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Billet de blog 21 févr. 2009

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L'homme continue de détruire les récifs coralliens en Polynésie

Plus de la moitié du corail de la planète est menacé, affirme un rapport scientifique publié cette semaine. L'équation est simple : la santé des récifs coralliens est inversement proportionnelle à la pression démographique sur l'île qu'ils entourent. Exemple cruel en Polynésie, où les îles les plus peuplées ont détruit un cinquième de leurs récifs. 

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Plus de la moitié du corail de la planète est menacé, affirme un rapport scientifique publié cette semaine. L'équation est simple : la santé des récifs coralliens est inversement proportionnelle à la pression démographique sur l'île qu'ils entourent. Exemple cruel en Polynésie, où les îles les plus peuplées ont détruit un cinquième de leurs récifs.

L'Initiative internationale pour les récifs coralliens (Icri) a publié ce mercredi 18 février 2009 le rapport sur l'état de santé des récifs de corail dans le monde en 2008. Cette étude, réalisée avec l'Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) par 372 chercheurs de 96 nationalités, conclut que 54% des récifs coralliens de la planète sont menacés par l'impact des activités humaines et du changement climatique. 15% pourraient même disparaître avant vingt ans ; et encore 20% avant quarante ans si rien n'est fait à l'échelle planétaire pour y remédier. Le rapport tire donc la sonnette d'alarme en particulier pour l'Asie du sud-est et les Caraïbes.

Le corail est sain en Polynésie, sauf de Tahiti à Bora Bora

Le rapport de l'Icri consacre un chapitre à la Polynésie, région composée pour les besoins de l'étude de la Polynésie française, des îles Cook, Niue, Kiribati, Tonga, Tokelau et Wallis-et-Futuna. Dans cette zone, 90% des 6.733 km² de récifs sont sains. C'est une bonne nouvelle : la Polynésie française possède à elle seule 20% des atolls coralliens du globe. Principalement, les 92 îles des archipels des Tuamotu et des Gambier conservent encore des récifs en pleine forme et "la grande majorité des 15.000 km² de récifs et lagons de la Polynésie française sont en bonne santé et sont considérés comme à faible risque de dégradation dans les années à venir", écrit l'Icri au chapitre concernant ces "pays du noyau polynésien". Si ces îlots à fleur d'eau, isolés au milieu de l'océan Pacifique, sont encore en bon état, c'est que l'homme n'y est que peu présent : "Les raisons principales de cette bonne santé du corail sont la très faible quantité de population humaine vivant dans cette zone, et donc la très faible pression exercée sur ces récifs."

A l'inverse, la situation des récifs et lagons est jugée "préoccupante" dans les îles très densément peuplées et touristiques de la Société : Tahiti, Moorea, Raiatea et Bora Bora. Sur les 6.733 km² de récifs polynésiens, ces îles représentent peu de surface de corail : seuls 5% sont détruits (ou sérieusement menacés) et 5% sont modérément menacés. Mais si l'on resserre le zoom sur l'archipel de la Société, c'est par endroits la totalité du corail qui a disparu. A Moorea, le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) conclut par exemple que "95% des colonies de coraux sur la pente externe sont mortes" !

La menace humaine

Pour les récifs coralliens, la plus grande menace est la pression de l'homme. Et dans l'ordre : les rejets polluants dans la mer, les terrassements incontrôlés et les remblais effectués sur le récif.

Dans la zone urbaine de Tahiti où vivent au moins 120.000 personnes, il n'existe par exemple qu'une seule station d'épuration municipale sur la côte ouest (à Punaauia). Les deux villes les plus peuplées (Papeete et Faa'a) en sont dépourvues alors qu'elle regroupent à elles deux près de 60.000 individus sur dix kilomètres de littoral. Les fosses septiques qui se déversent dans le lagon s'y comptent par dizaines. Juste en face, sur l'île-soeur appelée Moorea, une station d'épuration existe depuis cinq années... mais n'a jamais reçu les crédits nécessaires à son fonctionnement !

La croissance démographique restant soutenue en Polynésie française (1,2% par an entre 2002 et 2007), les constructions immobilières sont nombreuses et non-encadrées, écologiquement parlant. Les terrains mis à nu lors des terrassements sont lavés par les pluies et la terre se déverse dans le lagon. A défaut de plan général d'aménagement, aucune autorité ne peut imposer des bassins de décantation pour empêcher ces apports terrigènes dans l'océan. Une fois dans l'eau, tous ces rejets se déposent sur les coraux et les étouffent. Le phénomène de blanchissement du corail (photo ci-dessus) pourrait notamment être dû au stress causé par ces modifications du milieu.

