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Billet de blog 6 avr. 2011

Vers une médecine à deux vitesses en Catalogne

Réduire de près de 10% le budget de la santé publique et subventionner en même temps les mutuelles privées, c'est possible? Oui, le gouvernement nationaliste conservateur de Catalogne est en train de le faire.

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Réduire de près de 10% le budget de la santé publique et subventionner en même temps les mutuelles privées, c'est possible? Oui, le gouvernement nationaliste conservateur de Catalogne est en train de le faire.

Convergència i Unió, le parti au pouvoir en Catalogne depuis les élections en novembre dernier, a décidé de tailler fortement dans les dépenses de santé pour réduire le déficit budgétaire. Le conseiller de la Santé, Boi Ruiz, veut en effet réduire d'environ 8,5% le budget de la santé. Ruiz s'était voulu au départ rassurant et avait affirmé que la seule différence serait que les usagers auraient à se déplacer plus loin pour certaines visites médicales. Il fait maintenant face aux syndicats de médecins et aux associations de défense de la santé publique qui ont bien compris que ces coupes entraîneront une diminution du nombre de lits ainsi que des emplois et une augmentation des listes d'attente pour les opérations.

Il faut rappeler que la Santé est un domaine largement décentralisé en Espagne. Par ailleurs, il existe deux systèmes de santé parallèles. Les centres publics de santé sont gérés soit par l'administration, soit par des entreprises privées, avec un financement public. Le système privé, lui, fonctionne entièrement grâce à l'apportation des patients et mutuelles.

Le nouveau gouvernement aura mis donc quelques semaines à renier son programme électoral, qui prévoyait la stabilité du budget de la santé. Mais il n'entend lâcher un autre point de son programme: la déduction d'une partie du coût de la mutuelle de l'impôt sur le revenu. Bref, la Generalitat (l'administration catalane) réalisera un tour de passe-passe consistant à déshabiller le système public pour mieux aider les entreprises privées. Un coup d'oeil sur le CV de Boi Ruiz pouvait cependant déjà alerter sur les possibilités d'une telle politique. Ruiz était en effet le président du patronat catalan des entreprises de santé.

L'éducation sera aussi un secteur visé par le gouvernement d'Artur Mas, ce qui ne l'empêchera pas de respecter une promesse électorale: la (quasi) suppression des droits de succession, que le gouvernement a eu l'audace de qualifier de mesure mettant fin à la "discrimation" subie par les Catalans, cet impôt ayant été supprimé dans quasiment toutes les Communautés Autonomes (régions).

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