jour, et c’est pour lui une idée intolérable. Parce qu’après sa mort le monde va continuer de tourner », c’est pourquoi « la mort l’obsède » elle est « son plus haut tourment » puisque le monde ne finit pas avec sa vie, la mort est la preuve de sa finitude de sa petitesse qu’il essaie vainement de combler de ses prétendues grandeurs que sont son courage, son appétit d’ogre qui ne se satisfait jamais de ce qu’il obtient, ni de ce qu’il a.  « Prendre, conquérir, vaincre, avoir » p.41 Voilà l’aventure masculine, la condition non pas humaine comme le pensait Malraux, mais la condition masculine.

Aujourd’hui on observe que l’héroïsme change de camp. Loin d’être le soldat prêt à donner sa vie pour vaincre un ennemi mortel lui aussi, même si les discours présidentiels cherchent à le réhabiliter, c’est bien celui qui permet aux autres de continuer à vivre, se bat non pour la mort d’autrui, mais pour la vie de tous, des forts comme des vulnérables. La mort nous touche tous et c’est en ceci qu’elle nous réunit dans un seul mouvement qu’est la vie. Elle oblige à s’extraire du narcissisme, de l’ego, du Soi pour s’interroger sur l’Autre, comme le décrit très bien le podcast Nouvelles Ecoutes dont le premier épisode est animé par Dolores Bakela

Le héros n’est donc plus celui qui dépasse sa peur de la mort pour aller l’affronter sur un champ de bataille, nous ne sommes pas en guerre contre la mort. Non, il s’agit plutôt d’une invitation à comprendre que vie et mort échappent aux concepts de possession, d’ego, d’individu comme le fait ici Scylla dans ce Son de l’été.

Scylla - Le son de l'été [Vidéo Officielle] © Scyllaofficiel

Tu disais « Moi-je, ça n’existe que dans la possession », p. 42. Ceci est ma vie, je me la dois, je me suis fait seul. Mythe du self made man (toujours au masculin d’ailleurs) qui ne fait que nourrir le monstre du libéralisme, de l’illusion mortifère où la vie vaudrait en soi, seule, individuelle. « C’est la vie elle-même qui leur apparaît comme une monstruosité, ils la haïssent, et ils se forgent une image véritablement monstrueuse de la vie, une sorte d’empire fabuleux où il n’y aurait pas de mort ».

Penser qu’on peut être en guerre contre la mort, qu’on peut la vaincre c’est être en guerre contre la vie elle-même car la pensée ne vaut pas en soi, mais ne peut « avoir d’autres tâches que de servir la vie », disais tu p.44. A ce propos, je pense que tu aurais apprécié ce titre de Damso qui semble connaître ce point avec acuité ayant côtoyé la mort plus que d’autres et prenant le mot Vie comme insigne. Au décès de sa tante, il en fait un titre que je te soumets ici.

© DAMSO

Lui, comme toi en ton temps, n’est pas toujours bien compris. Empreint des fantasmes associés à ce qu’il représente, enfermés dans les étiquettes qu’on lui colle, il peine à se faire comprendre tant il travaille, comme toi, à s’extraire des binarités, s’inscrit dans une forme de complexité qui semble difficile à saisir aujourd’hui. Je crois pouvoir dire qu’il t’aurait plu cet homme conscient des travers du virilisme, même s’il s’y reconnaît comme enfermé.

Il t’aurait fait penser, aurait généré ce désir de vie en toi qui pourtant l’interroge tant chez lui. Très critiqué par ses contemporains notamment masculins (son public est plutôt féminin ce qui fait couler beaucoup d’encre, à croire qu’ils n’ont toujours rien compris, certains courants féministes compris), il ne cesse d’interroger sa position d’homme dans ce monde fait à son image sans pour autant s’y reconnaître.

Alors que beaucoup décrivent la femme comme le plus fidèle soldat de son homme (le fameux derrière chaque grand homme se cache une femme si souvent repris), se font croire ainsi qu’ils œuvrent pour le féminin en magnifiant sa discrétion et son humilité, toi-même tu sais combien ils continuent ainsi à asseoir la domination. Comme tu le disais p.47 « l’homme dit que l’homme vaut absolument. (…) mais il ne garde pas toute la valeur. Il la distribue alentour, l’accorde, comme Dieu fait de sa grâce ; non par un don véritable qui ôterait au donateur un bien particulier, mais par une sorte de rayonnement de lui-même dont il attend la réflexion vers lui ».

