Qui parle des mineurs asturiens en lutte?

Autoroutes et voies ferrées coupées, affrontements avec la police, manifestations... La grève des mineurs asturiens, qui dure depuis trois semaines, passe inaperçue en France. Plus qu'une lutte sociale, c'est celle d'une région qui se meurt.

C'est la décision du gouvernement de réduire considérablement (environ 60%) les aides aux mines de charbon qui a mis le feu aux poudres. Les aides passeraient ainsi de 301 à 111 millions d'euros annuels. La décision est dûe non seulement à la politique d'austérité du gouvernement mais aussi à l'interdiction par l'Union Européenne des aides aux mines non viables par elles-mêmes à partir du 31 décembre 2018. Pour résumer, la diminution des aides devait être progressive; elle est en fait brutale.

La grève dure depuis plus d'un mois dans les Asturies mais aussi dans la région de Leon. Des routes sont régulièrement coupées, ce qui entraîne régulièrement l'intervention musclée des forces de l'ordre, sept mineurs se trouvent depuis plus d'un mois dans la mine de Santa Cruz del Sil pour protester contre la réduction des aides au charbon. Le 18 juin, la journée de grève générale a été largement suivie dans les régions minières. Les mauvaises langues diront que certains commerçants ont baissé le rideau pour éviter d'éventuelles casses, mais le fait est que beaucoup l'ont fait en solidarité avec les mineurs.... qui sont aussi leurs clients. C'est le cri d'une région qui ne veut pas être condamnée à la pauvreté et à l'émigration des plus jeunes. La population de ces régions diminue continuellement depuis des années. Depuis 1985, les effectifs du secteur minier en Espagne sont passés de 53 000 à 8 000. Les pouvoirs publics ont accompagné cette évolution de généreux programmes de pré-retraite. Mais le tissu économique, lui, ne s'est pas reconverti. De nombreux jeunes n'ont aujourd'hui aucune perspective dans leur région et l'émigration devient la seule solution. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'on assiste aujourd'hui à une alliance incongrue des patrons et salariés.

Dans l'imaginaire collectif de la gauche espagnole, les mineurs asturiens sont les héros de la Révolution des Asturies de 1934, qui fut durement réprimée par le gouvernement de droite et les troupes coloniales marocaines du général Franco. Ils sont un vrai mythe, comparable à nos Communards, ce qui explique le soutien de la quasi-totalité des forces de gauche.

Du côté des organisations écologistes, on soutient certes la fin des aides au charbon, mais on rappelle aussi que les aides aux énergies renouvelables ont été interrompues depuis février par le gouvernement Rajoy. Dans ce contexte, on n'assistera pas à une transition écologique de la production énergétique et le charbon utilisé par les centrales thermiques, au lieu d'être produit sur place, sera importé, ce qui accentuera un phénomène déjà existant.

 

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