Les Espagnols sont asphyxiés

Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour l'Espagne, qui va devoir faire des sacrifices considérables pour sauver Bankia, l'une des principales banques du pays. 4 milliards, puis 15, 19, le coût de la recapitalisation sera finalement de 23 milliards d'euros. Les Espagnols, frappés par le chômage de masse et punis par une austérité budgétaire depuis trois ans, sont au bord de l'asphyxie.

Les mauvaises nouvelles s'accumulent pour l'Espagne, qui va devoir faire des sacrifices considérables pour sauver Bankia, l'une des principales banques du pays. 4 milliards, puis 15, 19, le coût de la recapitalisation sera finalement de 23 milliards d'euros. Les Espagnols, frappés par le chômage de masse et punis par une austérité budgétaire depuis trois ans, sont au bord de l'asphyxie.

Les sauvetage de banques ne cessent d'indigner les Espagnols, qui se demandent pourquoi ils doivent les financer par la régression sociale. Depuis 2010, ils ont dû subir: une hausse de 2 points de la TVA, une hausse de l'impôt sur la revenu, une réforme des retraites qui les obligera à travailler jusqu'à 67 ans, deux réformes du droit du travail qui réduisent considérablement les indemnités de licenciement, annulent pratiquement la contrainte des conventions collectives, mettent en place un contrat sans droit à indemnité pendant un an, une baisse drastique du budget de l'éducation et de la santé (déremboursement de médicaments, fermeture de centres de santés, limitation de l'accès au système de santé publique pour les sans-papiers, etc.), une réduction du salaire des fonctionnaires. Sans oublier les dizaines de milliers de personnes expulsées de leur logement, car devenues incapables de payer leur crédit.

Mais comment a-t-on pu en arriver là? Il faut rappeler le contexte de la bulle immobilière des années 2000, qui a permis une croissance qui faisait envie au reste de l'Europe. Les institutions financières y sont allées de coeur joie, offrant des crédits à tout-va, y compris à des personnes à faibles revenus (des prêts à 40 ans n'étaient pas rares). Qu'importe s'ils ne pouvaient les rembourser: grâce à la hausse continue des prix, la banque était certaine de récupérer sa mise. 

Ce sont les Caisses d'épargne, très nombreuses en Espagne, qui détiennent la plus grande partie de ces crédits douteux. Liées traditionnellement aux régions, elles ont financé des projets faramineux. Un exemple: l'aéroport de Ciudad Real. Vous ne connaissez pas cette charmante ville de Castille-La Manche? C'est peut-être parce qu'elle n'a que 74.000 habitants. Pas étonnant que son aéroport soit inutilisé.

Zapatero avait pour cela décidé d'y mettre de l'ordre et avait encouragé la fusion des caisses d'épargne et leur transformation en banque. C'est dans ce contexte-là qu'est née Bankia, grâce â la fusion de 7 caisses d'épargne dont Caja Madrid et Bancaja. Cette fusion n'a pas permis leur renforcement tant espéré. Bien au contraire. Elle a surtout fait naître un établissement "too big to fail" - il s'agit aujourd'hui de la quatrième institution financière du pays.

Les choses se sont compliquées hier pour le gouvernement espagnol. Son plan de sauvetage, qui prévoyait un renflouement de la banque par des bons du Trésor, a été refusé hier par la BCE. Aujourd'hui, la prime de risque atteint des sommets historiques (elle approche les 540 points à l'heure ou j'écris ces lignes).

Le gouvernement refuse toute commission d'enquête parlementaire ou comparution des responsables de Bankia et de la Banque d'Espagne devant le Parlement. Il refuse de remettre en question l'exemption de l'impôt foncier dont jouit l'Eglise Catholique. Un audit de la dette n'est même pas abordé. Mais le peuple espagnol, lui, devra payer. La Comission Européenne vient de demander une nouvelle hausse de la TVA, une accélération de la réforme des retraites et un durcissement des conditions d'accès aux allocations-chômage. Après la Grèce, le Portugal et l'Irlande, le sauvetage de l'Espagne aura peut-être lieu. Mais qui sauvera les Espagnols?

 

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