A ce propos qu’aurais tu pensé de ce titre de Médine ? Véritable ode au féminin ou maintien détourné de la domination masculine ? Je te laisse juge, même si j’ai ma petite idée…

Médine - Combat de Femme (Official Lyric Video) © Dinrecords

La valeur accordée au féminin qui passe par le crible des valeurs masculines (force, courage vs abnégation, dévouement) n’est-elle pas la face cachée du patriarcat ? C’était en tout cas ton parti pris. Si la femme ne vaut qu’en tant que mère, alors n’est-elle pas toujours cantonnée à sa dimension phallique, celle qui vient servir le masculin, lui permettre de perdurer ? D'autant que cette maternité ne vaut qu'à condition d'être dévouée et non en tant que glorification du corps féminin...

Comme tu le dis si bien « si la vertu de l’homme est la force, la vertu de la femme s’appelle le dévouement (…) Or le dévouement ne va pas de lui-même, ou n’est pas tangible, s’il ne s’exprime pas quelque part sous forme d’abnégation, de peine et de sacrifice (…) comme le Christ par sa passion témoigne de son amour des hommes, il a bien fallu que la femme souffre pour témoigner de sa reconnaissance » p.50. La boucle est bouclée, la mort est vaincue, car les femmes donnent la vie. Elles ne valent qu’à condition qu’elles permettent au masculin de briller.

Le jeune Hatik propose une autre lecture du féminin dans cette déclaration d’amour à toutes les femmes : Je t’aime à croire que les choses commencent à évoluer…

Je t'aime © HATIK - Topic

Je sais que tu m’aurais dit avec ce sourire sublime qui m’habite encore que cette période met en lumière « le prestige des faits virils confine la ménagère dans l’ennui, la pauvreté, le sacrifice, convainc l’amante de dévotion et de « don » d’elle-même, impose à la future mère le fardeau de la grossesse, les affres et les douleurs de l’enfantement, bref force la femme au mépris d’elle-même, au rejet, au dédain de sa propre sexualité, l’empoisonne de répugnante humilité ». p.51.

Tu aurais fustigé ceux qui cherchent à tuer l’ennui en se mettant en avant, refusent d’accepter la nécessité se pensant plus forts que les autres. Tu te serais interrogée sur la manière dont on glorifie les infirmières, les caissières au féminin (oubliant souvent les livreurs et les travailleurs sociaux au masculin) comme étant les « petites mains » qui sont « au front », assument l’effort de guerre au péril de leur vie, pour sauver la nôtre, notre monde capitaliste, notre survie à tous, individualiste que nous sommes.

Loin de ne pas voir en ces fonctions des missions vitales, tu aurais regretté qu’elles ne soient pas considérées le reste du temps et surtout qu’il eût fallu que tout à chacun soit replié sur soi pour s’en rendre compte. Mais tu aurais aussi vu l’ironie de la chose. Tu en aurais souri. Toi aussi tu aurais trouvé que c’était une Putain d’époque comme Dosseh.

Putain d'époque © Dosseh - Topic

Je sais que nous aurions ri, comme nous aimions le faire des discours politiques amènant à cette soumission volontaire que tu décris si bien et que déjà en 1974 tu alliais à d’autres luttes, d’autres oppression sans les opposer. Déjà tu étais une féministe décoloniale quand la tendance majoritaire était à l’universalisme beauvoirien. « Si l’esclave, le nègre, l’arabe ont été soumis, elle, elle doit se soumettre, c’est-à-dire finalement convertir le fait de l’oppression sur les autres en droit à l’oppression » p.49

Chacun intériorise sa propre oppression pour venir servir le monde phallique et libéral et ce faisant, se rend complice de l’oppression subie par soi et autrui. Absurde, ridicule monde capitaliste tu disais qui fait passer des vessies pour des lanternes. C’est précisément ce qui est attendue, demandée, valorisée aujourd’hui en cette période.

Comique de la situation ? Ces femmes continuent d’agir dans l’ombre pour maintenir les confinés à l’abri. On les applaudit tous les soirs sans jamais voir que le reste du temps elles existent, continuent d’être et de vivre, mais à quel prix ? Au prix de leur vie qui finalement ne valent pas grand-chose, pas vraiment autant que les nôtres ? Tiens, en voilà une qui a bien poursuivi tes combats en les développant encore et qui t’aurait remplie de joie et de bonheur. Elle s’appelle Françoise Vergès et franchement, elle fait du bien ! Écoutes là et tu me diras ce que tu en penses !

