Gaston Flosse inéligible "pour une assiette de sushis"

Gaston Flosse a été condamné ce mardi 17 février 2009 à un an d'inéligibilité, un an de prison avec sursis et deux millions de francs Pacifique d'amende (16 760 euros). L'ancien président et actuel sénateur de la Polynésie française était poursuivi pour détournement de fonds publics lors de la soirée électorale du 23 mai 2004. Ce jour-là, il avait dépensé 20 000 euros en frais de bouche pour un banquet de son parti politique à la présidence du pays. Récit. 

Gaston Flosse a été condamné ce mardi 17 février 2009 à un an d'inéligibilité, un an de prison avec sursis et deux millions de francs Pacifique d'amende (16 760 euros). L'ancien président et actuel sénateur de la Polynésie française était poursuivi pour détournement de fonds publics lors de la soirée électorale du 23 mai 2004. Ce jour-là, il avait dépensé 20 000 euros en frais de bouche pour un banquet de son parti politique à la présidence du pays. Récit.

 

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Gaston Flosse, avril 2007.

 

Ce dimanche 23 mai 2004, Gaston Flosse s'y croit encore et s'apprête à faire la fête une fois de plus. Depuis vingt ans que la Polynésie française est autonome, il a remporté toutes les élections territoriales (1984, 1986, 1991, 1996 et 2001). Les deux dernières échéances lui ont même accordé la majorité absolue à l'assemblée à Papeete, performance remarquable à un scrutin proportionnel. Il s'y croit d'autant plus qu'il a pris soin de faire modifier sur mesure le statut de la collectivité qu'il dirige, comme pour mieux écraser toute opposition. A Paris, où il est aussi sénateur, il a fait voter le 27 février 2004 une loi organique (1) qui inclut une prime majoritaire aux élections territoriales : dans chacune des six circonscriptions de la Polynésie française, un tiers des sièges à l'assemblée sera désormais attribué à la liste arrivée en tête, et le reste des sièges sera réparti à la proportionnelle. Le 2 avril 2004, le conseil des ministres, présidé par Jacques Chirac son ami, a dissous l'assemblée de la Polynésie française et convoqué des élections anticipées pour le 23 mai. Tout est prêt pour un nouveau sacre organisé...

 

Donc, ce dimanche 23 mai 2004, le luxueux palais présidentiel est drapé de ses plus belles couleurs orangées, celles du parti politique Taho'era'a Huira'atira (Union de la population) de Gaston Flosse. Durant toute la journée, les chauffeurs du président ont fait le tour des bureaux de vote pour remettre en mains propres 563 invitations à des personnalités sympathisantes. A la grille de la présidence, des hôtesses filtrent les entrants. Le champagne est au frais et les petits fours au chaud. Les résultats commencent à parvenir au palais. Grâce à la nouvelle prime majoritaire, le Taho'era'a Huira'atira remporte 17 sièges sur 20 dans les archipels (9 sur 9 aux Marquises, Tuamotu et Gambier, 2 sur 3 aux Australes et 6 sur 8 aux îles Sous-le-Vent). Tout roule comme prévu, jusqu'aux résultats de Tahiti et Moorea. A la stupeur générale, dans les deux îles les plus peuplées du pays, où 37 sièges sont à pourvoir, Oscar Temaru en obtient 24 et égalise. Le bilan final confirme que le président sortant vient de se prendre les pieds dans son propre piège : 28 sièges pour Gaston Flosse, 27 pour Oscar Temaru et deux élus au centre, Nicole Bouteau et Philip Schyle. Ce sont ces deux représentants qui vont faire pencher la balance du côté du taui (changement). Le 14 juin 2004, l'assemblée de la Polynésie française élit pour la première fois l'indépendantiste Oscar Temaru président du pays.

 

Aussitôt, ce dernier commande un audit des comptes du territoire. Il découvre notamment la facture de la soirée électorale du 23 mai 2004 à la présidence : 2 362 720 francs Pacifique de frais de bouche (19 800 euros). Il refuse de payer la note et dépose une plainte, accusant Gaston Flosse d'avoir voulu faire financer par le pays une soirée de son parti politique.

 

L'audience au tribunal correctionnel de Papeete s'est déroulée mardi 3 février 2009. Poursuivi pour détournement de fonds publics, Gaston Flosse a expliqué devant les journalistes pourquoi la présidence était toute d'orange vêtue ce soir-là : "Chez nous, tous les partis politiques sont représentés par une couleur. J’ai assisté à Paris à plusieurs soirées électorales. Bien sûr, il n’y avait pas de couleur politique, mais tous les invités étaient RPR. Il n’y avait pas de socialistes au cours de ces soirées électorales." A l'audience, son avocat Me François Quinquis a peut-être voulu faire de l'humour : "On voudrait mettre un terme à cinquante ans de vie politique pour une assiette de sushis ?" Quelle belle assiette, qui contenait pour 20 000 euros de sushis ! Le procureur a souligné de son côté "une soirée privée aux intérêts du Taho'era'a et non de la Polynésie française" et ironisé : "Si on fête l’anniversaire de Gaston Flosse, ce n’est pas une dépense à imputer au territoire." (2)

 

Ce matin, mardi 17 février 2009, le tribunal correctionnel de Papeete a prononcé son délibéré. La cour de justice a suivi les réquisitions du procureur : le sénateur de la Polynésie française Gaston Flosse est condamné pour détournement de fonds public à un an de prison avec sursis, deux millions de francs Pacifique d'amende (16 760 euros) et un an d'inéligibilité. Le trésorier du Taho'era'a Huira'atira Marcel Tuihani écope de 10 mois de prison avec sursis et 500 000 francs Pacifique d'amende (4 190 euros) pour faux et usage de faux. Marc Fareata, comptable du parti à l'époque, est condamné à six mois de prison avec sursis et 200 000 francs Pacifique d'amende (1 676 euros) pour complicité. (3)

 

L'avocat de Gaston Flosse a annoncé qu'il fera appel. La condamnation sera donc suspendue jusqu'au prochain procès.

 

(1) Legifrance
(2) La Dépêche de Tahiti du 4 février 2009
(3) Tahitipresse

 

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