L'impayable Michel Onfray s'acharne à nous faire croire que la centralisation actuelle est l'oeuvre des Jacobins de 1789, il y a plus de deux siècles. Jacobins révolutionnaires, ne pas confondre avec les Girondins de lignée conservatrice qui, pendant quelques temps, prirent le train en marche pour finalement décrocher et se faire rosser par les révolutionnaires bretons, les Jacobins. On les nomme en classe de quatrième : Robespierre, Desmoulin, Mirabeau, Danton, Marat et beaucoup d'autres. Ils occupaient le haut des gradins à l'Assemblée, d'où leur nom de Montagne, tandis que les Girondins siègeaient en bas dans la Plaine. L'oukase d'Onfray et son '' strict mandat impératif '' comme remède à la politique d'aujourd'hui ne varie guère des schémas classiques : vive les communes Yaka Yaka le pouvoir est au peuple. L'article est publié dans l'Express du 15 au 21 mars 2017. Les adjectifs strict et impératif soutiennent l'adjudantesque intimation. Le poing sur la table, à prendre ou à laisser, on ne tolère aucune réplique.
Le conservatisme ambiant, gorgé d'islamophobie, désigne des coupables à la volée, usant d'une approche simpliste où les Jacobins seraient les grands instigateurs de la centralisation. Délation facile mais totalement infondée.Pour ne pas avoir à lire l'histoire telle qu'elle est, on lui invente des rues borgnes, des voies de garage, des cagibis, des plans B ... qui ne sont que les projections funestes des conservateurs aux abois. Ce sont certainement les Jacobins qui ont provoqué les surbprimes en 2008-2011, mettant des milliers de familles et d'entreprises sur la paille... On pourrait aussi leur mettre sur le dos Hiroshima, Fukushima, les pesticides, les médicaments toxiques, le sixième continent, toutes les plaies du royaume en kit ...
Il y va de sa larmette sur la désertification des campagnes, une longue énumération à faire pleurer les chaumières : '' Le médecin ? Parti. Le dentiste ? Parti. Les deux garages ? Partis. Le boucher ? Parti. Le charcutier ? Parti ''. Au total, une vinctaine de Partis... toujours sur le dos des Jacobins. Quelle petite ville ou village n'a pas regretté la disparition de son hôpital absorbé vingt kilomètres plus loin par une autre ville, la disparition de son train omnibus remplacé par un TGV qui ne s'arrête pas, la délocalisation d'une MSA qui faisait tourner les restaurants du coin. Toutes ces petites villes et villages subissent la centralisation de qui ? de quoi ? ... non pas des Jacobins mais du capitalisme industriel fidèle à la doctrine du produire plus à moindre frais, à l'instar du colonialisme où le colon dispose d'une main d'oeuvre à très bon marché. Même système de fond aujourd'hui où la planète industrielle regimbe contre le coût du travail, comme si l'ouvrier était toujours trop payé. Il coûte cher à la société ... Tous des Jacobins, ces smigards ! Gilles d' Elias écrit : '' Le dernier moment de la colonisation consiste à coloniser l'histoire du colonialisme ''. La récup est à l'ordre du jour !
En région Rhône-Alpes, il y a 116 entreprises américaines, ça donne du boulot comme on dit, mais où vont les dividendes ? A New-York ? Avis aux patriotes ! Les actionnaires ne sont jamais au chômage et Onfray ne prononce jamais le mot capitalisme. Ce doit être pour lui un brûlot à ne pas déranger, une sorte de Totem intouchable, aussi tabou que le Vaudou. Il est vrai qu'on encourt beaucoup moins de risque à baver sur le Jacobins qu'à houspiller les évasions fiscales, les banques au parfum, les Hedge funs et les start up.
Venons-en fait . Que dirait le rhéteur à propos d'une centralisation type, exemplaire, à visiter en congrégation. il s'agit de '' la ferme des 1000 vaches '', système de production hyper centralisé qui détruit alentour 20 fermes paysannes de 50 vaches, entraînant 20 villages à la désertification, soit environ 40 000 habitants qui subiront un fatal burn out. Certains se suicideront, parmi les 180 paysans qui mettent fin à leurs jours chaque année. Voilà les glorieux effets de la centralisation agricole, produire toujours plus à moindre frais, un seul technicien pour contrôler les programmes électroniques, le reste ira se faire voir chez les SDF. En 2016 on déplore 511 morts SDF dont 46 femmes et 11 enfants.
Depuis deux siècles, légions d'historiens ont investigué sur la révolution de 1789. Nous pouvons consulter notre héritage en ouvrant la Grande Encyclopédie Larousse et lire à la page 6588 que les Jacobins : '' interviennent contre la concentration des terres aux mains de quelques uns ''. On a l'impression qu'Onfray, dans une consternante naïveté, veut effacer l'histoire des révolutionnaires pour mieux vanter celle des conservateurs Girondins. S'approprier l'histoire en inversant les attributs ... le transfert est des plus malsains. Comment peut-il charger les Jacobins de centralisation alors qu'ils agissaient eux-mêmes contre la concentration des terres aux mains de quelques uns ? La ferme des mille vaches est nettement Girondine, la centralisation lui revient. Il y a ici tout un contentieux à visiter entre les Yakas idéologiques du moment et la réalité historique abondamment commentée depuis deux siècles. Charger les Jacobins de cette façon relève d'un dérangement mental difficilement curable. A moins qu'il s'agisse - peut-être - d'un champ d'influence occultement mené. Le symptôme va se prolongé dans les écoutilles de la délation en vogue.
Si acharné contre le christianisme, comment peut-il, dans le même temps, aduler les Girondins de haute bourgeoisie, eux-même d'obédience chrétienne depuis des lustres ? Haro sur la calotte le jour, girondophile la nuit, selon les humeurs du moment, les fluctuations du dollar, les changements climatiques et les courbettes des revues de presse.
Un petit coup d'oeil sur les fondamentaux pour remémorer les bases. Les Girondins : '' ... médiocre politiques, plus habiles en paroles qu'en actes et qui furent incapables de sauver la France à une heure où de grosses menaces pesaient sur le pays '' ( La Grande Encyclopédie Larousse page 5435 ) . Les Jacobins : '' Les historiens contemporains s'accordent pour reconnaïtre aux Jacobins le mérite insigne d'avoir sauvé, en l'an II, une révolution dont est sortie la France moderne '' ( cf. Page 6588 ).
Elève Onfray, cessez de mâchouiller votre crayon au fond de la classe. Pour samedi en huit, on souhaite vous entendre réciter par coeur le dernier rapport de l'Oxfam ( Les grandes banques européennes déclarent 26 milliards d'euros dans les paradis fiscaux Onf) avec la prononciation idoine et les mots clés surlignés en jaune. Mémo strictement impératif !