Le féminisme décolonial selon Françoise Vergès © France Culture

Disons-le, ces hommes et ces femmes qui ne peuvent pas bénéficier du luxe du confinement, du retrait en soi, chez soi, avec les siens, ce ne sont pas de bons petits soldats héroïques qui méritent une médaille pour qu’on puisse les oublier après. Non, ce sont essentiellement des hommes et des femmes vulnérables que le système libéral sacrifie sur l’autel du profit, de la possession, du phallocentrisme.

Eux, elles, nous avons tous la même vie et sommes censés avoir la même valeur tant face à la vie que face à la mort. Or, une fois de plus c’est la force, le courage, le dévouement qu’on loue et non l’attention à l’autre, la considération et l’empathie.

Pourtant, ces métiers que sont ceux du « care », ceux qu’on redécouvre aujourd’hui, que tu m’as amenée à choisir comme lieu de mon épanouissement professionnel, même si on en oublie la moitié invisible, les travailleurs sociaux, sont des métiers où n’œuvrent pas que des femmes. Heureusement, certains leur rendent hommage à leur juste valeur, tiens écoutes ce titre collectif (Dooz Kawa, Swift Guad, Saligo, Dah Connectah, Nano, Davodka, Demi Portion et Degiheugi) t’aurais beaucoup plu…

URGENCES MUSICALES (confinement) © Dooz Kawa

Hommes et femmes sont aujourd’hui impliqués et ce, sans revalorisation de salaire, assurent leur mission quotidienne de soin à autrui, d’attention à la vulnérabilité et le font bien sans que personne ne les applaudisse. Ils ne sont pas en guerre contre la mort, ils favorisent et maintiennent la vie, le vivant, notamment en protection de l’enfance.

J’en veux pour preuve cette directrice de MECS saluant son équipe pour son engagement au quotidien auprès des enfants qui ne sont pas les leurs, alors même qu’ils ont eu aussi une famille… Dévouement s’il en est, ni applaudit, ni valorisé par un salaire, voire même souvent décrié par les médias… Dans ces métiers, il reste encore des cadres qui considèrent que leur fonction est utile à leur équipe, ne font pas preuve d’abus de pouvoir pour asseoir leur carrière, et choisissent de soutenir leurs équipes plutôt que de les écraser sous le télétravail… Je sais que ça t’aurait beaucoup plu…

Voici un extrait d’un texte qu’elle m’a fait passer :

« Ne sommes-nous pas tous dans le même bateau en « Protection de l’Enfance » qui, bien que dans la tourmente, continue de naviguer en recherchant sans cesse les dispositions les meilleures pour maintenir les enfants accueillis en sécurité. A chacun ses responsabilités et chacun se doit de les assumer. Ainsi, ces dernières semaines, chacun s’est organisé, chacun avec les exigences de sa mission, chacun dans le respect et l’intérêt qu’il doit aux enfants et à leurs familles. (…) Aujourd’hui, les MECS sont fièrs d’avoir pris des dispositions et de contribuer à limiter la propagation du COVID 19. Vous savez quoi, elles sont même prêtes à récupérer à tout moment ces enfants qu’elles ont maintenus au domicile en cas d’impossibilité d’y rester. Ainsi, ni nos dispositions du 13 mars, ni notre positionnement quant à celles qui pourront advenir sont de « l’inconscience ». C’est simplement ce que les équipes doivent aux enfants et aux familles, qu’elles connaissent bien, qu’elles rassurent et qu’elles savent accompagner, être là. »

Comme tu peux le voir, il n’y a pas de plainte, pas de volonté de puissance. Juste de la reconnaissance et de la sollicitude, car tel est le fondement du travail social : un élan humain vers autrui qui, en soi, n’est que le lieu de notre survie collective comme le rappelait Jacquard, autre figure qui manque cruellement aujourd’hui.

"On est en train de sélectionner les gens les plus dangereux" © Jack Herer

Bien sûr, que la lutte est importante, mais celle-ci ne vaut qu’à condition qu’elle soit collective et non individuelle, qu’elle vise le bien commun et non la valorisation personnelle, héroïque, le branding de soi… Cette lutte n’est pas contre la mort, ni même contre le virus, elle est pour une autre vision du monde, un autre paradigme que celui de la performance, du Soi. « Pour devenir moi, j’ai besoin du regard de l’autre (…) toute compétition est un suicide » disait il. Comme toi, il refusait le succès individuel pour lui préférer l’empathie, l’attention, la sollicitude.