Enfin, l'homme construit tout le long des côtes : des ports, des quais, des pontons, des murets... L'urbanisation grignote le littoral et détruit directement le récif corallien. Entre 1993 et 2003, la moitié des plages de sable blanc aurait disparu sur l'île de Moorea, selon le Criobe.

Les menaces naturelles

A ces effets anthropiques s'ajoutent des menaces naturelles. L'une d'elles fait des ravages en ce moment dans l'archipel de la Société. Il s'agit de l'invasion d'une étoile de mer, l'acanthaster planci, redoutable dévoreuse de coraux. Dans le monde, elle est appelée couronne d'épines, couronne du Christ ou coussin de belle-mère et est connue pour ses douloureuses piqûres urticantes. La taramea, de son nom vernaculaire tahitien, a surtout faim de polypes, ces animaux microscopiques qui constituent le corail. Pour les scientifiques du Criobe, qui ont rédigé la partie polynésienne du rapport de l'Icri, ce repoussant échinoderme a causé à lui seul un véritable désastre en deux ans : "Depuis 2006, il y a eu une forte irruption de l'étoile de mer épineuse, invasion qui a réduit la couverture corallienne des pentes externes de 20%, et les acanthaster planci prospèrent aussi dans le lagon. Il y a des invasions majeures de taramea dans plusieurs îles de la Société (Huahine, Bora Bora, Taha'a, Raiatea, Moorea, Tahiti) et sur une île de l'archipel des Australes (Rurutu)."

La taramea (image à gauche) est une étoile de mer naturellement présente dans l'écosystème corallien. Mais ses prédateurs, principalement des poissons qui mangent leurs larves, sont de moins en moins nombreux, car leur habitat, le corail, se raréfie, et ainsi de suite. Le cercle est d'autant plus vicieux si le corail, stressé par les pollutions humaines, chimiques ou terrigènes, se régénère plus lentement et se défend moins bien devant ces attaques.

Une autre menace naturelle qui pèse sur les récifs coralliens de Polynésie est le cyclone. S'il a toujours des effets dévastateurs sur les massifs de coraux, il reste en Polynésie française un phénomène peu fréquent. Le dernier épisode cyclonique important remonte à la saison 1997-1998, et le précédent à 1982-1983. Les cyclones touchent plus souvent le sud-est asiatique et la Mélanésie.

La menace climatique

Mais cela pourrait évoluer avec le changement climatique. Il est encore impossible de le prévoir, et le rapport de l'Icri n'en tient pas compte. Toutefois, il est probable que les modifications du climat conduisent à une multiplication des phénomènes météorologiques extrèmes : cyclones, raz-de-marée, etc. D'ici un siècle ou deux, le réchauffement de la planète aura surtout deux conséquences néfastes pour le corail : l'acidification et la hausse de la température des océans. Cela devrait notamment ralentir la croissance du corail et sa capacité de se régénérer. Pour pouvoir résister ou s'adapter à ces changements, les récifs devront être en pleine possession de leurs moyens. Il faut donc dès maintenant se préoccuper de la protection et de la gestion de ces écosystèmes coralliens, considérés comme les réservoirs de la plus grande biodiversité de la planète.

Indispensables coraux

Les coraux sont donc nécessaires pour la préservation de la biodiversité marine dont ils sont à la base. En juillet 2008, l'Unesco a classé une grande partie du lagon de la Nouvelle-Calédonie sur la liste de son patrimoine mondial en soulignant l'extraordinaire biodiversité du récif : 350 espèces de corail dur, 650 autres espèces de corail, 1695 espèces de poissons, 841 crustacés, 802 mollusques, 254 étoiles et concombres de mer, 220 cônes, 203 vers, 151 éponges, 14 serpents de mers, 4 espèces de tortues et 22 espèces de mammifères marins !

Les récifs coralliens ont également un rôle protecteur pour les îles qu'ils entourent. La barrière de corail crée un lagon et protège le littoral des effets de la houle.

Ils sont enfin indispensables pour l'activité économique de ces îles, comme le souligne le rapport de l'Icri : "Les récifs maintiennent le tourisme et l'industrie perlière comme principales sources de revenus en Polynésie française et aux îles Cook. Le tourisme autour des récifs a généré 130 millions de dollars US en 2007 et emploie 60% de la population des îles Cook. La Polynésie française a produit des perles noires pour 100 millions de dollars US en 2006 et emploie 500 personnes dans plus de 50 îles."

Billet rédigé à partir de dossiers publiés dans les Nouvelles de Tahiti, les 9 juin 2008, 7 et 21 février 2009. Images : Wikipedia.

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