LA FIN DES "ALUBIAS" ( haricots ) AVEC L'AUTO-DETERMINATION DES CATALANS ?

Une indépendance catalane sonnerait-elle la fin des haricots ?

LES REFLEXIONS DU ZAPPEUR CAMEMBERT : LA FIN DES "ALUBIAS" (haricots en castillan)OU DES "MONGETES"( haricots en catalan) POUR L'ESPAGNE ?

Je m'étais abstenu, jusqu'à maintenant, d'exprimer quelque opinion que ce fut sur la situation en Catalogne, non que je n'aie pas d'avis sur ce sujet, mais je ne suis pas animé d'une quelconque passion qui me ferait m'enflammer pour une dislocation de l'Espagne. Ce pays, depuis quelques siècles maintenant, ne menace plus la France, et li est devenu un partenaire européen de grande importance au sein de l'Union européenne. Mais voilà que j'entends tellement d'âneries sur la question, tellement de comparaisons catastrophistes idiotes, tant de résurgences du nombrilisme jacobino-franchouillard, que ça me fait sortir de ma sénescente placidité.

Comme souvent, il me semble, je suis guidé, ou me crois du moins guidé (suis-je assez modeste ?) dans ma réflexion, par le principe de non-contradiction. Ce principe de non-contradiction, en tous cas, je ne le vois guère appliqué par certains discoureurs sur la question catalane.

Ainsi, je voudrais bien qu'on m'explique : en quoi l'idée de la sécession de la Catalogne par rapport à l'Espagne est-elle forcément inepte ? Oui, Je voudrais qu'on me l'explique par le menu. Que je sache, la Slovaquie et la Tchéquie se sont séparées, et cela n'a entrainé nulle catastrophe, bien au contraire, l'un et l'autre pays appartenant à l'ensemble européen dans la paix la plus totale. L'a-t-on déjà oublié ? Et si on l'a oublié, pourquoi, si ce n'est pour la raison, justement, que ça n'a pas posé de problème majeur ?

Verrait on un mur s'élever entre la Catalogne et le reste de l'Espagne ? Des herses partout ? Qui peut le croire ? On circulerait de la même manière entre Barcelone et Madrid qu'entre Prague et Bratislava aujourd'hui.

Serait-ce donc la fin des "alubias" (haricots) ? Sûrement pas ! Le gouvernement espagnol, il faut bien le reconnaitre, a fait une connerie majeure, celle qu'il ne fallait surtout pas faire, en interdisant un processus électoral dont le résultat était justement loin d'être garanti pour les séparatistes ! Là, du coup, il bafoue clairement un principe que beaucoup trouvent tout à fait légitime lorsqu'il concerne des Bantous, des Sahraouis, des Kurdes, des Ecossais ou des Québecois. Oui, je voudrais bien qu'on m'explique en quoi les Catalans auraient forcément moins de droits,  a priori, que les autres peuples à disposer d'eux-mêmes.

Les Français, il est vrai, sont biberonnés quasi depuis leur naissance au centralisme jacobin. Or, l'Espagne, comme la France, est un pays qui s'est créé autour d'un état, mais, à la différence de l'état français, l'état espagnol n'a pas su créer une mystique autour de cet état, mystique qui parfois, il faut bien le reconnaitre, confine, pour la France, à l'escroquerie. En Espagne, cet Etat fut trop longtemps représenté par une armée essentiellement castillane. "Franco ha muerto", Franco est mort !  il est temps de s'en rendre compte. Si l'on est à fond contre le séparatisme catalan, sans pouvoir même expliquer pourquoi, alors, il serait peut-être temps, dans la foulée, de rendre un hommage posthume à Francisco Franco Bahamonde qui n'y a pas été de main morte avec les velléités indépendantistes des Catalans et des Basques. Faut-il même revenir au garrot ?

Mais, me dira-t-on, qu'ont à voir les Bantous avec les Catalans ? Certes, je pousse le trait un chouïa avec "les Bantous", mais c'est juste pour essayer de faire comprendre que l'autodétermination n'est pas forcément réservée aux gens d'une autre couleur. Et après tout, l'Algérie fut constituée au nord du moins, de départements français, non ? Pour ma part, mon admiration pour le principe de non-contradiction en politique date du temps où, encore enfant, je constatai autour de moi que les mêmes qui disaient que les "fellouzes" ne représentaient rien, et que les Algériens voulaient juste être des Français comme les autres, se mettaient à conchier le referendum annoncé par De Gaulle. Le doute s'instilla dans mon esprit, tout doucettement. Devenu adulte, ma réflexion est devenue plus rapide.

