Éliminer le chômage en quelques mois

Après quarante années de chômage de masse, résorber celui-ci est plus urgent que jamais à l’aune de la crise du covid et de la nécessaire reconversion écologique de nos économies. Il est possible de le faire dans un temps relativement court par la mutualisation d’une partie de la richesse produite.

Une proposition à découvrir sur pleinemploi.org

La proposition peut paraître folle ou présomptueuse, et pourtant, c’est ce dont nous avons besoin urgemment. Cela fait quarante ans que le chômage de masse est présent, qu’il génère des drames humains, des discriminations et de l’exclusion. Quarante ans qu’il ronge nos sociétés de l’intérieur et les disloque. La crise économique du covid amplifie ce phénomène et aggrave une situation déjà déplorable. Et dans le même temps, nous faisons face au défi de l’urgence climatique qui nous impose de remettre en cause certaines de nos productions, ce qui, dans le contexte de ce chômage de masse, est plus qu’inquiétant pour bien des salarié·es. Obtenir le plein emploi très rapidement est donc une priorité.

Le chômage, c’est une question d’activité, mais aussi de revenu

Sur le fond, ce serait facile : il suffit que chacun lance sa propre activité, ce que des libéraux ont déjà dit dans le passé. Sauf que le problème n’est nullement une question d’activité mais de revenus qui en découlent. Cela, de nombreux auto-entrepreneurs le savent : ils peinent à obtenir un Smic en dépit de nombreuses heures de travail. Résoudre le chômage, c’est permettre à toute personne exerçant une activité d’obtenir un revenu décent.

Le salaire minimum (le Smic en France) est le niveau de revenu en dessous duquel un employeur ne peut pas embaucher une personne. C’est donc ce niveau qu’il s’agit de rendre effectif : il ne l’est pas aujourd’hui car beaucoup ne trouvent pas d’emplois. 

La solution consiste donc à extraire une partie de la richesse produite dans une économie pour garantir à chaque personne en emploi, le Smic : c’est le principe du Salaire minimum socialisé (SMS). D’après un calcul, il faut prélever environ la moitié de ce qui est produit pour garantir à chaque personne en emploi un Smic avec l’ensemble de ses cotisations sociales (En mettant ainsi fin aux exonérations de cotisations patronales sur les bas salaires. Le Smic net est actuellement de 1231 euros. Avec l’ensemble de ses cotisations, salariales et patronales, il s’élèverait à 2332 euros, niveau qui est à la base de mes calculs.). 

Pourquoi atteindrons-nous très rapidement le plein emploi ?

Désormais, toute personne qui veut initier, seul ou à plusieurs (en Scop par exemple), une activité économique sait qu’elle touchera d’office le Smic plus la motié de ce qu’elle produira. Et si nous n’avons pas d’idée d’activité, les entreprises privées auront tout intérêt à proposer des emplois au Smic puisque ce salaire devient sans risque (financé par les autres entreprises) et que la moitié de ce que le salarié produira lui reviendra en profit. Mais devant la multiplicité des offres d’emplois au Smic, les individus réagiront en demandant plus afin d’obtenir la plus grande part de cette moitié non socialisée qu’ils produiront, et les entreprises devront relever leur offre si elles veulent embaucher. Voilà pourquoi les salaires au Smic seront désormais l’exception alors qu’ils sont actuellement le lot de 13 % des salarié·es. 

Le pire qui existe aujourd’hui est de se retrouver sans emploi avec des revenus de subsistance (RSA, APL) qu’une administration tatillonne conteste souvent sur la base du moindre soupçon d’un manque d’effort d’insertion. Demain, le pire sera d’avoir un Smic.

Ce que fait le SMS, c’est tout simplement mettre « hors marché » la moitié de la production d’une économie pour la répartir sur la base d’un Smic par personne, en laissant aux mécanismes marchands la répartition de l’autre moitié entre les entreprises, puis, à l’intérieur de chaque entreprise, entre salaires et profits. 

Et si c’était trop ?

Certain·es estimeront sans doute que ce système pourrait générer des abus. Il suffirait qu’une personne s’inscrive comme indépendant·e pour toucher un Smic sans rien « faire »(1). De même, on pourrait considérer que le SMS permet de maintenir à flot des entreprises qui ne sont pas viables, entendons par là, qu’elles ne sont pas capables de rémunérer leurs travailleurs au salaire minimum. 

L’objectif du SMS est le plein emploi et ceci passe par un soutien à des entreprises qui pourraient ne pas être capables de payer le salaire minimum. Si la version de base du SMS porte sur une socialisation à 100 % du Smic, celle-ci peut aussi être partielle avec, par exemple, une mutualisation de 80 % seulement du Smic(2). Il est possible que cela soit suffisant pour obtenir le plein emploi, ce qui imposera aux indépendant·es de réaliser une production pour obtenir le niveau du Smic. Mais ce choix d’une couverture moindre se fera aussi, bien sûr, au détriment du choix des emplois qui seront proposés. Tout est donc une question de débat démocratique sur le pacte social que nous entendons mettre en place. 

Le SMS, comme toute mesure politique, ne peut fonctionner que sur la base d’un soutien majoritaire et c’est la raison pour laquelle il est un système ouvert dont les paramètres (pourcentage de couverture, conditionnalité à la présence en emploi) sont des objets de débat. La nouveauté qu’il introduit est la mutualisation de la richesse produite entre les entreprises, à la source de la production. 

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(1) L’assertion qui consiste à dire qu’une personne sans emploi ne « fait » rien est forcément abusive et méprisante. Il est en effet probable que son temps libre ait une retombée positive pour la société, notamment lorsque celle-ci rend des services à autrui. 

(2) Les exonérations de cotisations sociales patronales au niveau du Smic sont aujourd’hui quasiment totales. Le coût d’un Smic est celui du brut soit 1555 euros. Si nous rétablissons les cotisations sociales patronales (Smic total à 2332 euros), il faudra réaliser une socialisation d’au moins 50 % pour ne pas avoir d’effet négatif sur l’emploi. Avec 50 % de mutualisation, les exonérations de cotisations sociales ne seront plus prises en charge par l’État mais par l’ensemble des entreprises.

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