REFLEXIONS SUR LA CATASTROPHE ANNONCEE DE FRONTENAUD : la rafle d'enfants par l'ASE.

Réflexions amères d'un ancien responsable de l'Aide Sociale à l'Enfance de Saône-et-Loire sur ce qui a pu conduire à ce qu'un des plus sérieux Lieux de Vie et d'Accueil de France soit fermé sans le moindre contrôle préalable, dans une violence psychique sans la moindre justification pour les 4 enfants raflés par 28 gendarmes et une dizaine de travailleurs sociaux.

 Je profite d'une période de calme ouaté par des  chutes de neige cette nuit pour faire le point  sur ce qui s'est passé, et dont je ne puis dire que ça dépasse l'entendement de la plupart des gens, eu tout cas ça n'a pas dépassé le mien,  dans la mesure, où, connaissant bien la culture des institutions mises en cause, et fin connaisseur des évolutions sociétales, j'avais prévu de longue date, la possibilité  d'une catastrophe comme celle qu'a connue le LVA de Frontenaud le 22 octobre 2019. Ce billet fait suite à deux autres, et même trois, si j'inclus celui que Médiapart a censuré frileusement. 

A ceux qui seraient tentés de donner une explication bassement économique à cette affaire, voire de donner dans la théorie du complot, je  dis très clairement qu'ils se plantent.

Les départements payent un prix de journée, qu'ils font semblant de maîtriser par des contrôles à la con, le plus souvent sur des queues de cerise. La plupart du temps, l'aspect économique n'est maitrisé par personne. Comme par ailleurs, les décisions de placement sont prises par des juges qui se foutent royalement du coût d'un placement, aucun acteur de la protection de l'enfance n'a réellement toutes les cartes en main. Dès lors, donner dans la théorie du complot  pour des raisons économiques est complètement idiot.

 Le problème, c'est plutôt qu'en 18 ans de carrière, je n'ai jamais, je dis bien jamais eu la possibilité de m'expliquer sérieusement sur le sujet de la protection de l'enfance avec un politique de haut niveau. Une seule fois, j'ai vu un conseiller général, suivre la même formation que moi. Il n'est pas resté politique longtemps. Les politiques n'y comprenant donc strictement rien, pour se rassurer, embauchent des petits cons d'administrateurs qui se vendent comme "costkillers" sans la moindre expérience concrète du terrain. Ces "costkillers" de pacotille foutent pour se faire valoir, le bordel dans ce qui marche tant bien que mal,  histoire de passer pour des novateurs, et se barrent  ensuite fissa sans attendre le résultat réel de leurs conneries, pour se vendre dans un autre département comme des hommes d'expérience, de préférence à un niveau supérieur., promotion à la clef.  Le crétin que je ne peux nommer sans exciter Anastasie , le «  S.  à poils durs », qui a fait des ravages, en est un prototype particulièrement caricatural.

C'est ahurissant, mais c'est comme ça ! Pour ma part, ma propre expérience me fait dire qu'il faut plusieurs années pour pouvoir parler sérieusement de  la  protection de l'enfance. Il faut être très humble dans ce domaine. Or,  un fantasme à la mode  veut que quelqu'un qui n'y connait rien a forcément un oeil neuf : c'est possible, mais ça n'est que très partiellement vrai. Pour ma part, je dois reconnaitre que j'en ai appris quasi autant depuis que je suis en retraite que pendant 18 ans à la tête de l'ASE ! Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que, tout bonnement,  je n'avais jamais eu la possibilité d'observer, dans ma vie professionnelle,  un Lieu de Vie,  au quotidien, et donc de comprendre concrètement comment on peut, pas à pas, restructurer un gamin !

Le département 71 a, à cet égard,  complètement raté l'opportunité de bénéficier du boulot que Rossi et moi-même avons fait, « la mano en la mano », en matière de réflexion sur ces petites structures d'accueil.  Nous nous sommes heurtés à un mur de défiance, et pourtant, nous avons fait du très bon boulot, qui aurait pu être utile, mais qui a dû servir à caler une armoire à l'ASE de Saône-et-Loire.

En gros, chaque département pond tous les 5 ans, en fanfare, un schéma départemental avec les mêmes conclusions : une palette de lieux de placements, l'enfant au cœur du projet, etc etc . Cela engraisse des cabinets qui se contentent de faire du copié-coller, vendant à peu près le même brouet, changeant légèrement les épices selon la couleur politique du département. C'est la tarte à la crème, tout ce baratin. Et puis, finalement, les logiques administratives, la méconnaissance du terrain, le choc des cultures entre fonctionnaires plan-plan  et pétochards et ce que j'appelle "les flibustiers du social" l'emportent.  Les fonctionnaires imbus de leur pouvoir, et cherchant encore et toujours le moindre risque, sacrifient les flibustiers au moindre pet de lapin , et alors qu' ils ont pourtant tant besoin, les traitent comme des pirates. Hop, on les pend ! Plus qu'un crime, c'est une faute ! j'essaye de le faire comprendre, mais c'est comme si je pissais dans un Stradivarius.