Si les indépendantistes sont si minoritaires, comme certains le clament aujourd'hui avec une conviction qui fait plaisir à voir, pourquoi ne pas laisser la licence à l'ensemble de la population de la Catalogne, qui est loin d'ailleurs d'être forcément catalane de souche, de le démontrer elle-même avec un referendum officiel, justement ?

Pour le garrot, si je pousse là-aussi le bouchon, c'est que quand même Franco l'a fait utiliser pendant des décennies contre les velléités indépendantistes des Basques, ce qui émouvait fort à l'époque , l'opinion "progressiste" européenne, le peloton d'exécution étant généralement préféré pour les Catalans dans l'après-guerre civile. Companys en a fait les frais, mais qui se souvient de Companys ? 

Contradiction que je note, on se posait moins la question, en 1936, dans les milieux de gauche français, de savoir si les Catalans avaient le droit de se battre pour leurs droits il me semble. Pourtant ces Catalans que l'on présente maintenant comme des ploutocrates insensibles à toute solidarité à l'égard des autres Espagnols, Ils étaient déjà plus riches que les reste des Espagnols à l'époque !

Bref, dans un pays où un Mélenchon peut demander à la cantonade "tu en connais, toi, des Lituaniens ? " (sous-entendu:" ils auraient dû rester russes, ces cons-là, au lieu de nous faire chier"), sans même passer clairement, aux yeux de tous, pour ce qu'il est, il y a quelque difficulté, et c'est même carrément aventureux que de tenter de faire comprendre au vulgum pecus que même les petits peuples en Europe peuvent avoir le droit à des sentiments nationaux.

Personnellement, l'espagnol, ou plutôt le castillan que j'ai appris, sous Franco, je l'ai appris en Catalogne justement, avec des Catalans, parce que tout simplement, en ces temps joyeux, le catalan, qui était pourtant la langue maternelle des gens du coin, était interdit d'existence, ce qui allait jusqu'à "castillaniser " le nom du moindre bled : pas mal, non ?

Admettre que l'on puisse bafouer le droit des gens pendant des décennies, tout en conchiant le régime (franquiste, pour ceux qui n'auraient pas compris) qui le fait, puis se féliciter cependant du résultat obtenu, tout en faisant passer ceux qui ne l'ont pas admis pour des salauds d'égoïstes rétrogrades, rajouter à cela un mépris identique à celui du bon blanc qui, tout naturellement, ne peut faire la distinction entre deux nègres, et donc réduire une fierté humiliée à du tribalisme réactionnaire, il n'y a qu'en France qu'un tel cocktail étrange puisse trouver autant de fans sincères, pétris de sentiments démocratiques et ouverts jusqu'au tréfonds à la "différence".

Pour ma part, je n'ai pas à me déterminer pour ou contre l'indépendance de la Catalogne, et n'entretiens pas, comme le soupçonnent déjà pour sûr certains, une quelconque passion malsaine pour la dislocation de l'Espagne, mais il me semble que si l'on veut comprendre un tout petit peu le problème, un peu moins de morgue, compensée par un peu plus d'empathie, ça ne saurait nuire. Mais il est vrai que moi, comme un con, je ne me suis pas contenté de rencontrer des Catalans, j'ai aussi rencontré des Slovaques et des Lituaniens, voire même, imaginez-vous, des Lettons et des Estoniens, et sur place encore, qui plus est ! Et, sans me vanter, ça m'a aidé grandement, au risque de passer pour un gland pour certains, ancrés qu'ils sont dans leurs certitudes un peu hautaines et leurs comparaisons à la mords-moi-le-neutre. Celle avec la Yougoslavie, est la plus baroque, mais ils n'y ont vraisemblablement jamais mis les pieds non plus, même si, à l'instar de Rocard, ils ont probablement chanté en choeur l'autogestion avec la même belle ferveur qui leur fait réduire les indépendantistes catalans à une horde d'excités chauvins, xénophobes, ploutocrates égoïstes et rétrogrades.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.