Sortie de l'euro: Madame Le Pen contre les salariés

Le Front national, ainsi que certains secteurs d'une gauche dite « radicale », préconisent la sortie de l'euro. Loin d'être une mesure progressiste, une sortie de l'euro dévalorisera les salaires. Il s'agit au final de la même chose que ce que la Commission européenne préconise dans le cadre de l'euro.

La sortie de l'Union européenne et donc de l'euro est au cœur du programme de la candidate du Front national. Si ce programme venait à être appliqué, cela signifierait donc que, demain, nos bulletins de paye et autres allocations ou pensions de retraite ne seraient plus libellés en euros mais dans une monnaie nouvelle, nationale, qui s’appellera probablement le franc. Qu'est-ce que cela change pour nous ?

En soi, détenir un euro ou une monnaie quelle qu'elle soit nous importe peu. Ce qui compte est le pouvoir d'achat qui lui est associé. Que puis-je acheter avec cette monnaie est la seule question qui vaille. Du point de vue des échanges internationaux, on parle souvent de monnaies « fortes » ou de monnaies « faibles ». Une monnaie forte se définit comme ayant un bon pouvoir d'achat vis-à-vis des produits en provenance de l'étranger. Inversement une monnaie faible aura un pouvoir d'achat limité de produits extérieurs. Inutile de dire que le salarié a tout intérêt à être payé dans une monnaie forte qu'une monnaie de singe.

Au cœur de ce choix de l'abandon de l'euro, se justifie le retour à une « souveraineté nationale » dans lequel l’État retrouverait le contrôle de sa monnaie. Pour faire quoi ? L'euro est souvent critiqué pour être une monnaie forte qui rendrait nos produits trop chers vis-à-vis de l'étranger. On défend alors une dévaluation « compétitive » qui rendrait nos produits nationaux plus attractifs. Tous les économistes s'accordent à dire qu'un abandon de l'euro signifierait une dévalorisation immédiate d'un éventuel franc nouvellement créé. C'est d'ailleurs l'effet escompté par le Front national. Baisser la valeur de nos produits pour les rendre plus compétitifs de façon à regagner en matière de commerce extérieur et recréer des emplois. Oui, mais pour cela, il faut que les salariés acceptent, par le truchement de la monnaie, de perdre du pouvoir d'achat. N'est-ce pas au final le même discours que celui de la Commission européenne tant honnie par ce même Front national ?

La Commission européenne préconise la « flexibilité » du marché du travail, ce qui signifie entre autres mesures qu'un salaire puisse être révisé à la baisse. On comprend la raison de cette recommandation : comme de nombreux pays européens partagent l'euro, ils ne peuvent plus réaliser l'équilibre de leur commerce extérieur par le jeu de la monnaie. On doit alors faire appel à la « flexibilité » des salaires, doux euphémisme pour dire que, désormais, les salaires doivent baisser quand cela est nécessaire.

Mais dans le cas de la monnaie unique, pourquoi ce serait les salaires qui baisseraient ? Pourquoi pas les profits ? Poser cette question est taboue. Les profits, c'est ce que les actionnaires s'octroient une fois les salaires et les fournisseurs payés. Est-ce qu'une entreprise privée peut fonctionner avec des profits réduits ou pas de profits du tout ? Voilà qui pose d'emblée la question du remplacement des entreprises privées par des entreprises dirigées par les salariés, par l'éviction des actionnaires, ce qui devrait être l'objectif naturel de la gauche. Que cet horizon ne soit pas celui de Madame Le Pen, voilà qui ne saurait nous étonner et on comprend alors sa motivation à vouloir quitter l'euro. Mais que des gens qui se disent de gauche, et qui, pour certains d'entre eux, ne peuvent être suspectés d'une quelconque affinité avec le Front national, emboîtent le pas en préconisant aussi le rétablissement d'une monnaie nationale, voilà qui a de quoi surprendre...

Vouloir le rétablissement d'une monnaie nationale signifie simplement que la dévaluation compétitive de la monnaie affectera aussi bien les salaires que les profits. Cela permet d'amoindrir le conflit de classe en le plaçant dans le cadre des intérêts supérieurs de la « nation » pour qui, une monnaie faible permettrait de reconquérir les marchés étrangers. Cette gauche qui souhaite sortir de l'euro ne fait qu'éluder le conflit de classe entre les salariés et les actionnaires. Il n'en reste pas moins vrai que si la sortie de l'euro devait un jour se réaliser, il leur faudra alors expliquer aux salariés pourquoi ils ont dévalorisé les revenus du travail... comme le préconise aujourd'hui la Commission européenne.

 

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