Le droit à l'avortement est menacé en Espagne

 Une loi à l’initiative du gouvernement de Zapatero avait définitivement accordé la sécurité juridique aux femmes qui avortent et leur prise en charge gratuite par la Sécurité Sociale. La droite actuellement au pouvoir en Espagne prétend revenir en arrière et repénaliser partiellement l’avortement.

 Une loi à l’initiative du gouvernement de Zapatero avait définitivement accordé la sécurité juridique aux femmes qui avortent et leur prise en charge gratuite par la Sécurité Sociale. La droite actuellement au pouvoir en Espagne prétend revenir en arrière et repénaliser partiellement l’avortement.

Zapatero avait enflammé la droite en 2010 en faisant voter la réforme de la législation sur l’avortement. Depuis 1985, l’avortement n’était dépénalisé que dans certains cas : viol, malformation du foetus ou danger pour la santé de la mère. La réforme autorisait l’avortement dans tous les cas jusqu’à la 14ème semaine de grossesse (rappelons qu’en France la limite est fixée à 12 semaines), jusqu’à la 22ème semaine en cas de risque pour la santé et au-delà de la 22ème semaine dans les cas les plus graves de malformation fœtale. La réforme prévoyait que l’avortement serait pris en charge par la Sécurité Sociale. Le Parti Populaire avait alors déposé un recours devant le Tribunal Constitutionnel.

Sans attendre la décision de cette haute institution, le PP est en train d’élaborer une réforme qui éliminerait tous ces nouveau droits et qui serait encore plus restrictive que la loi de 1985. Les détails du projet de loi ne sont pas connus mais le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardón, souhaite retourner au système qui autorisait l’avortement dans certains cas. Mais il souhaite aller plus loin (ou plus en arrière si l’on veut) et ainsi interdire les avortements pour les cas de malformation du fœtus – même si cette dernière disposition fait encore l’objet d’un débat. Enfin, il veut que les parents des femmes de 16 à 18 ans qui avortent soient mis au courant, indépendamment de la volonté de la jeune femme.

Gallardón avait pourtant l’image du « progressiste » du Parti Populaire  - il avait notamment été à faveur du mariage homosexuel. Depuis son entrée au gouvernement, il semble vouloir donner une image plus droitière. Mais la réforme ne fait pas l’unanimité au sein de son parti et la gauche ainsi que les mouvements sociaux sont fortement mobilisés contre cette réforme. Des féministes ont ainsi réalisé un « escrache » (ce type de manifestations venu d’Argentine qui consiste à protester devant le domicile d’un homme politique) devant l’appartement de Gallardón.

Derrière ce projet de loin se trouve aussi l’ombre de l’Eglise catholique. La religion a perdu beaucoup de poids dans l’Espagne d’aujourd’hui, mais l’Eglise catholique dispose toujours d’un grand pouvoir et ses liens avec le Parti Populaire restent important. La nouvelle réforme éducative prévoit ainsi de donner plus de poids aux cours de religion à l’école.

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