Ce qui est arrivé  à Gian-Claudio ROSSI ( il se fait appeler Jean-Claude en fait, mais tu attendris plus à Médiapart, si tu soulignes que c'est un immigré italien) et à son Lieu de Vie et d'Accueil, est donc grandement le résultat de ce que je dénonce depuis longtemps sans être entendu !

Des petits cons sans la moindre expérience, ni la moindre empathie, ni la moindre prudence, ni le moindre bon sens, pensent répondre à une réalité un tout petit peu complexe, et qui en tout cas demande à être analysée avec un peu de finesse et d'intuition, par des « procédures » menées d'ailleurs, comme dans le cas qui nous concerne, de manière totalement foutraque.

Sûrs de leur pouvoir et de l'acuité de leur œil olympien, Ils ne voient même plus la réalité, se retrouvent pratiquement sur une autre planète, et refusant frileusement qu'un homme d'expérience comme moi les ramène sur terre, s'entêtent très bêtement, atteints dans leur ego, et continuent de persécuter avec une extraordinaire bonne conscience toute une famille pendant des mois, plutôt que de reconnaître platement et rapidement qu'ils se sont plantés sur toute la ligne.

Cela conduit tout naturellement à ce  que la défiance ne se solde jamais, dans un service où de plus, pour corser la chose, les travailleurs sociaux se croient forcément, d'entrée de jeu, supérieurs à des autodidactes, lors même qu'ils n'arrivent pas à la cheville de ces derniers, et qu'ils n'ont obtenu , pour certains, leur diplôme qu'avec la plus grande indulgence du jury.  En Islam, il faut la voix de deux nanas pour peser autant que celle d'un homme, eh bien dans le social, il faut au moins quatre ou cinq voix d'assistantes familiales ou de responsables de LVA pour peser autant que celle d'un éducateur, même si ce dernier est un peu nigaud.

Si l'on ajoute à cela les rumeurs propagées autour de la machine à café, les petites rancunes de fonctionnaires qui n'admettent pas qu'on leur tienne tête, ni surtout qu'on soit tout bonnement moins con qu'eux, l'inexpérience de magistrats shootés à leur « imperium », les délires post MeToo d'une gendarme qui veut montrer qu'elle a aussi des couilles dans un monde majoritairement masculin, ou du moins un clito commak, et qui du coup offre sur un plateau à une gamine "stone", apeurée et charmante pour ne pas dire sexy, la solution pour se tirer d'un mauvais pas, eh bien cela donne la catastrophe qui s'est produite à Frontenaud le 22 octobre 2019  ! Tout le beau monde qui a concouru à cela agissait, comme de bien entendu, pour le bien de la jeunesse souffrante, et non en fonction de ses préjugés ou de sa trouille.  Résultat des courses, quoi qu'il en soit   : 7 jeunes fragiles se demandent s'ils ne sont pas dans un monde de fous ! Les majeurs se révoltent, et ça, en tout cas, c'est un point très positif : ils ont muri d'un coup. Je suis très fier d'eux, si je suis à l'inverse extrêmement honteux  des délires de mon ancien service.

L'article L223-4 précise pourtant que "le service examine avec le mineur toute décision le concernant" Quelle rigolade ! Non seulement, on se fout bien de leur avis, aux jeunes raptés, mais encore on fait tout pour les baillonner, donnant l'instruction totalement illégale aux autres départements de ne transmettre quelque information que ce soit à M.  ROSSI.

Et l'autorité parentale, qu'en a-t-on fait ? Eh bien, on s'assied dessus ! Les parents ont-ils été seulement avertis ?  Non, or, aucun ne s'est plaint de l'établissement ! 

Ah ! Il a  sacrément bon dos, l'intérêt supérieur de l'enfant ! 

 Ce qui corse l'affaire, maintenant, c'est qu'encore et toujours, chacun des miteux  protagonistes de cette tragi-comédie sociale, tragique pour ses résultats, mais comique pour ce qui est du comportement caricatural de chacun des responsables,  cherche à se protéger des sanctions inéluctables de son erreur, en s'entêtant à ne pas stopper les dégâts illico, ce qui serait la meilleure de s'en tirer par le haut. Si l'on voulait démontrer que « l'intérêt supérieur de l'enfant » n'est qu'un slogan creux, on ne s'y prendrait pas mieux !

Etant libre de toute dépendance, en tant que retraité, cette affaire, qui ravive de plus en moi de vieilles blessures jamais cicatrisées, car je payerai jusqu'à la fin de ma vie le courage de m'être opposé en 1997 à un passe-droit en matière d'adoption,  ce scandale, je ne le laisserai pas passer.  C'est mon devoir de citoyen, tout simplement !

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