Chroniques franco-arméniennes

Des heurs et malheurs de la cohabitation entre un "facho de service" et ses hôtes migrants !

Il m'a paru marrant, ayant été classé facho par des tas de membres du club de Médiapart nourris des meilleures intentions du monde lorsqu'ils conchient autrui, de narrer quelques menus épisodes de ma cohabitation au quotidien avec une petite famille de réfugiés arméniens que j'héberge maintenant depuis plus d'un an, chose que ne font pas forcément ceux qui m'ont traité de "FHaine" si volontiers, avec une facilité en adéquation avec leur niveau de réflexion possible. Outre que cela me donne le loisir  de me payer une gaufre aux dépens de ces minus habens donneurs de leçons, cela  me permet de garder des traces potentiellement intéressantes d'une cohabitation au jour le jour, avec ses hauts et ses bas, peut-être un peu plus objectives que celles que la conception forcément irénique de "l'enrichissement par la différence", si chère aux curés de gauche, dicterait.  Me voilà  donc au tout début  de ces CHRONIQUES FRANCO-ARMENIENNES, que je poursuivrai ou non, selon mon humeur.

 4 Mai 2019 :

J'héberge une petite famille de réfugiés arméniens depuis 13 mois maintenant. La mère, Arus, 25 ans, le père, Arsen, 30, et la fille, Marina, une gamine pleine de vie de presque 4 ans, trilingue (arménien, russe, français). Je ne compte pas Arthur, qui baigne encore dans son liquide amniotique. Comme ils ont tendance à bouffer beaucoup de trucs qui ont fabriqué chez nous des obèses, des diabétiques et des édentés, tendance favorisée malheureusement par le contenu des paniers des restos du coeur qu'ils ramènent, je m'efforce de leur expliquer doctement qu'ils feraient mieux de limiter leur consommation de sucre, de sel, de graisse, de colorants et de boissons sucrées. La tache est dure, quasi titanesque, et le père, de plus, gâte sa fille en lui ramenant des saloperies du genre "Kinder surprise" et des boissons lactées, sucrées, colorées, en mini bouteilles plastiques avec paille, excellentes pour l'avenir de la planète et notamment des océans. Je qualifie tout cela de "cochonneries" devant eux, et notamment la gamine. Et voilà que l'autre jour, celle-ci, de retour de l'école, se précipite vers moi, une de ces bouteilles à la main, suçant sa paille, et me nargue, malicieuse et hilare : "papa m'a acheté plein de cochonneries !" Dois-je renoncer à ma mission éducative ?

5 mai 2019 :

Dans mon entreprise quasi missionnaire de faire se diversifier un peu les habitudes culinaires de mes hôtes arméniens, qui tournent quasi exclusivement sur le porc et le poulet en matière de bidoche, j'avais ramené, l'autre jour, de Netto, des morceaux de canard. Et voilà qu'entrant dans la cuisine, je vois Arus, que j'appelle parfois "la patronne", tant la cuisine est son domaine, en train de préparer le frichti avec ceux-ci. D'un ton plaintif dans l'aigu qui me pousserait, si j'étais juré d'assises, à accorder systématiquement les circonstances atténuantes à un mari arménien qui aurait égorgé sa femme, et ceci bien que j'aie perdu 25% de mes capacités auditives, essentiellement au dessus de 12000 Hz, la voilà qui me crie . "Bernarrrrd, tou achètes plou de canard ! Regarde, ils sont pleins de de de, comment tou dis.. de poils " Effectivement, il reste quelques résidus de plumes que je la vois extirper de la peau un peu grasse des palmipèdes avec un dégoût non dissimulé. Ce dégoût m'amuse autant qu'il m'irrite, car je l'ai vue épiler pour quelques euros de vieilles compatriotes grasses et au poil fourni elles-aussi, sans qu'elle fasse autant de cinéma. La pilosité des Arméniens et surtout des Arméniennes étant un sujet inépuisable de plaisanteries de ma part, je fais observer à Arus que j'héberge des Arméniens poilus chez moi et que je ne me plains pas pour autant! Pas de raison donc de ne pas ramener de canards qui auraient gardé 3 poils sur le croupion ! Elle me répond sans se démonter aucunement : " Oui, mais les Arméniens, tou les manges pas ! " Imparable argument ! 1 à 0 !

 

4 juillet 2019 : 

Comme je l'ai expliqué dans ma première chronique, j'héberge une famille arménienne composée actuellement, avant qu'Arthur ne naisse à l'improviste, pressé de suivre le tour de France, de Arus, de son mari Arsen, et d'une pétulante gamine de 4 ans, Marina, maligne comme un singe (et presque aussi poilue comme beaucoup de caucasiens). La gamine vint dans ma chambre ce matin, y foutant la pagaille tout en me réclamant de regarder "Ladybug" sur Netflix. Elle lui plait, cette super-héroïne qui tortille du croupion dans une combinaison collante couleur de coccinelle. C'est une esthète, cette petite Marina, et elle a bien noté que l'écran dans ma chambre est plus grand que celui du salon. Quand je lui lis des contes, très souvent, pour lui faire retenir le vocabulaire, et voir si elle a suivi, je ne finis pas le dernier mot de la page. Ca donne quelque chose comme ça : "et le grand méchant loup mangea le petit co..." "chon" poursuit la crapulette, prise au jeu et ravie. Alors, comme ce matin, Marina m'avait bien planté le souk, et qu'elle avait, en plus, le front de me réclamer le dernier stylo qu'elle ne m'avait pas encore fauché, je lui dis "non, non, non et non !" "Et pourquoi ? "demande-t-elle. "Parce que tu es une casse-c..., une casse-c... ? ". Elle regarde, inquiète, à droite et à gauche, bien que nous soyons seuls, et me chuchote en baissant un peu la tête: "je peux pas le dire, maman m'engueule!".

 

 

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