Si le confinement est enseignant c’est à ce titre : la sollicitude reprend ses droits. Cette valeur passée aux oubliettes face au libéralisme grandissant qui fait de l’individu la mesure ultime de la réussite, de la performance un enjeu vital, du masculin le modèle obligatoire.

Par la sollicitude, c’est bien l’attention à l’autre, qu’il soit jeune ou vieux, utile ou non, proche ou non qui devient vitale et non la possession, la consommation n’en déplaisent aux grands groupes qui continuent de vouloir faire du profit en cette période… C’est toi d’ailleurs qui m’a appris ce très beau mot si peu utilisé. Comment être heureux si l’Autre ne m’intéresse pas ? C’est aussi ce qu’interroge Ausgang sous l’impulsion de Casey dans ce titre Aidez moi, véritable appel à la sollicitude.

AUSGANG "AIDEZ MOI" (Clip) © CASEY Anfalsh

Ne serait-il pas temps de retenir un peu la leçon des dérives du libéralisme, de l’individualisme ? Ne peut-on pas aujourd’hui considérer que la vie vaut en soi, car elle est fragile, vulnérable et qu’à ce titre elle mérite d’être chérie et non jetée en pâture dans des guerres qui n’en sont pas ?

En cherchant sans cesse le succès, la puissance, la possession, le dépassement, le masculin ne vit pas, il meurt. Finalement, n’est-ce pas ce que Lefa et Vald nous propose dans un titre pourtant évocateur Bitch ? Qu’en penses tu Annie de ce renversement où deux hommes luttent pour une femme qui finit par les anéantir pour vivre… sans eux ? Nous n’avons pas besoin de leurs délires mortifères…

Lefa - Bitch (Clip officiel) ft. Vald © LefaAuthentiqueVEVO

Annie si tu savais comme tu nous manque aujourd’hui, toi qui a été évincée du champs intellectuel faute d’avoir fait preuve de suffisamment d’intellectualisme ? C’est toi qui me disait combien le soin, les tâches ménagères étaient précieuses, ne serait-ce pas le moment de les valoriser, de le rendre moins invisibles, moins viles, moins dégradantes ?

Sans elles, rien ne se fait, c’est la base même de l’écologie entendue comme une attention à son environnement, en prendre soin… Cela commence par prendre soin des autres avant de prendre soin de soi, mettre autrui sur un piédestal comme le fait cette jeune Fanny Polly dont je te laisse découvrir le discours :

Fanny Polly - Isolés (Clip Officiel) © Fanny Polly

Comme toi aujourd’hui j’aimerais que la leçon du confinement qui oblige à l’intériorité, à la prise de conscience des choses réelles de la vie qui ne sont pas celles qui brillent, font du bruit, ont du succès, ne soit pas confinée à un moment difficile à passer, mais bien que le féminin dans toutes ses dimensions (et non seulement la maternité et le dévouement) soit enfin valorisé en tant que tel et non par rapport à ce qu’il apporte au patriarcat libéral.

Que « les femmes apprennent à évaluer toute chose à travers leur propre regard », qu’elles découvrent « qu’elles peuvent jouir d’elles-mêmes », qu’elles détiennent en elles-mêmes le sens de la vie sans avoir besoin qu’on les glorifie pour cela, à l’instar de la jeune Chilla.

Coeur sombre © Chilla - Topic

Peut-être est-ce le moment de comprendre que le masculin n’a fait qu’anéantir le vivant présent, vivant au creux du féminin, dans l’ombre du corps féminin qu’il s’agit désormais de revaloriser et non de dénigrer (au sens étymologique et raciste du terme : rendre noir) en inventant « les terribles valeurs du pouvoir pour les tourner contre la vie, contre la femme, contre son ventre fécond, contre ses mains fertiles », car c’est bien de cela dont il s’agit dans le confinement, le ventre et les mains sont plus nécessaires que la pensée rationnelle, et même que le discours martial.

Je t’aime à la vie à la mort Annie. Merci de tout ce que tu as été et resteras au-delà des frontières entre la vie et la mort. 

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